Les médias face au coronavirus : le risque de la désinformation

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Mardi 17 mars 2020, le site PubMed (un moteur de recherche dédié aux publications de plusieurs milliers de revues biomédicales) référençait quelque 300 articles consacrés au nouveau coronavirus, le SARS-CoV-2, et plus de 1 000 à la maladie qu’il provoque, le Covid-19 (sans compter les préprints, c’est-à-dire les articles non encore validés pour publication). La situation est tellement exceptionnelle que le site bioRxiv, qui publie justement les préprints, avertit pour chaque article : « bioRxiv reçoit de nombreux nouveaux articles sur le coronavirus 2019-nCoV. Un rappel : il s’agit de rapports préliminaires qui n’ont pas fait l’objet d’un examen par les pairs. Ils ne doivent pas être considérés comme concluants, ni guider la pratique clinique ou les comportements liés à la santé, ni être présentés dans les médias comme des informations établies. »

Jamais dans l’histoire autant de connaissances sur un virus n’ont été accumulées aussi vite, en l’occurrence dans les deux mois qui ont suivi la découverte de l’agent pathogène. Cela montre l’ampleur des efforts déployés pour lutter contre ce type de menace.

Toutefois, dans l’urgence compréhensible de partager les données, certains de ces travaux ont été publiés sans passer par les contrôles de qualité habituels. Et de fait, plusieurs de ces « articles express » ont déjà dû être retirés parce qu’ils contenaient des erreurs.

Pour la première fois également dans l’histoire, nous vivons une pandémie en temps réel : tous les médias, plusieurs fois par jour, tous les jours sur toute la planète parlent du nouveau coronavirus. Une effervescence médiatique à laquelle il faut ajouter l’effet multiplicateur des réseaux sociaux.

La relation entre une « science express », qui peut se tromper, et une société hyperconnectée, où les informations (vérifiées ou non) circulent à une vitesse vertigineuse, est pour le moins difficile à gérer. Le risque est de promouvoir une autre « pandémie », celle de la désinformation, avec à la clé le danger d’alarmer sans raison et de désorienter le public. Quelques exemples illustrent la complexité de la situation.

Le coronavirus ne s’est échappé d’aucun laboratoire

L’un des articles les plus rapidement retirés suggérait que le nouveau SARS-CoV-2 était un mélange artificiel d’un coronavirus et du VIH. Publié le 30 janvier sur le site bioRxiv par une équipe dirigée par Prashant Pradhan, de l’Institut indien de technologie, à New Delhi, il a été retiré le 2 février par les auteurs eux-mêmes, après qu’ils ont constaté des erreurs dans leurs analyses bioinformatiques et dans leur interprétation. Cependant, et malheureusement, trois jours ont suffi pour que l’article devienne l’un des plus commentés sur les réseaux sociaux, où s’est répandue la fausse information selon laquelle le SARS-CoV-2 aurait été créé par génie génétique dans un laboratoire.

À mesure que les données s’accumulaient, d’autres chercheurs, sous la direction de Hong Zhou, de l’Académie des sciences médicales du Shandong, en Chine, ont pu comparer le génome du SARS-CoV-2 à celui de centaines de coronavirus de chauves-souris. Leurs résultats, publiés le 2 mars dans bioRxiv, confirment un lien fort entre les génomes. Ils en concluent que le SARS-CoV-2 a émergé naturellement par recombinaison entre les virus des chauves-souris et ceux d’autres espèces animales. Le nouveau coronavirus ne s’est donc pas échappé d’un laboratoire et n’a pas été modifié génétiquement. La nature est suffisamment armée et créative pour le faire elle-même !

Ces serpents qui sifflent sur nos têtes…

Les coronavirus ont leur réservoir, leur réserve naturelle, les chauves-souris. Nous savons que le coronavirus responsable du syndrome respiratoire aigu sévère (le SARS-CoV) apparu en novembre 2002 dans la province du Guangdong, en Chine, est passé des chauves-souris aux civettes et des civettes aux humains. De même, le coronavirus responsable du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (le MERS-CoV), qui est apparu en 2012, est passé des chauves-souris aux dromadaires et de là aux humains. Mais dans le cas du SARS-CoV-2, l’espèce intermédiaire n’est pas encore connue ; l’agent pathogène n’a été isolé chez aucun autre animal. La question reste donc ouverte.

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