Publié dans Essai, Haro

Affaire Ajavon : Réécouter Yayi Pour Comprendre le Schmilblick

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Les affaires de cocaïne agitent l’opinion et le landerneau politique du Bénin. Pour le Président de la République, il s’agit d’un péché dont le fauteur ne doit pas prendre la posture de glorieux.

Dans son discours indigné prononcé avant d’être mis en garde à vue, Monsieur Ajavon laissait entendre que les menaces de le piéger ne dataient pas d’aujourd’hui, ajoutant que «  si Yayi Boni ne l’a pas fait ce n’est pas eux qui pourront le faire ». Par « eux », il fallait bien comprendre, Talon et ses sous-fifres. Derrière le caractère délibérément vague de ces propos se cache bien sûr la question des sources réelles de la fortune de nos soi-disant milliardaires. Comme l’a souligné mon confrère Binason, dans une Afrique exclue de fait du jeu capitaliste productif, nos milliardaires le deviennent en naviguant dans le monde interlope de la politique et des trafics illicites… Et parmi ces  trafics illicites, la drogue est un élément non négligeable. Les rapports entre le drogue et les États du tiers monde — en Amérique Latine, en Asie, en Afrique et même en Europe du Sud — ne sont pas ou n’ont pas toujours été très clairs. Dans le Cuba du grand  Fidel Castro –qui vient de nous quitter, paix à sa sainte âme –, on se souvient de la fameuse affaire Ochoa, qui révèle à quel point le concept MC ( Monnaie Convertible) mis en place par le régime Castro pour contourner l’embargo américain rimait aussi avec Marijuana et Cocaïne.

L’Affaire Ajavon prend tout le monde de court au Bénin, et d’entrée l’opinion y a vu la méchanceté et la haine de soi béninoise de Talon pour éliminer son frère, concurrent et allié du Sud, comme naguère, les Tofa le faisaient aux Béhanzin, les Apithy aux Ahomadégbé, et les Soglo ou Tévoédjrè aux Houngbédji, etc… Mais les actions humaines ont rarement une cause ou une motivation unique. Dans le pire des cas, à côté de la méchanceté supposée de Talon, ou dans le meilleur des cas, à côté de sa volonté de nettoyer les écuries d’Augias du monde des affaires nationales, il y a certainement d’autres motivations personnelles, voire fonctionnelles. Par exemple derrière le fait de se hâter de pointer du doigt Ajavon comme trafiquant de drogue, peut-être que Talon veut masquer ou dénier toute accusation le concernant. Cette hypothèse est corroborée dans la concession de son discours de Parakou par laquelle en fustigeant la posture de glorification du pécheur, il reconnaît que tout le monde peut pécher, ménageant par-là même sa propre culpabilité.

Or dans ses discours de campagne à la veille des dernières élections présidentielles, Monsieur Yayi Boni parle souvent de la drogue, de l’argent de la drogue, et pointe nommément du doigt Talon lui-même, qu’il traite du reste de tous les noms. Au-delà des diatribes électoralistes, des excès et des attaques ad hominem, il y a certainement un fond de vérité dans cette référence à la drogue de la part d’un chef de l’État. Le moment est venu de réécouter ces discours et de les réentendre d’une oreille plus avertie.

« Je fais ce que je dis. Même à la dernière seconde, ce que je dis sera fait. Chers parents ! Maintenant, vous irez aux élections après demain. allahu akbar !! Mes chers parents, écoutez-moi bien. Il y a deux axes. Il y a l’axe du mal dont le chef de fil est Talon. C’est un voleur, un bandit. Il ne sait faire que voler, voler, voler, . Avec votre argent, il a acheté des maisons partout : aux îles Seychelles, l’île Maurice, au Maroc, en Tunisie, en France, en Belgique, en Suisse, au Venezuela,  en Californie. C’est un grand bandit ! Alors, ceux qui sont derrière lui c’est très grave. Ce n’est pas avec Talon qu’on organise la rupture. Talon veut achever et rompre le Bénin. Il vient piller, piller, piller, piller encore le Bénin. Je les connais tous, Je les ai nommés tous : qui DG, qui Ministre d’État, qui Premier Ministre, qui PDG de Banque.

Mes chers parents, la plupart ils ont volé pour faire tomber le port, le port de Hubert Maga, l’ont tué avec Talon. Le PVI, tous ceux qui ont rédigé ça en mon absence, ils m’ont caché le contrat. Talon devait avoir 400 Milliards par an alors que vous êtes pauvre ! C’est lorsqu’il a volé 45 milliards que j’ai été informé. Avec la plupart de ceux qui sont avec lui aujourd’hui et qui parlent de la rupture. Voleurs ! Plus grave, Talon est un athée ; il ne connaît pas Dieu, il est assassin. Parce que je l’ai empêché de voler, il dit qu’il va me tuer ; il a tenté ; il a promis un milliard à ma fille ; un milliard à mon médecin. Il a tout fait. allahu akbar ! C’est un assassin, un affairiste, égoïste. Plus grave, votre argent qu’il distribue maintenant. Combien vous donner pour acheter les consciences par votre argent volé, ou bien qui vient de la drogue. Talon n’est pas recommandable. Mes chers clients, n’allez pas là-bas. Alors plus grave, il ne croit pas en Dieu. Il est allé se confier à une petite fille, une pute qui se dit Dieu. allahu akbar ! La chair, la poussière, tu deviendras poussière… Cette fille de Banamè qui lui donne de potion à boire… »

« Longue vie au Président Soglo ! Et au Président Zinsou ! Notre cher pépé. Mes chers compatriotes, l’achat de conscience, il faut en finir. Ce n’est pas la Démocratie. Il faut que nos démocraties soient transparentes, à la mesure de notre Démocratie, laquelle est propulsée au rand des grandes démocraties de ce monde à travers mon départ. Mes chers compatriotes, mes inquiétudes aujourd’hui découlent du fait que les gens croient que le peuple béninois est vendable. Le peuple béninois n’est pas vendable ! Le peuple béninois n’est pas vendable ! Le peuple béninois n’est pas achetable, mes chers compatriotes ! Et je demande à ceux-là qui se livrent à ce jeu, il sont surveillés. Je les surveille de très près. Je veux la paix dans mon pays. Je veux la justice dans mon pays. Nous n’avons pas besoin de l’argent de la drogue. Nous n’en avons pas besoin. Laissez le peuple béninois en paix faire son choix. Si vous soulez aider, aidez ! Une partie de cet argent lui est volé ! Cet argent lui revient, c’est son droit. Peuple Béninois, vous pouvez prendre  ça, dépenser ça, mais faites attention avec l’argent de la drogue. Sion vous sonne des véhicules, si on vous donne des motos, mes chers compatriotes, allez dans les mosquées, allez dans les églises et d’autres confessions religieuses. Priez ! Priez ! Priez Dieu Tout-Puissant avant de rentrer dans ces véhicules ou de monter sur ces motos. Priez ! Je ne veux pas que vous fassiez d’accident !

Notre pays est une grande nation démocratique… Prenez … ! »

Aminou Balogun

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