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Soyinka, le Zinsou de Lagos ?

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 Curiosité typiquement nigériane, qui étonnerait les Béninois peu versés dans le fonctionnement du système fédéral nigérian : Soyinka victime d’un rejet identitaire. L’affaire se passe dans le cadre de la commémoration des 50 ans de l’État de Lagos. Le Gouverneur, M. Akinwunmi Ambode, vient de nommer le prix Nobel de littérature Wole Soyinka à la tête du comité de célébration des 50 ans de l’État de Lagos. Or cette nomination n’est pas du goût de tout le monde. Les Autochtones de Lagos, sous l’égide d’une association dénommée Eko Foundation, s’insurgent contre cette nomination. La raison de cette hérésie ? Eh bien Wole Soyinka n’est pas autochtone de Lagos ! Effectivement le prix Nobel est ressortissant de l’État d’Ogun, un état yoruba voisin de Lagos et du Bénin. Les fondamentalistes d’Eko Foundation se plaignent d’être marginalisés dans leur propre État, au profit des ressortissants d’autres états de la fédération. Malgré cette opposition à fort relent identitaire et procédurier, le Gouverneur Akinwunmi reste droit dans ses bottes, et n’a pas l’intention de se laisser par ces cris d’orfraie ; car de son point de vue, la nomination de Wole Soyinka à la présidence du comité de célébration du centenaire de Lagos est tout bénef pour l’État le plus cosmopolite du pays.

Derrière cette levée de bouclier passablement fondamentaliste du groupe Eko Foundation se profile une problématique qu’il sied d’exposer brièvement. Lagos, s’il n’est que l’un des 36 Etats de la fédération nigériane possède un double spécificité conférée par sa démographie et l’histoire. Historiquement, Lagos a été la capitale fédérale jusqu’à la fin des années 70. Cette situation, renforcée par son économie et sa prospérité relative, a fait de cette mégalopole, le point de convergence de toutes les migrations intérieures et extérieures au Nigéria. Malgré le transfert de la capitale fédérale à Abuja à la fin des années 70, Lagos continue d’assumer à l’intérieur comme à l’extérieur du Nigéria, un rôle objective de capitale, tout au moins économique et social. D’où le caractère cosmopolite de l’État qui fait presque oublier son origine et son identité d’État distinct de la Fédération. L’assomption de ce caractère cosmopolite fait que l’État de Lagos pratique un volontarisme assimilationniste sans commune mesure avec ce qui se fait par ailleurs ; dans ce cadre, il nomme volontiers dans son gouvernement ou élit plus souvent qu’ailleurs dans ses diverses chambres  des Nigérians ressortissants des autres états, notamment et plus spécifiquement, les autres états yoruba, ou les États du sud-est Ibo à forte représentativité à Lagos.

Le rejet procédurier de Wole Soyinka comme Président du comité d’organisation du centenaire de l’État de Lagos par le groupe Eko Foundation, renvoie donc à un combat d’arrière garde qui s’adresse moins au Yoruba qu’il est plutôt qu’à la figure du ressortissant d’un autre État, et vise – ce curieux rejet –  à mettre un frein au volontarisme assimilationniste des autorités.

 A certains égards, la polémique semble avoir un air de famille avec la controverse qui a secoué le Bénin lors des dernières élections avec le parachutage subit de M. Lionel Zinsou  dans l’arène électorale. Mais, à y voir de près, cette ressemblance n’est qu’apparente. En effet, par tout un ensemble de critère consistants, Wole Soyinka apparaît plus Lagosien que Zinsou ne s’affirmait Béninois. L’une des raisons invoquées contre Zinsou est l’incapacité de parler aucune lange du pays, ce qui n’est pas le cas de Wole Soyinka qui parle le yoruba, la langue dominante de l’État de Lagos. L’autre raison qui différencie ces deux controverses est le fait que la présidence du comité d’organisation de la commémoration d’un anniversaire est quelque chose de ponctuel et technique alors que la présidence de la République avec tout son impact international est une responsabilité bien plus importante qui met en jeu à la fois l’identité et la représentativité d’une nation.

Alan Basilegpo

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