Syrie : le Manichéisme Délirant du Spectacle du monde

Ban Ki-moon a déploré que des armes lourdes, des balles perforantes et des drones aient été utilisés contre les observateurs de l'ONU.

Israël s'est planqué, pendant ce temps, on nous rebat les oreilles à longueur de semaines et de mois de massacres en Syrie. De massacres prétendument perpétrés par le gouvernement montré comme criminel et sanguinaire. Dans les médias occidentaux, la situation est présentée de façon manichéenne. Il y a des rebelles, et on les imagine simples enfants de cœur faisant des marches de protestation et n'ayant pour seules armes que leurs poings levés ; et, en face, l'armée, les chars, les bombardiers qui déversent le feu de la mort sur des villages et des quartiers innocents. Tuant sans discriminer–après avoir bien entendu discriminé –hommes, femmes, enfants, vieillards et malades…
L'armée de Syrie qui s'était formée et renforcée dans la guerre contre l'ennemi israélien devient l'armée de destruction populaire et nationale. Ce basculement fonctionnel est-il crédible ? Pourquoi tant de cynisme et de crapulerie dans la présentation de ce qui se passe en Syrie ? À qui servent ces révolutions programmées, nécessaires et verrouillées qui fleurissent dans les pays arabo-musulmans : de l'Irak à la Syrie en passant par la Libye ? Pourquoi la presse occidentale présente t-elle les événements de Syrie avec ce mélange de cynisme et de mépris de l'intelligence de l'opinion mondiale ? Ce schéma unilatéral qui présente le gouvernement de Bachar El-Assad comme un gouvernement assoiffé de sang dont l'armée se lève et va massacrer tranquillement des villageois innocents sans qu'il y ait aucune provocation en face, aucun refus obstiné d'entendre raison ; ce schéma manichéen ne peut emporter la conviction. Cette révolution téléologique verrouillée et aveugle qui a d'abord fixé son objectif avant même d'éclater est une aberration et une insanité politique : car par définition toute révolution est d'abord spontanée et vise la liberté dans un esprit démocratique. Le plus absurde dans la situation syrienne telle qu'elle est gérée par les tenants du monde c’est que le peu de régulation démocratique est apportée par des puissances

 

comme la Russie et la Chine dont on ne peut pas dire qu'elles soient des modèles achevés de démocratie. Et pourtant, ce sont elles, la Russie et la Chine, qui n'éludent pas, ne passent pas sous silence la pluralité des responsabilités dans le drame syrien, notamment la responsabilité des opposants, leur refus obstiné d'entendre raison, leur maximalisme suicidaire, ceux-là qui campent sur leur position depuis le début et comptent sur les médias occidentaux pour faire de la « barbarie médiatisée » du gouvernement syrien le déclencheur légitime de la colère universelle des fausses démocraties occidentales.
Mais le monde, qu'on le veuille ou non, est un tout. Et la modération apportée par les puissances comme la Chine et la Russie dans les événements syriens, quelles qu'en soient les motivations–idéologiques, stratégiques, économiques ou politiques–est à l'honneur du débat démocratique mondial trop souvent éludé.
La paix au Moyen-Orient ne peut être l'œuvre paternaliste d'une seule partie ; elle ne saurait consister à réduire, abattre et faire disparaître tous les ennemis potentiels de la posture léonine d'Israël avant de donner droit aux légitimes revendications du peuple palestinien à la liberté.

Boumaza Ashraf

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