Haro sur le Parti Pris Immoral de l’Autocratie Béninoise

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Comme le montre la kyrielle de décisions fantaisistes de la Cour Constitutionnelle ces jours-ci, la méthode politique de Yayi Boni est simple : elle est fondée sur un formalisme immoral, le rapport de force et des oukases conditionnels. On insulte l’intelligence du peuple et foule au pied sa volonté et s’il ne réagit pas on recommence, fort de la certitude qu’il est vaincu par le formalisme espiègle, qu’il a été conditionné pour ne pas réagir, que pour lui la réaction est coûteuse et difficile sinon impossible à organiser.

Engoncé dans son impunité, le pouvoir autocratique de Yayi Boni n’a cure de la justice ou des règles démocratiques. Toutes les institutions de la république sont aux mains d’un seul homme via un treillis de larbins incompétents promus et stipendiés pour s’exécuter en toute fidélité voire avec zèle.
La justice est la première touchée dans cette logique pour le moins pernicieuse, non pas tant l’institution judiciaire mais l’idée même de la justice dans la société, l’éthique et la politique de la justice.
À partir du moment où le rapport de force est le seul langage connu du pouvoir, les mêmes personnes sont frustrées de leurs droits tous les jours, et les mêmes personnes paradent dans l’insolence de leur suprématie vicieuse arrachée à la ruse, au cynisme, et à l’autoritarisme parodique d’un pouvoir qui n’a que faire de la démocratie et n’emprunte ses formes que pour mieux la torpiller, la mépriser, la fouler aux pieds.
Le fonctionnement de la cour constitutionnelle depuis bientôt dix ans –l’ancienne et la nouvelle– est un cas qui illustre ce système perfide dans les avis et décisions romanesques qui s’imposent à tous. L’ancienne assemblée nationale d’avant la brouille entre son président et le chef de l’État était aussi un modèle de cette servilité. Des oukases conditionnels que ces institutions ou d’autres sans oublier la CENA assènent au peuple en les assortissant de justifications spécieuses et rhétoriques ont fini par faire de la démocratie une véritable parodie.

Mais la certitude sur laquelle est fondée la vilenie autocratique de Yayi, par sa malhonnêteté intellectuelle, ne peut durer longtemps. C’est déjà un point très positif pour la marche vers la démocratie du peuple béninois que l’autocratie qui l’opprime soit obligée de se déguiser sous les apparences de la démocratie. Jadis, en Afrique comme au Bénin, la Dictature ne cachait ni son jeu ni sa nature. Maintenant qu’elle est forcée de les cacher, on ne peut qu’y voir une reconnaissance de la suprématie de ses valeurs et donc une étape dans la conquête totale des libertés. L’étape finale est tout entière tributaire de la stratégie cachotière de l’autocratie et du masque qu’elle est obligée d’arborer pour sévir. En effet, jadis ce qui faisait la force véritable des Pinochet, Mobutu et autres Amin Dada était leur sens de l’honneur et de la fierté de ce qu’ils étaient. Leur capacité à agir en plein jour. Cette fierté était leur force aveugle qui en imposait au peuple. Maintenant les autocrates introvertis  qui n’ont pas la fierté de leurs basses œuvres avancent masqués sous les couleurs de la démocratie. Et c’est cela qui met le peuple en rogne, profaner ses valeurs et sa maison pour mieux le réprimer. Cette malhonnêteté intellectuelle est ce qui fait la hargne du peuple à se dresser contre les néo-dictateurs en col blanc. Le peuple burkinabè ne s’est pas révolté parce que son dirigeant, Blaise Compaoré, était un autocrate. Non les Burkinabè se sont révoltés à force de voir le dictateur se consumer dans des farces et supercheries pour étouffer la volonté du peuple sous des apparences trompeuses du formalisme démocratique. Si les Burkinabè ont pris d’assaut l’Assemblée ce n’était pas parce qu’ils étaient contre son principe mais contre la profanation de la démocratie dont elle était devenue le théâtre.

Et à force de continuer ses mascarades et ses supercheries pour faire passer sa volonté illégale, Monsieur Yayi Boni court le risque d’un revers inattendu et fatal. Quand on pourchasse un chien sans arrêt, à un moment donné, acculée, la bête se retourne et devient enragée ; et c’est son poursuivant qui à son tour est poursuivi. Que Yayi Boni et sa clique de pantins immoraux méditent cette réversibilité fatale du pouvoir, dès lors qu’il a tourné le dos à la justice et se joue de l’intelligence du peuple.

Asiwaju Bamidayo

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