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Nigeria : La Mise à la Retraite de 38 Officiers de l’Armée Suscite Polémique

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 La mise à la retraite d’office d’une quarantaine d’officiers supérieurs de l’Armée suscite la grogne des intéressés et la réaction en retour du commandement.

Selon l’armée et le ministre de la défense, Monsieur Mansur Mohammed Dan Ali, les officiers concernés auraient été inculpés pour ce qu’ils ont décrit comme une corruption professionnelle et ou pécuniaire ; alors que certains officiers protestent de ce qu’ils n’ont pas eu l’occasion d’être entendus et qu’ils n’avaient été mêlés ni aux scandales d’achat d’arme pour lutter contre Boko haram ni au déroulement des élections de 2015.

 Les mis à la retraite comprennent 9 Major-Généraux, 10 Brigadiers-Généraux, 7 Colonels, 11 Lieutenants-colonels, et 1 Major.

Pour le Ministre de la Défense, « c’est une affaire qui touche à la réforme du secteur de la Défense. Nous avons veillé à ce que tous ceux qui ont été inculpés, d’une façon ou d’une autre aussi bien pour des faits de corruption professionnelle que des faits de corruption pécuniaire, soient remerciés. Par corruption professionnelle, je veux dire si vous vous montrez partisan, il s’agit d’une corruption professionnelle et vous devez quitter l’armée. C’est exactement ce qui s’est passé. Donc à tous les mis en cause, il a été demandé de partir. »

L’accusation politique ou professionnelle provient du rôle présumé de certains officiers dans des scandales de fraudes ou de corruption électorales qui auraient entaché les élections de 2015 dans certains états ou localités, toutes élections confondues.

 Mais du côté des mis en cause, c’est à un tout autre son de cloche qu’on est exposé. Les officiers concernés laissent entendre que leur mise à l’écart n’est rien moins qu’une chasse aux sorcières politique et ou régionaliste. Ils font valoir aussi des arguments de forme en se plaignant que nombre d’entre eux n’ont comparu devant aucun jury d’enquête, et qu’ils n’avaient joué aucun rôle dans les élections  de 2015. A l’appui de leur cause, ils attirent l’attention sur la liste des mis à la retraite qui selon eux est politiquement et régionalement biaisée. « Tous les officiers mis à l’écart, font-ils remarquer, ont servi dans les Etats perdus par l’APC au bénéfice du PDP. Quelle est notre faute ? Aurions-nous dû forcer les électeurs à voter pour des candidats autres que ceux de leur choix ? »

 L’autre fait qui milite en faveur de l’argumentation des intéressés est d’ordre empirique. En effet depuis l’avènement de M. Buhari, les listes positives des nominations, en dépit des efforts pour respecter le caractère fédéral national imparti par la constitution,  brillent par le surnombre de personnes originaires du nord musulman. A contrario, la liste négative des officiers mis à l’écart trahit un déséquilibre au détriment du sud en général, et plus particulièrement du sud-est et du sud-sud chrétiens.

Toutefois, de là à crier à la chasse aux sorcières, ou à se considérer comme les bouc-émissaires de la réforme annoncée du secteur de la défense, il y a un pas que franchir n’est pas naïf politiquement.

 Alan Basilegpo

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