
COMMÉMORATION DE LA MORT DU GÉNÉRAL MATHIEU KEREKOU, LES SEMI-VÉRITÉS DE OUSMANE BATOKO
A l’occasion du premier anniversaire du décès de Mathieu Kérékou, Ousmane BATOKO publie « un référentiel de témoignages » intitulé « Mes premières rencontres avec Mathieu Kérékou ». Et ceci en vue d’honorer la mémoire de « l’illustre disparu ».
Je n’ai pas encore eu en mains l’ouvrage annoncé. Mais selon les reportages qui en sont faits dans la presse, on lit «L’acte posé par le président de la cour suprême, Ousmane Batoko à titre personnel, s’inscrit dans la logique de l’an 1 marquant le retour vers le père céleste de Mathieu Kérékou, ancien chef d’Etat de la république du Bénin. Un acte qui lui a permis de faire un voyage dans le passé récent pour revivre les rêves de ce qu’a été ses relations avec l’homme, un démocrate hors classe et épris de paix et de justice. En témoignage les évènements de 1989 où malgré son statut de chef d’Etat et patron des armées, il opposait un refus systématique de tirer ouvertement à balles réelles sur ceux qui lui lançaient la pierre. Ces qualités de Kérékou Mathieu qui peuvent faire le volume d’une encyclopédie, ont été résumées à travers des phrases simples dans l’œuvre publiée par Batoko en signe de reconnaissance à la mémoire d’un être incompris par ses homologues jusqu’à son dernier souffle. Cette œuvre de l’esprit fera l’objet d’une prochaine publication dans l’ouvrage d’un certain Amadou Ousmane. L’auteur de l’écrit, Batoko Ousmane, a été par le passé ministre de la république. Il a occupé successivement le poste de la culture , de la jeunesse et des sports de 1985 à 1988 et celui de l’information et de la communication entre 1988 1990 en passant de 1988 à 2003 par la fonction publique et la réforme administrative avant de chuter à la présidence de la cour suprême du bénin depuis février 2011.Il fait revivre dans cet essai les bons et tristes souvenirs des moments forts partagés avec le général Mathieu Kérékou , son allié de tous les temps pendant près de 40 ans . Sa première rencontre avec lui selon ses dires remonte à novembre 1976 au camp militaire de Ouidah dans le cadre d’une formation civique, patriotique, idéologique et militaire qui a mobilisé 700 hommes .Une occasion saisie par le général pour passer les antirévolutionnaires comme Batoko à qui il disait ceci « c’est vous Batoko qui au lieu de soutenir la révolution, vous évertuez à saper le moral du peuple avec des propos de démobilisation. C’est vous Batoko qui, au lieu de vous rendre disponible pour la construction du pays, passez votre temps à dénigrer les responsables, allant jusqu’à oublier d’où vous venez, sans tirer leçon de ce que vos parents ont été pour votre région et pour votre pays. Quand on parle de cadres contre-révolutionnaires c’est vous les gens de votre trempe et de votre acabit qu’il faut aller chercher » (Confère L’Informateur N° 3351 du 20 Octobre 2016.)
Comme il faut faire un voyage dans le passé, je m’en vais le faire en réplique à des affirmations qui de toute évidence visent à maquiller l’histoire, à la réécrire selon ses intérêts et visées personnelles. Ousmane Batoko heureusement a vécu avec des contemporains à lui, des promotionnaires mêmes qui peuvent rétablir certaines choses. Qu’il ait toujours été l’homme de l’ombre comme de lumière du Général Mathieu Kérékou pendant 40 ans, cela ne fait l’ombre d’aucun doute ; tout comme son alter ego, Houdou Ali depuis qu’il était étudiant en anglais dans les années 1975 à Grenoble ; que notre Président actuel de la Cour suprême, en ait tiré tous les avantages de sa vie ( sous-préfet de Savalou, plusieurs fois ministre de 1985 à 1990, de 1998 à 2003 ; Conseiller spécial de Kérékou…) et qu’il veuille lui rendre hommage, au point de dire de Kérékou qu’il « est un démocrate hors classe et épris de paix et de justice », c’est son droit le plus absolu. Mais qu’il le fasse en ne falsifiant pas certains détails de l’histoire.
Venons-en à certaines affirmations de Batoko.
Je peux concéder à Monsieur Batoko certaines de ses affirmations qu’on ne prend prendre que sous réserve d’inventaire. Telles que sa « première rencontre avec le Général qui remonterait « à novembre 1976, au camp militaire de Ouidah dans le cadre d’une formation civique patriotique, idéologique et militaire qui a mobilisé 700 hommes ». C’est possible que cela soit la première rencontre physique entre les deux hommes.
Mais ce qui est proprement surprenant sinon tout à fait faux, ce sont les déclarations attribuées par lui à Kérékou et reportées dans son témoignage : « C’est vous Batoko qui au lieu de soutenir la révolution, vous évertuez à saper le moral du peuple avec des propos de démobilisation. C’est vous Batoko qui au lieu de vous rendre disponible pour la construction du pays, passez votre temps à dénigrer les responsables, allant jusqu’à oublier d’où vous venez, sans tirer leçon de ce que vos parents ont été pour votre région et pour votre pays. Quand on parle de cadres non engagés ou de cadres contre-révolutionnaires c’est des gens de votre trempe et de votre acabit qu’il faut aller chercher »… Ces déclarations sont plutôt mensongères. Car jamais Ousmane Batoko – à titre personnel- ne s’est nulle part opposé au pouvoir intervenu le 26 Octobre 1972 ; au point de mériter la qualification par Kérékou « d’anti-révolutionnaire ».
