
Il était une fois un vaste espace de théâtre et de tromperie nommée CEDEAO, conquis par les Blancs : les Français, les Anglais et les Allemands ; puis ces derniers ayant été excommuniés, ce ne fut que l’espace des Français et des Anglais.
Après les vicissitudes forcées par les terribles leçons de la 2nde Guerre mondiale et l’effet des luttes africaines, les pays occidentaux octroyèrent ce qu’ils appelèrent indépendance. Et déjà, commençait ainsi le théâtre, la supercherie, l’art de prendre le nègre pour un demeuré, de se payer sa tête pour se rassurer que Blanc, on lui est supérieur, qu’homme, il est sous-homme, qu’on est né pour le faire danser en ours.
Des deux puissances coloniales résiduelles, celle qui donnait le plus dans ce théâtre raciste était la France. Elle le faisait à la perfection, avec finesse et esprit, le tout sous couvert de la vocation universelle de pays de droits de l’homme. Des criminels, des violeurs, des pirates, des sanguinaires, des cannibales racistes qui pavoisaient en humanistes, pays de Victor Hugo, de Voltaire et de je ne sais quel Rousseau.
Ils imposèrent le théâtre pour nègres dans cet espace. Colonies pseudo-indépendantes, faussement-décolonisées, plus coloniales que jamais saignant plus fort que sous l’ancien ordre d’avant le lever du rideau. À coups de CFA imprimés à Chamalières à gogo, monnaie de singe qu’on distribuait à tour de bras et qui servait de caution au pillage. Et le théâtre était avant tout politique. Il tournait autour de l’élection présidentielle. L’idée maîtresse était que si cet homme qu’ils avaient choisi, coopté, conditionné, si le zombi parvenait à être installé président, il était doté de tous les pouvoirs, celui de réprimer le peuple et tous ceux qui exigeaient que les ressources du pays lui soient consacrées plutôt qu’à la France, plutôt qu’aux Blancs.
Pour ce qu’ils appellent élection c’est un chef d’œuvre de supercherie, de tromperie, de corruption, d’achat de conscience, de vol, d’urnes bourrées, de saccages organisés des bureaux de vote acquis aux candidats du peuple, d’assassinat… Dans le meilleur des cas, le président élu ne l’était pas par plus de 20% des voies. Récemment encore, le troisième a été fait président à la place du premier candidat du peuple. Tout cela dans le silence complice de leurs maîtres en démonkratie. Si par hasard l’homme du peuple tirait son épingle du jeu, on l’accusait de vices montés de toutes pièces, en montant en épingle un candidat-ludion baptisé démocrate. Et on stigmatisait l’homme du peuple de dictateur. S’il résiste, on installe la guerre civile dans son pays. Si l’homme du peuple relève le défi de la guerre avec opiniâtreté, on impose la force supérieure des armes lourdes ; on bombarde son palais. Et à l’issue de cette barbarie sans nom qui viole les règles élémentaires de la vie internationale, on le déferre manu militari devant un tribunal, une Cour internationale ad hoc pour africain récalcitrant à l’ordre théâtral du blanc. Dans d’autres circonstances plus tragiques, si l’homme du peuple avait la mauvaise idée de vouloir créer une monnaie africaine on déclarait la guerre à son pays au nom de la protection de quelques minorités présumées en danger, on utilisait les moyens de l’OTAN avec la bénédiction de l’ONU, on parvenait à bout de son armée, on le capturait, on l’humiliait, et on l’assassinait à la face du monde. Voilà les exploits de la démonkratie en Afrique.
Une fois le ludion Président-boy mis en selle, l’art démonkratique consiste à le faire s’éterniser au pouvoir. A cet effet, tous les moyens sont bons : réélection d’office, trucage, corruption, 3e mandat, 4e mandat, 5e mandat, 6e mandat. Succession héréditaire. Répression des jeunes manifestants contre le 3e mandat, assassinat par dizaines d’adolescents dans le silence complet des démonkrates. Voilà les belles œuvres de la démonkratie au service des intérêts des Blancs et notamment de la France. Et tout individu ou groupe d’individus, surtout s’il a le tort d’être un groupe professionnel armé, qui a le culot de s’opposer à cet ordre théâtral et crapuleux, à cette venimeuse engeance qui se croit les plus rusés du monde et tiennent les autres, et notamment les Noirs pour cons, incapables de rien comprendre à rien, juste nés pour gober, s’exécuter et danser comme un ours, eh bien ce groupe d’opposants patriotes suscite l’ire des démonkrates. Ils montent sur leurs grands chevaux de gardiens du Temple de la Démocratie. Fusant de rodomontades, criant à la démocratie offensée, menaçant de guerre sainte les libérateurs du peuple. Bref, ils intensifient le théâtre pour défendre l’ordre du théâtre, qu’ils espèrent éternel.
Nous en étions-là à la veille de l’action de libération des vaillantes forces armées du Niger. Mais jusqu’où ira le règne du théâtre ?
Aminou Balogun
