Publié dans Essai, Haro

Bénin : Talon ou le Salaire de la Rupture

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Dans un post sur sa page Facebook, l’ancien Ministre de la défense,  Candide Azannaï a révélé ce que plus d’un savait déjà, à savoir les salaires mirobolants alloués aux ministres et cadres politico-administratifs du régime, par Talon le président milliardaire, qui puise sans états d’âme dans les caisses de l’Etat. 8 millions pour le salaire mensuel moyen d’un Ministre, et 16  millions pour le Ministre des Affaires étrangères !

En dehors du fait que Talon joue au milliardaire à la libéralité facile au frais de l’Etat, cette compulsion dépensière n’est pas le fait du hasard. La libéralité de Talon à l’endroit des membres de son gouvernement, et plus particulièrement à l’endroit du Ministre des Affaires étrangère traduit toute l’importance  qu’il accorde à la diplomatie, aux relations internationales dans sa stratégie de gouvernance. Une bonne partie du financement de son programme d’action dépend de l’aide extérieure sous ses formes diverses, la bonne volonté sinon le bon cœur de ceux qu’on appelle «  nos partenaires économiques et financiers ». Certes, cette option n’a rien d’original historiquement. La nouveauté et l’originalité sous Talon résident dans sa volonté d’optimiser ou de doper les apports, de tirer le meilleur et le maximum de cette antique posture d’assisté qui est la marque même de notre sous-développement. Chez Talon, cette option volontariste se complète du rôle décisif accordé au développement du tourisme comme l’un des piliers de l’économie. Or, qui dit tourisme dit ouverture sur l’extérieur, échange avec le reste du monde, et mise en orbite diplomatique du Bénin à travers une politique libérale axée sur des projets et décisions phares. Le coup d’envoi de cette ouverture internationale a été donné par la décision de suppression des visas pour les ressortissants des pays africains. Dans ces conditions, au sein du gouvernement, y compris d’un point de vue financier, le Ministère des Affaires étrangères jouit d’ une importance à la fois stratégique et capitale aux yeux de Talon. De la compétence et du savoir-faire de celui qui en a la charge dépendra la fantastique différence sur laquelle le chantre de la rupture a jeté son dévolu pour à son tour faire la différence par rapport à ses prédécesseurs et à leurs promesses de changement qui ont fait long feu.

On comprend dès lors pourquoi Talon n’hésite pas à dorloter le Ministre des Affaires étrangères et à lui faire un pont d’or salarial pour le moins fantastique. Il est fort à parier que le salaire du Ministre des Affaires étrangères  a servi d’aune et de référence à partir desquelles les salaires des autres Ministres et cadres politico-administratifs ont été déterminés.  Ainsi pourrait-on considérer sans grand risque d’erreur que dans l’esprit de l’ordonnateur en chef du régime de la rupture, d’un point de vue salarial, Ministre = ½MAE ; Préfet = ⅓MAE, etc…

C’est dire que dans son dispositif et sa tournure d’esprit fortement aliénée, l’homme qui stigmatisant le désert de compétence que serait son pays s’était dit prêt à payer tout l’or du monde pour s’offrir la compétence venant de l’extérieur,  le Ministre en prise sur cet extérieur où tout paraît plus rayonnant de compétence et de qualité que chez soi, était naturellement placé  au-dessus de tous ses autres collègues. A cette hauteur proprement effarante des 8 millions pour le Ministre lambda d’un pauvre pays inondé par la marée montante des laissés-pour compte, des villes et des campagnes,  le salaire de 16 millions alloués au Ministre des Affaires étrangères est proprement scandaleux ; et ce, à un double point de vue.

D’un point de vue national intérieur, on sait que  le salaire moyen – même en tant que pure fiction statistico-politique – n’excède pas les 40.000 F au Bénin. C’est dire que le salaire moyen d’un Ministre sous Talon, à savoir les 8 millions, qui, comme chacun sait n’incluent ni les primes et avantages ni les privilèges associés à la fonction, est au moins 200 fois supérieur à celui du Béninois ordinaire ! Pire encore, dans le cas du Ministre des Affaires étrangères, le rapport passe de 200 à 400 ! Quelle barbarie sociale et éthique ! Pour autant que nous soyons des êtres sociaux liés par le même lien national et jouissant des mêmes droits humains à la vie et au bien-être sur terre, comment comprendre cette disproportion abyssale, scandaleuse moralement et obscène sociologiquement ? Nous sommes en plein incommensurable qui pour le coup, consacre la rupture éthique, et où entre des concitoyens d’une même société, il n’existe plus aucune commune mesure économique. Cette rupture trahit le parti-pris d’un mépris assumé du citoyen ordinaire qui est pourtant censé être le principe humain de l’action politique. Le citoyen est renvoyé à la masse inerte d’un peuple anonyme et sans visage dont la misère est naturalisée tandis que la caste des tenants du pouvoir, dans un élan inverse passent  pour des princes aux privilèges et prébendes fantaisistes, prélevés ou octroyés sans états d’âme au frais de la collectivité ou du contribuable. Scandale ineffable !

Mais plus qu’à l’échelle nationale, le scandale du pillage des maigres ressources d’un pays  pauvre comme le Bénin par une tourbe infecte de cupides insatiables éclate dans toute sa barbarie éthique et politique à l’échelle internationale. Ici, la barbarie se double d’un paradoxe pour le moins choquant. En effet, qu’incapable de compter sur ses propres forces comme le préconisait le Président Thomas Sankara, le Bénin de la Rupture façon Talon jette son dévolu sur l’aide extérieure pour réaliser ses objectifs programmatiques passe encore. C’est pour cela qu’il a assigné un rôle de premier plan au chef de la diplomatie censé disposer de la baguette magique ou du sésame pour ouvrir les portes de la finance internationale sinon le cœur généreux des partenaires financiers et économique. Mais alors, comment justifier la scandaleuse disproportion entre le salaire du citoyen et celui du Ministre chez nous alors que dans les pays donateurs l’homme, le citoyen reste au centre de l’action politique, et que cette disproportion est impensable ?  Comment comprendre que l’argent du contribuable des pays donateurs puisse servir à payer un Ministre chez nous 400 fois plus que le citoyen ordinaire alors que chez eux, ce ratio est inférieur à 7 (France) ? Comment comprendre qu’un Ministre chez nous soit payé plus cher que dans les pays dont nous dépendons de l’aide ? ( 12 à 24000 euros au Bénin, pour seulement  10000 euros en France)

Est-ce cela le salaire de la Rupture ? Et pendant combien de temps le peuple acceptera-t-il cette rupture incommensurable ?

Adenifuja Bolaji

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2 commentaires sur « Bénin : Talon ou le Salaire de la Rupture »

  1. Bonjour ! Votre réflexion tire son justificatif des informations d’un ancien Ministre qui a eu le plaisir de jouir de ce privilège salarial mais, reconnaissons le lui, le courage de s’en défaire ou d’être poussé hors de l’équipe ministérielle. C’est dire que vos propos, aussi fondés qu’ils soient, donnent tout le sens et la manière à l’imposture, l’irresponsabilité et le mépris vis-à-vis des citoyens du gouvernement de la rupture. Mais au-delà, ce qui reste et demeure une réalité, est que le peuple n’a jamais été dupe et aussi inconscient de ce que les politiques lui fait subir : il finira par se réveiller, s’organiser pour barrer la route à toute forme d’imposture et de mépris.

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