Publié dans Essai

Affaire Ajavon : Inquiétantes Vérités

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Monsieur Talon a choisi son périple dans le Septentrion pour délivrer ce que l’on peut appeler sa version des faits dans l’affaire Ajavon.

Mon ami, le Dr Aboki Cosme a trouvé dans la communication du chef de l’État une manière de prise de hauteur.  Prise de hauteur soit mais à condition d’en exclure toute valeur ajoutée métaphorique. Le mot hauteur ne peut décrire ici que le déplacement géographique vers le nord, et peut-être le fait d’avoir laissé passer un certain temps. Pour autant, cette prise de hauteur, même au sens propre, ne met pas M. Talon au-dessus de la mêlée.

Contrairement à son propos, M. Talon trahit un conflit de personnes sinon d’intérêts avec son compère en rupture. Grosso modo, le Chef de l’État dit que  M. Ajavon est dans le mal et se permet de s’en glorifier. Tomber dans le mal n’est pas bon quoique cela puisse arriver à tous ; mais en faire un titre de gloire, voilà qui est inacceptable, pour la collectivité tout entière.

A en croire M. Talon, la Rupture ne saurait abriter en  son sein des brebis galeuses, et les pratiques funestes d’antan doivent être remisées au vestiaire. C’est bien la preuve que les tribulations médiatico-juridiques de M Ajavon, loin d’être le fruit d’un hasard, sont la conséquence d’un décret politique pris au plus haut niveau.

 Le cas échéant, l’Affaire Ajavon résulte d’une lutte d’intérêt et/ou de personnes où tous les coups sont permis. Car depuis sept mois qu’il est à la tête du pays, on n’a pas vu M. Talon remuer ciel et terre pour lutter contre la corruption et l’impunité, de façon à donner un contenu concret  à son slogan de rupture. A part l’annulation des concours frauduleux, sans du reste une situation claire des responsabilités, rien de concret n’est venu illustrer l’effectivité de la rupture. Dans ces conditions, comment prétendre que la saillie inquisitoriale contre un allié de la trempe de M. Ajavon, n’est pas une cabale mais ne vise que la réalisation des mots d’ordre éthiques de la Rupture ?

 Pis encore, au regard des nombreuses irrégularités et zones d’ombre qui entachent l’affaire et dont certaines sont plus que troublantes, on est plutôt enclin à en accréditer la lecture machiavélienne et pointer du doigt la responsabilité active du pouvoir. Tout cela se passant dans un contexte de sourdes discussions autour de la recherche d’une majorité confortable pour voter les propositions de modification de la constitution qui tiennent à cœur à Talon, mais sur lesquelles il n’est pas sûr que M. Ajavon et les députés de sa mouvance se retrouvent strictement.

Donc pour moi, les déclarations de M. Talon faites dans le Nord au sujet de l’affaire Ajavon, loin d’être une prise de hauteur, apparaissent comme la rationalisation a posteriori d’une cabale savamment ficelée en vue de neutraliser un allié politique peu accommodant ou insoumis.

 Cela corrobore les critiques de plus en plus ouvertes qui voient dans la venue au pouvoir de M. Talon au sommet de l’État une occasion pour restaurer et booster ses affaires mises à mal par M. Yayi, contrôler  l’économie du pays à son  profit personnel, et à celui d’une nébuleuse népotiste qui gravite autour de lui. En clair, M. Talon ne serait devenu président que pour faire en plein jour et directement ce qu’il faisait naguère dans l’ombre par ludions interposé.

De ce point de vue, mon analyse est aux antipodes de celle de mon ami Cosme. Mais, comme dans cette affaire qui n’est pas la première du genre fratricide concernant M. Talon nul n’est dans le secret des dieux, on ne saurait exclure sa dimension psychologique : la réaction médiatique d’un homme qui n’est pas resté insensible aux transes et remontrances d’une affaire qui a suscité tant de consternation et de passions au sein de l’opinion sinon du peuple.

En effet, après tout le charivari occasionné par l’Affaire et les accusations d’agression machiavélique portées contre M. Talon, on peut comprendre que celui-ci veuille donner sa version des faits. Les insinuations de M. Ajavon qui enclenchèrent dans l’opinion la lecture machiavélienne de l’affaire ayant été faites de façon délibérée et à des fins tactiques, il importait que le président de la République pût donner sa version des faits et, dans la mesure où il les estime atteints, laver son honneur et sa probité.

Mais, en tout état de cause, dans cette affaire scabreuse, ce que l’un des protagonistes dit sur l’autre  est vrai et inversement. Et, ces vérités sont de véritables épées politiques. Si deux compères politiques dégainent leurs épées — fussent-elles en or — c’est que la guerre fait rage.

Pourquoi se guerroyer si violemment et si précocement si on est vraiment venu à la tête du pays pour travailler à son redressement et non pour soi-même ?

Ce qui est inquiétant c’est l’implication de ces vérités croisées pour la dignité et l’avenir du pays.

Binason Avèkes

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