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Bénin, Au-delà du Holdup électoral 2.0 : la liste secrète du 1er Gouvernement de Lionel Zinsou

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Le vin du Holdup électoral 2.0 est, il faut avoir le courage prémonitoire de le dire, tiré ; et, toute honte bue, il ne faut pas faire la fine bouche pour le boire.
Tout d’abord, l’arrivée de Lionel Zinsou dans la course présidentielle, aussi scandaleuse soit-elle du point de vue de la dignité nationale, n’est que la conséquence de ce que les Béninois et le système béninois ont toujours voulu et fait. Nous avons passé 50 ans à nous discutailler, à nous amuser comme des gamins, à humer le parfum lénifiant de l’aliénation, et ce qui devait arriver arrive inexorablement : celui qui nous a accordé l’indépendance sans que nous ayons à mettre notre vie en jeu comme le firent les Algériens ou les Vietnamiens, a décidé de reprendre ce qui dans nos mains est resté à l’état de jouet pour grands enfants inconscients.
Pour nous Béninois, le Président idéal est quelqu’un qui vient de l’extérieur. Et, de proche en proche est arrivé le Français, l’étranger politique absolu, celui qui n’a aucun terroir, d’où/dont il peut parler la langue, signe de son appartenance réelle à la nation multiethnique béninoise. On ne peut pas élever une poule et ne pas vouloir son œuf, disent les Yoruba ; celui qui a appelé le groupe de tam-tam ne peut refuser d’entendre du bruit, disent les Fons.
Par ailleurs, Yayi Boni a fait sortir le lièvre Zinsou de son chapeau à cause de sa rivalité fratricide avec Patrice Talon. Il voulait quelqu’un de suffisamment select pour en imposer à ce sudiste milliardaire assez intelligent et rationnel, quelqu’un qui soit encore plus intelligent et rationnel, et qui ne rougit pas des milliards de Patrice Talon, parce qu’en la matière, il a et sait de qui tenir — la grande Françafrique. Et voilà Zinsou qui a débarqué. L’homme est content d’être là. Cela faisait longtemps qu’il ne demandait pas mieux, et ses désidérata étaient pris pour un rêve insensé. Maintenant, le rêve insensé est en passe d’être réalité. Il piaffe d’impatience de voir venir le jour où, lui qui n’a pas pu même dépasser le stade de nègre d’un ministre français dans son propre pays, sera reçu à l’Élysée, par le Président de France avec tous les honneurs dus à un président de la République : le Président français qui reçoit un président français, beau moment de vertige réflexif, culminant la lente progression de la reconquête néocoloniale de l’Afrique par la France. Eyadema, Bongo, Sassou Nguesso, Ouattara, Zinsou, une série de recolonisation uniformément croissante, où à chaque pas, la France avance son jeu, sans complexe et à découvert.
Reçu en France, comme Président, Zinsou se pavanera devant tant de monde, à la fois dans une posture de revanche sur la bêtise, et d’ironie de l’histoire. C’est du reste la motivation première pour laquelle ce Monsieur qui distribue des lampions solaires à un peuple enfermé dans les ténèbres de l’ignorance, n’hésite pas à violer cyniquement au Bénin les valeurs et pratiques en vigueur dans son pays d’origine, achète les consciences à coup de milliards au frais de l’Etat et de la Françafrique, se fait imposer candidat de partis politiques sans passer par la case démocratique des primaires en bonne et due forme.
Quant à Talon, il aura fait une bonne affaire. Mis en demeure et en déroute par Yayi Boni, qui a démantelé ses affaires au Bénin, il a pu reconquérir le droit de venir s’installer au Bénin sans être inquiété. Ce qui est déjà une grande victoire politique. Bientôt, au nom de la paix, l’étranger politique français qui s’est installé sans pudeur ni vergogne à la tête d’un pays africain dont il ne connaît rien — à part le fait de se prévaloir d’un patronyme ordinaire du pays et de s’affubler furieusement des tenues locales — lui offrira la pax françafrica, comprenant entre autres ponts d’or, sa légitime réhabilitation économique. Que peut vouloir de plus un homme d’affaire molesté ?
Dans la période qui précède le holdup électoral, il y a comme on peut le voir trois catégories d’acteurs : 1. les thuriféraires de Zinsou ; 2. les contempteurs de Zinsou et 3. les silencieux, ceux qui sont payés pour ne rien faire, c’est-à-dire d’abord et avant tout ne rien dire.
Les thuriféraires de Zinsou, drogués jusqu’à la moelle du vin de l’aliénation coloniale, sont souvent des opportunistes qui veulent — comme leur idole du reste — réaliser leurs desseins politiques, sans tenir compte de l’éthique politique de la nation. Beaucoup rêvent de récompenses en termes de postes ou de nominations juteux.
Les contempteurs de Zinsou, en revanche, sont de deux sortes : 1. ceux qui sont honnêtes et agissent par conviction morale et ou idéologique non négociable, et qui sont de ce fait inébranlables dans leur position ; 2. les contempteurs hypocrites ou instables dont les prises de position sont d’autant plus tonitruantes qu’elles visent à élever le niveau des enchères pour leur soutien ultime présenté souvent sous forme de retournement spectaculaire. Dans tous les cas, le système du holdup ayant besoin d’avoir en face de lui un semblant d’opposition pour accréditer la supercherie de la démocratie, c’est parmi les contempteurs — qu’ils soient honnêtes ou instables — que se recrutent cette armée mexicaine des teneurs de crachoir.
