L’Afrique en son Destin Porcin

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On connaît le pillage matériel de l’Afrique, celui qui touche aux matières premières, source de guerres et de génocides sur le continent noir. Dans la logique du néocolonialisme, ce pillage est enté sur la manipulation culturelle et symbolique. L’usage des langues et l’endossement des représentations et visions du monde du colonisateur créent une disposition aliénante chez le colonisé – qu’il soit néo ou ancien. Disposition qui s’avère d’une efficacité redoutable dans l’asservissement continu des Africains, et sur laquelle s’appuie l’entreprise crapuleuse du néo-colonialisme capitaliste et raciste. Mais même relevant de l’idéologie, tout cela est au service du pillage matériel de l’Afrique et fait partie de ce qu’on peut appeler la physique de l’exploitation.

La métaphysique de l’exploitation relève d’une autre démarche. Bien qu’elle ressortit de la dénégation symbolique du pillage matériel, elle s’autonomise dans une volonté continue de pillage immatériel. Comme si chez l’Afrique la notion d’utilité était aussi bien physique que métaphysique. Cette utilité de l’Afrique, sa capacité à servir en toute circonstance, n’est pas sans rappeler une caractéristique qui fait  la réputation du porc ; celle qui établit que tout en ce quadrupède sert, des parties les plus substantielles aux parties les plus accessoires ou apparemment ingrates.

L’Afrique, un continent où tout sert, du matériel à l’immatériel jusqu’à épuisement. La France, pays phare du néocolonialisme, offre un exemple parfait de cet usage porcin de l’Afrique, étape finale du dessaisissement de l’Afrique d’elle-même et de son destin que constitue la métaphysique du porc.

Dans le sang, les guerres et les génocides, la France ne s’acharne pas sur l’Afrique noire uniquement pour les matières premières. Il y va aussi des symboles auxquels elle tient tout autant. D’abord, ceux qu’elle proclame et qui découlent de ses valeurs affichées : Droits de l’Homme, Egalité, Fraternité, Justice, Universalité. Et puis il y a ce que la rhétorique politique, pince sans rire appelle les « liens indéfectibles entre l’Afrique et la France », mais qui ne doit pas prêter à sourire tant que ça, dans la mesure où les liens entre le loup et l’agneau sont tout aussi indéfectibles. Quoi qu’il en soit, ces idées pures purement françaises, même si l’expérience a montré qu’elles n’ont aucun rapport avec la réalité, et parce qu’elles n’en ont pas, ont surtout fonction de symbole. Et puis, il y a aussi les motivations secrètes, non dites, non-avouées de la propension de la France à s’acharner sur l’Afrique, au-delà de l’appât du gain ou de la cupidité capitalo-impérialiste. Motivation intrinsèquement d’origine psychologique. Elle tient à son furieux besoin d’estime de soi que conforte le sentiment de dominer l’autre. Sentiment trouble et paradoxal du reste, dans la mesure où la volonté de dominer les Noirs est basée sur l’a priori raciste du déni de la validité de l’humanité de ceux-ci, considérés en réalité comme des sous-hommes, indignes des richesses de leur sous-sol, qui reviennent en priorité aux vrais hommes, les Blancs, seuls capables de les apprécier, de les exploiter à leur juste valeur, etc… Posture paradoxale que celle qui amène à ne considérer l’humanité du Noir que dans la seule mesure où la capacité de la lui dénier est un élément structurant de l’amour propre. Tel est le socle de paradoxe sur lequel s’appuie la dimension immatérielle – c’est-à-dire exempte de toute motivation matérielle – de l’acharnement singulier de la France sur l’Afrique noire.

Mais l’utilité du Noir, qui le met sur le même pied que le porc en termes d’exhaustion des figures de sa servitude est celle qui, à l’usage matériel propre à une civilisation matérialiste, ajoute le caractère spécifique d’une culture qui valorise le symbole, utilise leur paravent commode ainsi que la poussière crépusculaire des idées éthérées pour perpétuer sur le plan symbolique la même frénésie insane d’asservissement du Noir. Utiliser le Noir jusqu’à épuisement, matériellement et immatériellement. Pour mieux faire toucher du doigt cette continuité immatérielle de l’exploitation de l’Afrique, si l’exemple français est, comme nous l’avons dit, parfait en France même et au sein de son personnel politique le cas d’un homme politique comme Jacques Chirac est très éclairant et mérite le détour.

En effet, voici un homme politique de grande longévité dans les arcanes de la vie politique française : Conseiller municipal, député de Corrèze, Mairie de Paris, Ministre et Premier Ministre, Président de la république… ! Avec un tel parcours, à un moment donné où à un autre, l’homme s’est retrouvé aux premières loges de la politique néocoloniale de son pays dont l’objectif premier est d’asservir l’Afrique, de lui ôter toute prétention à s’appartenir. Prétention considérée comme un crime de lèse-majesté néocoloniale et sévèrement punie d’assassinat, de déstabilisation, de coups d’état, de guerre, voire de génocide…

A ce titre et pour mémoire, il n’est pas superflu de rappeler que Jacques Chirac était premier Ministre de France lors de l’assassinat de Thomas Sankara le 15 octobre 1987. Or comme de tels coups ne se déroulent jamais en Afrique francophone sans l’aval de la France, on voit mal comment ce drame peut ne pas avoir eu sinon son feu vert objectif, du moins son laisser-faire implicite de la France et des dirigeants de l’époque. Du reste l’amitié entre Jacques Chirac et celui-là que le monde entier tient pour l’assassin de Sankara, Blaise Compaoré, a connu son point d’orgue politique lors du 14 juillet 1995, où Jacques Chirac, Président de la République, a mis un point d’honneur à inviter son ami Africain à la tribune : pied de nez du vice à la vertu, cynique exhibition de puissance des acolytes du mal sur terre…

Mais ce n’était là que quelques faits d’arme de l’activisme néocolonial du Président Chirac.

