Publié dans Homage, obituary

Hommages au Citoyen Biaou Afolabi

blog1C’est avec une profonde tristesse que nous apprenons le décès de notre concitoyen et camarade, le Docteur Biaou Afolabi, survenu le 21 juillet 2017, à Blois, où il résidait. Infatigable combattant de la liberté à laquelle il  a payé un tribu personnel, le Docteur Biaou Afolabi restera pour nous un défenseur des droits humains et de l’intégrité en politique. Babilown est fier d’avoir relayé souvent sa voix, et elle nous manquera. Nous restera toutefois la stature intègre d’un citoyen exigeant, d’un homme qui ne fait pas mystère de sa foi, chrétienne et humaniste. Biaou Afolabi était un homme épris de justice, un Béninois fier de son origine et de sa culture, qu’il savait défendre avec un esprit d’ouverture.

Paix à son âme

Adebayo Bissi.

L’HOMMAGE DU PROFESSEUR AMOS ELEGBE AU DOCTEUR BIAOU AFOLABI RAPPELE A DIEU LE 21 JUILLET 2017

C’est avec une profonde consternation que j’ai appris le décès prématuré de mon frère aîné, Afolabi BIAOU, que j’appelle affectueusement IYINDA.
Ta disparition, depuis ce vendredi 21 juillet 2017, à Blois en France où tu as pris ta retraite professionnelle, me laisse encore sans voix.
IYINDA, tu as été élevé avec moi dans la famille ELEGBE au quartier OBADELE à Savè et notre complicité date de notre enfance et de notre adolescence. Nous avions grandi et mûri ensemble au plan familial, scolaire, universitaire et spirituel.
Oui, AFOLABI, tu fus un homme d’extrême rigueur, d’une rare probité intellectuelle et ta réputation d’honnête homme est connue de gens de ta génération depuis ta ville natale Savè, ici au Bénin, en passant par l’Université de Dakar ( Sénégal) et en France, au cours de ton cursus et de ta formation de Médecin.
Ta bonhomie datant de ton enfance et surtout ta sensibilité légendaire à la souffrance des plus faibles, notamment des masses paysannes de ton village et de ton pays, ont aiguisé ton aspiration de devenir Médecin, une vocation que tu portais en toi depuis les bancs de l’école primaire à Savè.
C’est donc sans surprise pour nous tes proches que tu deviennes plus tard, au terme de tes études universitaires au Sénégal et en France, Docteur en Médecine, non sans péripéties à cause de ton combat pour la liberté et la justice sociale.
Devenu Médecin, tu exerças passionnément avec une conscience professionnelle soutenue, tes fonctions, successivement à l’Hôpital de Porto-Novo, la capitale du Bénin, en Guyanne française et en France.
Oui, AFOLABI, militant et engagé, tu le fus. Déjà à l’école primaire publique de Savè ( Bénin) où nous débutions notre scolarisation, tu m’avais entrainé dans des luttes mémorables contre l’abus de véreux exploitants agricoles blancs ( Cie FAO, JOHN HOLT, CAITA etc.) qui usaient de ruse et de malice dans le pesage des productions de ricin, de l’arachide et surtout du tabac ( culture de rente) qu’ils achetaient à nos parents paysans et analphabètes.
Je me souviens encore comme si ce fut hier, AFOLABI, avant que tu ne partes pour le Lycée Béhanzin à Porto-Novo en 1959, alors que tu étais en classe de CM1 et moi au CE1 des cours primaires, je me souviens, disais-je, de ces jours où nous fûmes conduits à plusieurs reprises à la Brigade de gendarmerie de Savè pour Garde à vue. Notre faute était de nous mobiliser à la sortie des classes aux cotés de nos parents paysans que nous aidions à lire le pesage de leurs marchandises tout comme nous dénoncions avec véhémence publiquement le truquage des bascules et l’abus qu’organisaient les représentants des acheteurs des négociants agricoles blancs. Ces actes de bravoure sous ta houlette nous ont valu nos premières détentions dans une brigade de gendarmerie à cause de notre soif et de notre quête de justice sociale et surtout de notre refus de cautionner toute oppression et toute exploitation de l’homme par l’homme.
Un autre de tes faits d’arme dans ton engagement militant qui me vient à l’esprit en ces instants, c’est la lutte et la mobilisation contre une décision inique du Commandant de Cercle de Savè et qui obligeait nos parents à payer en plus de l’impôt de capitation ou Takouè en langue fon, une nouvelle taxe levée sur les habitations de fortune de nos parents faites pour la plupart de chaume de paille et que tu qualifiais de masure ou de taudis. Tu organisais ces révoltes populaires contre cet impôt inique à chacune de tes vacances à Savè et à Kokoro ( commune de Ouèssè aujourd’hui), ton village natal.

