
Dans une interview au journal l’Express rapportée par la Nouvelle Tribune, Monsieur Lionel Zinsou se livre à un dernier combat de mots. Combat douteux et racolage espiègle. Occasion de se poser en s’opposant. Mais cette jactance de dernière minute suscite la nausée de part en part ; elle inquiète plus qu’elle ne rassure. elle renforce le rejet d’un personnage qui après avoir travaillé pour la France jusqu’à sa retraite, vient embêter ceux qui ont toute leur vie travaillé pour le Bénin. Lionel Zinsou y étale son obscénité politique. Censés être des coups de massue sur la tête des électeurs versatiles, les propos de l’étranger politique ne font que susciter l’écœurement de toute conscience éclairée.
Voici quelques spécimens de ce racolage espiègle
Racolage 1 : « mon style s’apparente moins à celui de Thomas Boni Yayi, plutôt impulsif, qu’à celui du « Sphinx » Mathieu Kérékou ».
Hommage à Kérékou, et clin d’œil à ceux qui se réclament de lui. La politique on le sait est un art qui manie l’irrationnel des affects et de l’inconscient collectif. Tout le monde sait que la personnalité et l’œuvre de Kérékou ne résistent pas à une seconde d’enquête rationnelle ; et qu’une telle investigation délivrerait son lot de désordre, de médiocrité, de corruption, et de violation des droits de l’homme. Mais ici nous sommes en Afrique et la vérité n’est pas une valeur utile à ceux qui exploitent et pillent le continent depuis des siècles. Le Bénin n’est pas le Chili, et Kérékou ne connaîtra pas le sort de Pinochet. Au contraire, Kérékou est qualifié de Sphynx ; ce raccourcit qui paraît vrai n’est qu’un masque commode de la bêtise et de la perfidie. Bêtise de l’objet, perfidie du sujet.
Puis on nous dit que Yayi Boni est impulsif. Oui, impulsif de nommer premier ministre un Français qui ne sait rien de la vie politique nationale ; impulsif d’imposer candidat des FCBE quelqu’un qui n’a jamais milité dans ce parti ; bref, Lionel Zinsou se venge du bien impulsif que Yayi Boni lui a fait. Très bien ! Mais dire que Yayi Boni est impulsif c’est la même chose que de dire que Lionel Zinsou est Français, c’est une description et non une critique. C’est une lapalissade que de dire que Yayi Boni est impulsif. Maintenant, ce qui est révoltant c’est la volonté de manipuler le Béninois moyen par le syllogisme inducteur mâtiné d’injonction implicite : « J’ai insulté Yayi Boni donc votez pour moi » ! Il s’en faudrait de beaucoup que le peuple Béninois tombât dans les bras de Zinsou parce qu’il aurait insulté Yayi. Car le problème n’est pas Yayi Boni, qui est non seulement impulsif, mais un apatride désaxé ; le problème c’est l’étrangeté politique de Lionel Zinsou, c’est-à-dire cette façon arrogante de penser qu’on peut venir ramasser en six mois le pouvoir présidentiel dans une pays où on n’a jamais fait de politique, un pays qu’on ne connaît pas et dont on n’est pas fichu de parler la moindre langue ! Est-ce qu’un Anglais de nationalité française, qui ne parle pas un traitre mots du Français, qui, n’y a jamais vécu pour ainsi dire, peut débarquer en France et non seulement prétendre se présenter aux élections présidentielle, mais se voir doté d’une chance réelle de le devenir ?