L’image de Jacques Chirac, on le sait, sent le roussi tenace de la malversation. La corruption ainsi que la culture de l’impunité qui va avec, dans le cas de Monsieur Chirac, plongent leurs racines dans cette amitié françafricaine dans laquelle tous les Présidents français ont pris toute leur part. En effet, c’est sans doute au nom de cette amitié et pour faire durer le règne des satrapes francophones d’Afrique que le même Jacques Chirac, donnant la voix à ses fantasmes, affirma sans état d’âme que l’Afrique n’était pas mûre pour la démocratie. Mais qu’on n’aille pas voir dans cette affirmation désuète comme l’expression d’un néocomtisme, ou d’un darwinisme politique original. La démocratie qui inquiétait Monsieur Chirac à propos de l’Afrique et dont il tenait dans son amour pour elle à la protéger n’a rien de savant, au sens noble du terme. Non, la démocratie qui inquiétait Chirac est celle qui risque de mettre des freins au pillage du continent noir, dans la mesure où son gouvernement agirait au grand jour de la volonté populaire, dans l’intérêt supérieur des Africains, en toute rationalité légale, en toute transparence et responsabilité. Un gouvernement des Africains par les Africains et dans l’intérêt des Africains ! Voilà ce qui constituait et constitue toujours le cauchemar des Blancs et que Chirac exprima, sans détour, comme dans un rêve éveillé. Cette démocratie qui allait sonner le glas des satrapes à la solde, voilà ce que ne voulaient pas Chirac et la pensée néocoloniale française. Un gouvernement tout à l’opposé de ceux des « amis de la France » que sont les Bongo, Houphouët, Compaoré, Eyadema, Bokassa, Deby, Ouattara, etc., tourbe infecte de kleptocrates imposés par le système néocolonial français. Venimeuse engeance dont certains s’offrent même le malin plaisir de préempter le sort de l’Afrique en se constituant en dynastie de transmission héréditaire du pouvoir au mépris de l’aspiration des peuples à la démocratie.

Livrée à des bouchers cyniques, l’Afrique n’a qu’un destin de porc qui doit se réaliser à la perfection. La France et Chirac ne sont, comme nous l’avons dit, que des lieux et exemples d’expression de cette métaphysique du porc qui travaille l’Afrique. Mais arrêtons-nous un instant au cas Chirac, qui est fort révélateur de cet usage porcin de l’Afrique, pour voir comment se met en place la continuité immatérielle du pillage de l’Afrique. Voici donc un homme d’Etat français qui a blanchi sous le harnais du mal néocolonial, qui a objectivement partie liée à toutes sortes d’entreprises d’asservissement criminel des Noirs à seule fin de les maintenir contre leur volonté dans le giron de la domination politique et économique française. De ce fait, il va de soit qu’un tel homme, héritier et continuateur du mal néocolonial, est un ennemi mortel des Noirs et de l’Afrique, de son peuple, de son histoire et de son destin. Un homme qui prend sa place naturelle dans la longue lignée des flibustiers qui depuis cinq siècles ont fait passer le peuple noir par tous les degrés de l’enfer de la négation de l’autre, de l’esclavage au néocolonialisme. Longue lignée de barbares qui n’ont cessé de massacrer le Noir, de l’avilir, de le violenter, de piller l’Afrique dans un mélange pervers de cupidité atroce et de sadisme raciste.

Or donc voilà le même homme qui, au soir de sa vie, éprouve le besoin de la finir en beauté. Se faire une bonne conscience et transmettre une radieuse image de soi à la postérité ; ouvrir un contre feu éthique pour parer à d’éventuels ennuis juridiques qui menacent de la ternir. Rêves légitimes de tous les corsaires. Et sur qui croyez-vous qu’il s’appuyât pour se refaire une virginité morale universelle ? Sur l’Afrique bien sûr ! L’Afrique qui, pendant des décennies lui a servi sur le plan matériel va maintenant passer à la casserole symbolique de la métaphysique du porc. Après toute une vie dédiée au matériel, au pillage de l’Afrique, au soir de celle-là, on redécouvre celle-ci sous un autre jour, celui de l’engagement humanitaire, de la passion pour sa culture menacée, sa nature en danger, la protection de ses fils et filles contre les maladies. Et toute une fondation est dédiée à cette métaphysique du porc.

Le drame dans ce destin porcin de l’Afrique c’est qu’il ne manque pas de soi-disant Africains pour y prêter main forte et le légitimer. Sur fond d’un complexe énorme du Noir en face du Blanc, ces porteurs de nos chaînes assument leur rôle avec une pitoyable alacrité. Car malheureusement, beaucoup des nôtres ne se sentent grands que sous le regard et dans l’intimité du Blanc. Comme l’a dit Malcom X, le poulet qui vient se faire rôtir à la maison a meilleur goût. Ce théorème culinaire reste sans doute valable pour le porc d’Afrique !

Aminou Balogun

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