Ministres du Nord, Ministres du Sud : Mise en Garde contre le Poison du Régionalisme

  yayibeastYayi Boni, fidèle à son inconséquence, sitôt éjecté de la Marina par le double fait constitutionnel et électoral de son remplacement par Talon, est allé dans les contrées de son Nord fantasmé déplorer le déficit en ministres du Nord dans le nouveau gouvernement. Et ce, nonobstant le fait que le régime du Nouveau Départ n’a pas fait mystère de sa volonté de rupture d’avec la gouvernance irrationnelle et corrompue qui a caractérisé l’action de Yayi Boni depuis 2006, et que le peuple a massivement rejetée lors des élections présidentielles.

En cause est la conception du rôle du ministre. Selon la conception chère à M. Talon, et qu’il n’a cessé de marteler avant et après son élection, le ministre est un gestionnaire d’un secteur gouvernemental, choisi sur la base de ses capacités et de sa compétence. Selon cette acception, le Ministre est un responsable politique à profil technique au service de toute la nation, sans exclusif ni discrimination d’aucune sorte. Il n’est pas le Ministre des femmes par opposition aux hommes, ni le ministre des chrétiens par opposition aux musulmans ou aux athées. Pas plus qu’il n’est le ministre d’une région du pays par opposition à une autre. Bien que dans la formation du gouvernement, le chef doive tenir compte des équilibres d’ordre sociologique, cette nécessité n’a rien de contraignant et ne doit pas obnubiler l’option de rationalité technique.

Cette conception, Talon l’a faite sienne et, de ses discours de candidat à son premier conseil des Ministres de Président élu en passant par la cérémonie d’investiture et la formation de son premier gouvernement, il n’a eu de cesse de la défendre et de l’illustrer. Pour lors, sa fidélité à ce credo rationnel ainsi que sa volonté de la mettre en œuvre forcent le respect et l’admiration.

Aux antipodes de cette volonté se trouve, comme on a pu le constater ces dix dernières années, la conception ténébreuse, autocratique et corrompue de Yayi Boni. Cette conception délibérément régionaliste fait du Ministre un représentant ethnique et relègue au second plan la question de ses compétences. Procédant par un insidieux paralogisme qui abuse de la bonne foi de l’opinion, de l’existence de deux régions supposées opposées, cette conception infère la répartition à parts égales des Ministres issus de ces deux régions sans tenir compte de la pondération démographique. En clair, même si par exemple, le Nord n’avait que 10 cadres compétents contre 30 au sud, ces nombres étant supposés proportionnels à leur indice sociologique respectif, eh bien la mystification paritariste du régionalisme qui n’est du reste pas une création de Yayi Boni mais dont il a eu surtout à abuser, imposera dans un gouvernement de 31 membres 16 Ministres du Nord contre 15 du Sud. On déplorera l’inspiration régionaliste du gouvernement ainsi constitué, mais on se consolera de penser que Yayi Boni n’a violé l’équité que d’un seul Ministre ! Et c’est là que se situe le paralogisme. Car lorsque mettant de côté la conception rationnelle du rôle du Ministre on entre sur le terrain de la conception irrationnelle de Yayi Boni, on doit à la vérité mathématique et sociologique de reconnaître que la vraie répartition en l’occurrence devrait être de 8 Ministres du Nord contre 23 Ministres du Sud ! Ce qui est à peu près le ratio appliqué par Talon dans son nouveau gouvernement qui compte 21 membres.

Mais trêve d’engluement dans des spéculations régionalistes pour le moins sordides !

Ce qu’il faut déplorer c’est que le principe de cette conception amène à faire de la nomination d’un ministre un acte d’affirmation régionaliste, un événement égoïste qui encense le culte de la personnalité au détriment du culte de la compétence. Le Ministre est alors perçu comme le gagnant d’une part du butin national, dont il s’accapare. Son inauguration donne lieu à une fête ethnique gigantesque source de dépenses aux frais de L’État. Des familles, des clans et des tribus entières sont déplacées de’ l’intérieur du pays par cars dans la capitale, et investissent  les ministères comme une propriété privée où ils fêtent la promotion de l’un des leurs.

Il va sans dire qu’une telle conception de la fonction et du rôle du Ministre ne peut que faire le lit à trois places de la corruption, de la médiocrité et du régionalisme.

Ce qui est scandaleux, c’est que, de l’avoir assenée sans états d’âme à la nation entière pendant les dix dernières années de son règne déjanté, et d’avoir subi en retour la sanction électorale sans appel du peuple, M. Yayi Boni ne démord pas de cette conception ignoble qu’il continue de répandre dans des discours scélérats, débiles et piteusement démagogiques.

Mais comme l’a relevé le PCB dans un communiqué stigmatisant cette manœuvre d’empoisonnement de l’atmosphère nationale par Yayi Boni, la vraie question est de savoir si un Ministre est nommé pour son bon plaisir,  le sentiment d’auto-accomplissement, ses fantasmes de rapines, la satisfaction d’une ethnie ou d’une religion, ou au contraire, quelle que soit son origine religieuse ou régionale s’il ne doit être uniquement jugé que sur la seule base de sa capacité à prendre en charge les besoins de toute la nation dans sa sphère de compétence ?

 Si le statut d’ancien président fraîchement acquis par Yayi Boni – sans préjuger de l’assomption de ses responsabilités devant la justice – commande respect pour un homme qui, quoi qu’on dise aura quitté le pouvoir sans heurt et à son heure, il est tout aussi impérieux que ce respect se mérite et s’assume en toute responsabilité. Faute de quoi, Yayi Boni risque d’être précipité de ce piédestal d’où il croit loisible d’attenter à la cohésion nationale.

Adenifuja Bolaji

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