Publié dans Kultur, Musique

Les Collines : Département le plus Métissé du Bénin

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Les populations des Collines dont les idaasa représentent la référence sont les peuples les plus métissés du Bénin, et aussi les plus tolérants. Populations marquées par l’histoire et la géographie, elles ont été au carrefour des violences politiques et symboliques diverses, qu’elles ont utilisées à la fois comme arme et comme protection. Malmenés voire opprimés par le puissant royaume du Danhomè, qui les élut comme son peuple holocauste, les Mahi, idaatcha et consorts utilisèrent la mère colline comme refuge. Malgré cette hostilité endémique, les populations des Collines furent poreuses aux influences culturelles de leur puissant voisin. Tout en gardant farouchement leurs langues d’origine, qui sont des dialectes du yoruba au même titre que l’ijebu ou l’ekiti, parlées de l’autre côté de la frontière, elles ont, au fil du temps, intériorisé plus d’une  manière de faire et d’être de leur voisinage social immédiat. C’est ainsi que même lorsqu’elles parlent un dialecte yoruba, leur intonation et attitude langagière sont plus proches de celles des Fon que des Yoruba pur jus.

L’influence fon ou aja est plus palpable encore dans la musique et la danse, où de nos jours, les images véhiculées par les nouveaux média ont tendance à uniformiser les genres, les gestes, les gestuelles et les chorégraphies. Les orchestres de musique traditionnelle des Collines utilisent des instruments semblables à ceux de leurs voisins Mahi ou Fon – les Mahi de Savalou étant de tous les peuples des Collines, les plus proches des Fon dont on peine à les distinguer, culturellement et linguistiquement.

La manière de danser est calquée sur le modèle fon/mahi,  alors même que les chansons sont chantées dans une variante du yoruba. Lorsqu’on sait que les catégories spatio-culturelles Aja/Ayo sont souvent considérées comme irréductiblement opposées, on comprend  l’étonnement philosophique qu’inspirent les populations des Collines de par la fidélité à leur histoire.

L’exemple en est donné par la musique identitaire des Idaasa, le gombé,  dont la résonance et la ressemblance rythmique  avec l’agbaja des aja et autres guen du Mono et du Togo sont assez troublantes.  La preuve de la porosité culturelle des populations des Collines est donnée par le succès du rythme Agbaja dans cet espace culturel originairement yoruba. Comme quoi, dans les Collines l’opposition Aja/Ayo devient un creuset d’enrichissement. Ecoutez/regardez plutôt

Aluko Bolariwa

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