Racolage 2 «en la matière, Albert Tévoédjrè fait preuve d’une incroyable mauvaise foi. Je ne pense pas que la « Nouvelle conscience » constitue un programme intelligent. Ses références aux « valeurs morales » renvoient à l’extrême-droite, à une forme de pétainisme, ou encore à l’idéologie du Tea Party américain »
Les notions d’extrême-droite, pétainisme, etc. réfèrent des valeurs et des réalités propres à la société française ; elles ne peuvent être transférées dans le débat politique béninois sans prendre des gants. Après tout, en France, la droite et la gauche s’entendent bien pour piller l’Afrique à travers la Françafrique. Pourtant, la gauche en France, avec les Jaurès, les Léon Blum, etc. est censée incarner historiquement une philosophie politique humaniste, et d’égalité entre les hommes. Donc ce qui est gauche en France n’est pas forcément gauche en Afrique ou au Bénin. On nous parle de pétainisme, qu’est-ce qu’on en a à foutre du pétainisme ! Après tout n’oublions pas que comme l’a écrit Albert Tévoédjrè lui-même et pour le coup sans aucune mauvaise foi, nos indépendances africaines sont un don de Adolf Hitler. Si Hitler ne s’était pas attaqué à ceux qui nous colonisaient, leurs yeux n’auraient pas aperçu leur nez et nous n’aurions peut-être jamais été formellement libérés. Il est vrai que l’indépendance s’est révélée un leurre, ou en tout cas, elle reste encore à arracher, comme l’ont fait les Vietnamiens, et dans une moindre mesure les Algériens. Mais c’est pour dire que ce qu’un personnage comme Hitler représente dans l’imaginaire des Français ou des Européens n’est pas strictement et ne doit pas être strictement la même chose dans l’imaginaire des Béninois ou des Africains. Et qu’un candidat à la présidence d’un état africain ne le sache point est pour le moins inquiétant.
Racolage 3 « S’agissant d’Ajavon, je ne crois pas que le capitalisme sauvage conforme à la tradition de ce pays. De même, d’une manière générale, je ne considère pas la fraude douanière et l’évasion fiscale comme des modes d’enrichissements légitimes ».
Si le capitalisme sauvage n’est pas « conforme à la tradition de ce pays », la signature du contrat de chemin de fer Benirail patronnée par Lionel Zinsou, c’est quoi sinon un chef d’œuvre de capitalisme sauvage qui viole les lois de la république ?
Racolage 4. « ici, on n’achète pas vraiment les voix. On paye les gens, et ceux-ci votent comme ils l’entendent. C’est ce que disait Mathieu Kérékou : « Prenez l’argent, sans doute volé au contribuable, et choisissez qui bon vous semble ». La débauche de cash est donc vaine. Si Sébastien Ajavon ou Patrice Talon sort en tête, c’est que mon analyse est erronée. Ces deux hommes d’affaires n’ont pas trouvé de parti traditionnel prêt à porter leur candidature. Chacun en a donc créé un, éphémère, et s’emploie à acquérir la loyauté de corps intermédiaires »
C’est vraiment ahurissant. Dans une démocratie digne de ce nom, les partis politiques doivent choisir pour candidats à la présidentielle des hommes issus de leur rang et qui ont fait leur preuve aussi bien dans leur parti comme dans le pays. Lionel Zinsou ne parle pas de l’obscénité de sa posture mais parle de ses adversaires comme des acheteurs de voix. Mais qu’est-ce que est plus grave entre acheteur de voix et acheteurs de logos de partis politiques ?
Et cette constante référence à Kérékou en devient agaçante pour un homme, qui découvre à peine la vie politique béninoise, qui ne connaît rien de son histoire, qui ne peut parler aucune de nos langues, et qui prétend avec ses amis que c’est parce qu’il est Blanc qu’on ne veut pas de lui. Mais personne n’est dupe de ce procédé de culpabilisation. L’élection présidentielle n’est pas une foire au métissage, mais un haut lieu de la dignité, de l’identité et du patriotisme. Toute personne béninoise qui satisfait à ces trois critères, quelle que soit son origine est la bienvenue. Ce qui est loin d’être le cas de Lionel Zinsou dont le seul fait qu’il se soit introduit par effraction dans la campagne présidentielle est déjà en soit un immense scandale, une agression contre notre peuple
Atchadé Basile
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