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La Vie des Plantes : une Métaphysique du Mélange

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Les plantes ont beaucoup à dire lorsqu’on sait les écouter. Car leur existence est une métaphysique : celle de la vie, celle d’une manière spécifique d’exister et d’entrer en relation. Notre monde est un fait végétal avant d’être animal.

Le « mélange » revendiqué dans le titre se signale d’emblée dans la juxtaposition et l’hétérogénéité des 3 textes mis en exergue par l’auteur. Le premier est une justification autobiographique : l’intérêt d’Emanuele Coccia pour les plantes, sa familiarité avec les sciences du végétal, viendraient de ce qu’il a passé son adolescence dans un lycée agricole de l’Italie centrale. Le deuxième texte a pour auteur David de Dinant, cet aristotélicien que nous dirions aujourd’hui panthéiste et dont les cahiers furent, en 1210, condamnés par l’autorité ecclésiastique à être brûlés [1]. Longtemps connu uniquement à travers les critiques formulées contre lui par Albert le Grand et Thomas d’Aquin, il a bénéficié au XXe siècle de la découverte de fragments manuscrits de son œuvre qui avaient échappé au bûcher. Enfin, le troisième texte se réduit à une phrase : « This is a blue planet, but it is a green world ». Elle est tirée de Plant Evolution. An Introduction to the History of Life (2006), un manuel de biologie végétale dont l’auteur, Karl J. Niklas, a su résumer en quelques mots la photosynthèse, seul processus capable de produire la matière vivante à partir de la lumière solaire. Autrement dit, l’auteur veut montrer que l’on peut faire de la philosophie en partant de souvenirs d’adolescence, d’une démonstration scolastique, ou d’un manuel de physiologie végétale. La diversité des éléments reflète la diversité des voies d’accès, idée qu’on retrouve développée dans l’épilogue.

Un essai de métaphysique ou trois ?

La publication d’un essai de métaphysique n’est pas fréquente et l’on ne peut que se réjouir de voir un jeune philosophe, médiéviste de surcroît, maître de conférence à l’EHESS, publier cette Vie des plantes qui devrait retenir l’attention des philosophes autant que celle des scientifiques. Ce faisant il continue une réflexion entamée en 2010, dans La Vie sensible, et prolongée en 2013 avec Le Bien dans les choses. On retrouve dans ces 3 livres un style clair et des arguments séduisants. Quant au contenu, ils semblent n’avoir rien de commun. Pourtant, à travers des objets différents, les….

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