Cher frère AFOLABI,
Tu me permettras de rappeler dans ce témoignage que le tournant de la lutte politique de notre génération fut la création en 1964 à Kilibo de l’Association des Elèves et Etudiants de Savè ( AEES) sous la houlette de nos ainés Rigobert LADIKPO, Joseph Olabiyi YAYI, Azaria FAKOREDE, Elie YABI, Denis YABI, et les feux James CHADRAC et Girigissou GADO pour ne citer que ces figures marquantes. Logiquement, tu occupas une place de choix au sein du Bureau Exécutif de cette association naissante.
L’avènement de l’AEES, Section de l’Union Générale des Elèves et Etudiants du Dahomey ( UGEED), a marqué le début d’une prise de conscience politique de cette génération et débouchera à la création en 1968 et en terre Shabè d’un creuset de jeunes dénommé ODOKOYA ou la ‘’Jeunesse dit non à la misère’’.
ODOKOYA fut un regroupement politique de jeunes pour lutter contre l’impérialisme, le néo-colonialisme et ses suppôts locaux qu’incarnaient les dirigeants du Dahomey d’alors.
Au Lycée Béhanzin à Porto-Novo, tu t’engageras naturellement au sein de ton établissement dans la lutte politique que mène l’UGEED jusqu’à l’obtention de ton Baccalauréat en Sciences Expérimentales (Série D actuelle) et ton départ pour Dakar au Sénégal.
A Dakar comme en France, ton combat politique et ton militantisme n’ont connu aucune ride ; mieux ils se sont affirmés au sein des mouvements comme l’Union Générale des Etudiants de l’Afrique de l’Ouest (UGEAO), puis au sein de l’Association des Etudiants Dahoméens en France (AED) et la Fédération des Etudiants d’Afrique Noire en France (FEANF).
Émérite combattant de la Liberté, tu as milité pour l’indépendance de notre pays, contre l’exploitation capitaliste et pour la justice sociale aux plus faibles.
Ces valeurs te conduiront à militer et à adhérer au Parti communiste du Dahomey, aujourd’hui PCB, créé en 1977 par certains patriotes béninois à Paris (France).
Cher frère AFOLABI et ami, j’ai fait ce voyage dans le passé pour rappeler ton parcours exemplaire, pour dire et surtout pour signifier à ceux de notre génération qui t’ont vu sur tous les fronts, et surtout à ceux d’aujourd’hui et de demain, que tu as donné le meilleur de toi-même pour hisser le Bénin au rang des Nations libres et démocratiques, afin que ton combat et le modèle de probité que tu incarnes puissent les inspirer.
Enfin, comment ne pas évoquer ton attachement au rayonnement économique et socio-culturel de l’aire culturelle Tchabè, en particulier et à l’émancipation de la communauté Yoruba, en général.
Dans ce cadre tu fus de tous les combats et de toutes les actions en faveur du développement local et tu l’as démontré en militant activement au sein des Associations de Développement de Savè notamment EGBE IBILE et MOJERE, des creusets d’éveil et de conscientisation des masses paysannes.
Dernier de tes faits d’arme alors que ton état de santé était devenu critique et que tu étais à l’article de la mort, tu contribuas de façon appréciable, au succès des Retrouvailles des Rois ODUDUWA de notre pays, réunis à Kétou, les 19, 20, 21 juillet 2017. Tu as choisi d’ailleurs la date de clôture de cette rencontre pour tirer ta révérence.
Que dire encore dans ce flot de souvenirs de toi qui m’étreignent pour conclure cet hommage, cher frère AFOLABI ?
Je conclurai ce témoignage en disant, Docteur AFOLABI, que tu nous laisses, surtout aux générations actuelles et futures, l’héritage de ta vie de grande probité, d’artisan de paix, de hautes valeurs morales, d’irréprochable combattant de liberté et de justice sociale, d’abnégation au travail et de patriotisme.
En ma double qualité de frère et de compagnon, je m’incline devant ton courage, ta combativité, ta générosité, et surtout devant ton extrême humilité.
Comment terminer cet hommage sans mettre un accent particulier sur ton attachement à la famille, à la famille large et non seulement nucléaire, à l’épanouissement individuel et collectif de ses membres.
Ta mort reste une grande perte d’abord pour le peuple Shabè, ensuite pour la Nation béninoise ainsi que pour le corps médical et ta famille.
Je suis fier aussi de toi, IYINDA, en me rappelant que tu as aussi mené le bon combat de la foi et tes œuvres te suivront car tu as donné ta vie à JESUS, notre Seigneur, sauveur et Rédempteur.
Va donc dans l’espérance de la Vie Eternelle et que la Grâce de Dieu, le Tout-Puissant t’accompagne pour toujours. Amen.

Fait à Cotonou le 23 juillet 2017,
Professeur AMOS ELEGBE, Ancien Ministre

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