Mais ce qui est proprement surprenant sinon tout à fait faux, ce sont les déclarations attribuées par lui à Kérékou et reportées dans son témoignage : « C’est vous Batoko qui au lieu de soutenir la révolution, vous évertuez à saper le moral du peuple avec des propos de démobilisation. C’est vous Batoko qui au lieu de vous rendre disponible pour la construction du pays, passez votre temps à dénigrer les responsables, allant jusqu’à oublier d’où vous venez, sans tirer leçon de ce que vos parents ont été pour votre région et pour votre pays. Quand on parle de cadres non engagés ou de cadres contre-révolutionnaires c’est des gens de votre trempe et de votre acabit qu’il faut aller chercher »… Ces déclarations sont plutôt mensongères. Car jamais Ousmane Batoko – à titre personnel- ne s’est nulle part opposé au pouvoir intervenu le 26 Octobre 1972 ; au point de mériter la qualification par Kérékou « d’anti-révolutionnaire ».
En effet, à l’époque, j’étais président de l’Association des Etudiants Dahoméens en France (AED- Section française de l’UGEED et section dahoméenne de la FEANF) à partir de 1974 ; j’ai passé deux années à la tête de cette organisation. Batoko Ousmane, lui était responsable aux relations extérieures du FACEEN. Nous deux nous étions élèves de la fameuse Ecole d’administration pour Colonies (IHEOM- devenu Institut International d’Administration Publique (IIAP) avenue de l’Observatoire à Paris. Nous étions un certain nombre tels Amoussou Adéblé Jean Richard (paix à son âme !), Idji Kolawolé Antoine, Hounton Richard, Elisha Charles, Adjaho Richard (paix à son âme !) et j’en passe. En tant que président des étudiants dahoméens en France, j’étais chargé de la défense des intérêts de tous – qu’ils soient militants de UGEED (tels Holo Théodore, Tidjani Ismaèl, Yansunnu Magloire, Amoussou Bertin et j’en passe) ou du FACEEN (tels Batoko Ousmane, Moussa Issa Touré, Dr Amadou Diallo (paix à son âme !), Houdou Ali, Orou Guidou Yaya et autres.)
La question de l’affaire Kovacs s’était posée avec des protagonistes tels le ministre des finances de l’époque, le Capitaine Janvier Assogba, l’avocat Houngbédji Adrien, Bertin Borna et surtout l’Inspecteur des finances, Nicéphore Soglo, par ailleurs ancien ministre des finances de son Cousin célèbre, le Général Christophe Soglo. Tous les documents étaient formels avec les signatures à l’appui: Kérékou avait bel et bien pris à l’homme d’affaires Kovacs, des dizaines de millions pour le financement du coup d’Etat de 1972 et la perpétuation des intérêts de la FrançAfrique au Dahomey. Face à ce scandale, à la base de la tentative du putsch de Janvier Assogba en janvier 1975, il fallait que les étudiants prennent position sur la question. L’affaire faisait vacarme. L’AED s’apprêtait à se prononcer sur la chose et à condamner la duplicité de Mathieu Kérékou qui ainsi menait en bateau ses co-putschistes tels Michel Aïkpé, Janvier Assogba, Michel Alladayè et autres. Je suis allé voir personnellement Ousmane Batoko pour une position commune –AED-FACEEN sur la question. Batoko s’est opposé catégoriquement et pire menace si nous prenions positions contre Kérékou. L’AED a pris position de condamnation de Mattieu Kérékou. J’en étais signataire. Et cela m’a valu d’être classé de « contre-révolutionnaire » et déclaré « exilé volontaire » donc interdit de séjour sur notre terre natale. L’on sait aussi des relations très étroites qui étaient celles liant Batoko Ousmane au redoutable Ministre de l’Intérieur de la Sécurité et de l’Orientation Nationale (MISON de l’époque, Azonhiho, devenu très rapidement beau-frère de l’intéressé. Batoko lui-même dès son retour de formation, fut bombardé Sous-préfet de Savalou après un court séjour sous son beau-frère de ministre Azonhiho au ministère de l’intérieur. La suite, on le sait ministre, puis ministre etc.
Batoko Ousmane a toujours été un soutien dès le départ au régime de Mathieu Kérékou. Il n’a jamais été comme il dit « anti-révolutionnaire ». Les seuls opposants réels militants du FACEEN connus à l’époque en France au régime de Kérékou dans les années 1973-77, furent Orou Guidou Yaya, Dr Amadou Diallo, Moussa Issa Touré. Et ceux-là n’ont jamais été nommés ministres par Mathieu Kérékou ; du moins pas à ma connaissance. Kérékou a de la mémoire tenace et sait récompenser les siens, c’est-à-dire ceux qui lui sont indéfectiblement attachés.
Par ailleurs, Batoko affirme que Kérékou humaniste « épris de paix et de justice… opposait un refus systématique de tirer ouvertement à balles réelles sur ceux qui lui lançaient la pierre » en 1989. Hum ! Mais ce que Batoko n’a pas dit, c’est que ce même Kérékou avait ordonné de tirer à vue et à balles réelles sur tout ce qui bouge comme élèves et étudiants (traités de crapauds !) au cours du mouvement de 1985 ; et qu’en application de cette instruction, ses sbires ont abattu froidement le 6 Mai 1985, le jeune Atchaka Parfait alors élève, (manifestant pacifiquement) au CEG Gbégamey. Etc. Encore qu’en 1989, Le pouvoir de Kérékou déjà fragilisé par trois tentatives de coups d’Etat n’était plus en mesure de faire quoi que ce soit pour sauver son régime.
Batoko sur ces points a fait économie de vérité. Quant à d’autres affirmations, j’attends d’avoir l’ouvrage annoncé en mains pour aviser.
Philippe NOUDJENOUME.
