Publié dans Essai, Haro, Musique

Le Cynisme de l’Antinégrisme en France : le Cas de la Perception du Jazz

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L’idéologie des droits de l’homme est en France un mythe ; et, comme telle, elle a une fonction. Sous l’angle des effets sociologiques de l’ethnocentrisme et des intérêts de classe associés, la mise en jeu de cette fonction trahit souvent l’art félin de tomber sur ses pattes.

Par exemple, à la radio d’État France Musique, les animateurs/journalistes sont au moins quatre à décliner les variantes du Jazz, et ils sont tous blancs. Et à l’intérieur de ce cercle ethniquement fermé et fumeux, un regard exercé verra qu’une part a été faite au Blanc blanc, au Blanc juif,  à la Blanche, etc…

Ainsi, comme dans tous les autres domaines de la vie sociale en général, la part du Noir est sujette à caution sous l’empire de la violence raciale larvée, même dans un domaine, comme le Jazz où il devrait être le sujet, le modèle et la référence.

Mais telle est la force surdéterminante de l’élimination du Noir que, après l’avoir éliminé dans tous les autres domaines où il n’a pas une pertinence plausible ou nécessaire, on n’hésite pas à l’éliminer là même où il en a. A en juger par les choix de personnels de cette radio, tout se passe comme si le Jazz n’était pas une musique noire. Et en vérité l’option de cette radio ne fait que refléter une attitude sociologique plus large et plus implacable dans la société française, et qui consiste à priver le Noir de tout ce qui est tenu par le Blanc comme valable, considérable. En clair et pour le dire simplement, le Jazz est une musique trop sérieuse, trop américaine pour être abaissée à la chose qu’on confierait à un Noir, même sur une radio nationale consacrée à la musique.

Sous-jacente à cette anomalie, se trouve aussi la question de la perception en France de ce qui est américain, et plus particulièrement du Jazz, perçu comme musique américaine avant d’être une musique noire. En France, le Jazz cesse d’être une musique noire, parce qu’elle est américaine, et parce qu’elle est trop savante pour être abaissée à l’image que le pays se veut du Noir, et qu’il défend en cohérence avec ses intérêts généraux de puissance coloniale et néocoloniale. Aux États-Unis, sur une radio, nationale ou pas, on ne peut pas penser une seconde que sur dix animateurs qui s’occupent du jazz, tous les dix soient des Blancs ! C’est plutôt le contraire qui serait la règle, en vertu d’une approche ethnicisée des compétences et des domaines qui relève de l’évidence sociologique, parce que socialement partagée. Excès contraire tout aussi condamnable mais en l’occurrence préférable.

En France, il y a manifestement une collusion entre un ordre des choses national  et l’intérêt individuel des acteurs. Les journalistes blancs qui jouent le jeu de cette farce naturalisée qui n’a du reste l’air de choquer personne, alors qu’ils occupent des postes qui auraient dû revenir allait-on dire de droit à d’autres plus indiqués qu’eux, mettront en avant le dogme de l’égalité des hommes, et auront beau jeu de rappeler non sans malice que la qualité d’un journaliste ne dépend pas de son origine ethnique. Si tous les hommes sont égaux, ce qu’un Noir peut faire, un Blanc aussi peut le faire. Raisonnement spécieux et qui permet au chat ethnocentrique blanc de retomber sur ses pattes. Et ce théorème de l’axiomatique des Droits de l’Homme est si vrai qu’on peut l’appliquer au Noir à tout moment et en tout lieu.

Y aurait-il un saint des saints national dont on veut éloigner le Noir à tout prix ? Serait-ce par une crainte que le Noir, avec son tempérament de feu s’empare de ce rôle et le joue  à la perfection au point de complexer l’auditeur blanc moyen qui ne s’identifie pas à son naturel prodigieux ? On peut se poser beaucoup de questions sur cette outrecuidance française, impensable aux Etats-Unis, où le mépris du Noir ne pousse pas le déni de ses compétences ou de sa reconnaissance jusqu’aux portes sordides de l’impudeur assumée.

Adenifuja Bolaji

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