Enfin, les silencieux, qui se recrutent souvent parmi ceux qui avaient pour fonction de parler, à savoir les écrivains plus ou moins autoproclamés, les journalistes, les éditorialistes, les hommes de médias, les hommes de culture supposés, et certains politiques passablement médiatisés. Comme on peut le constater, un grand nombre d’entre eux observe un silence de mort. Ce n’est pas du tout un hasard, ils sont payés pour se taire. Et c’est déjà beaucoup pour des gens qui naguère faisaient profession de parleurs, voire même de haut-parleurs. Certains parmi eux, spéculant sur l’oligophrénie populaire, s’en donnent à cœur joie de faire de l’esprit sur le thème de la parole des parleurs traditionnels, comme si ce type de distraction spécieuse allait dissiper le silence dans la religion de laquelle ils sont contractuellement entrés. Si Zinsou gagne — évidence biblique que j’affirme dores et déjà au-delà de tout doute raisonnable — subrepticement, ces nouveaux moines du silence, retrouveront l’usage de leur voix. Par une voie graduelle d’entrée en scène, ils prêteront voix au nouveau vainqueur, souvent par le truchement commode de la rhétorique captieuse de la paix, de la fraternité, du « retroussons-nos-manches-et-travaillons-pour-le-progrès-de-notre-nation-commune » ou des dormitifs du même genre à l’usage de ceux qui n’ont pas assez d’argent pour se payer un somnifère. Si Zinsou perd — éventualité hautement improbable et purement hypothétique — les moines du silence reprendront leur voix et n’hésiteront pas à emboucher la trompette de la dignité nationale, de la liberté, de l’indépendance nationale. En somme de petits malins prêts à gagner sur tous les tableaux, à l’instar des hommes politiques eux-mêmes.
Bien sûr, en dépit qu’il en ait, cette tourbe infecte d’akowé est tout sauf des intellectuels ; car, comme l’a dit le grand intellectuel noir Frantz Fanon, chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir. Et ces jongleurs stipendiés renégats de la dignité nationale, ont découvert leur vocation de traitre à la nation, et vont l’accomplir sans demander leur reste.
Sur le plan strictement politique, la gauche politique — depuis les communistes jusqu’aux organisations de la société civile et les syndicats, dont les responsables ne sont pas encore vendus — a commis une erreur politique irréparable, qui est la passivité bourgeoise avec laquelle elle a accueilli la nomination de Monsieur Lionel Zinsou comme Premier Ministre. Cette passivité bourgeoise est la mère de toutes les calamités d’aujourd’hui et de demain. C’est dès ce moment-là que le ver est entré dans le fruit politique national.
A l’annonce prochaine du holdup 2.0 qui donnera Zinsou vainqueur, il y aura quelques cris de révolte mais ils seront vite mis sous éteignoir par les pompiers politiques qu’est devenue l’armée nationale, entièrement lobotomisée par le régime Yayi ; quelques escarmouches, le déploiement urbain de blindés, quelques morts ou blessés au plus, et le verrouillage est réussi, car les Béninois d’instinct peureux et égoïste se replieront très vite sur leurs chaumières.
Après quoi, et dans une célérité opportuniste, on passera des accords et des promesses politiques avec les grands personnages du microcosme politique national. De l’argent, beaucoup d’argent circulera, mais surtout des nominations foudroyantes flattant l’égo des individus et des communautés planteront le décor de la pacification après l’outrage à la dignité nationale que constitue l’accession d’un Français de fait à la tête du pays de Béhanzin
Conformément à cette tactique de l’atténuation de l’outrage à la dignité nationale, voici le décret constituant le nouveau gouvernement de reprise en main coloniale du pauvre Bénin.

« Le Président de la République, Chef de l’Etat, Chef du Gouvernement
Vu la loi n° 90-032 du 11 décembre 1990 portant Constitution de la République du Bénin ;
Le président de la République prend en charge la Défense Nationale
Vu la proclamation le 29 mars 2011 par la Cour Constitutionnelle des résultats définitifs de l’élection présidentielle du 28 Février 2016 ;
Vu la lettre n°2016-048-AN/Pt/SP-C du 10 avril 2016 relative à l’avis consultatif du Bureau de l’Assemblée Nationale sur le remaniement technique du Gouvernement.
D E C R E T E :
Article 1er : Le Gouvernement de la République du Bénin est composé comme suit :
Président de la République, Chef de l’Etat, Chef du Gouvernement Chargé de la Défense Nationale : Son Excellence Lionel Zinsou
Premier Ministre Chargé de la Coordination de l’Action Gouvernementale, de l’Evaluation des Politiques Publiques, du Programme de Dénationalisation et du Dialogue Social (PM/CCAGEPPPDDS) : Monsieur Amadou Roufaï Raimi
Ministre d’Etat Chargé des Affaires Présidentielles (MECAP) : Madame Guédou Madode Mireille
Ministre de l’Intérieur, de la Sécurité Publique et des Cultes (MISPC) : Monsieur Léhady Vinangnon Soglo
Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, de la Législation et des Droits de l’Homme, Porte-Parole du Gouvernement (GS/MJLDH-PPG) : Monsieur Djogbénou Joseph
Ministre de la Décentralisation, de la Gouvernance Locale, de l’Administration et de l’Aménagement du Territoire (MDGLAAT) : Monsieur Bako-Arifari Nassirou
Ministre des Affaires Etrangères, de l’Intégration Africaine, de la Francophonie et des Béninois de l’Extérieur (MAEIAFBE) : Monsieur Koupaki Pascal Irenée
Ministre du Développement, de l’Analyse Economique et de la Prospective (MDAEP) : Monsieur Kountché Komi
Ministre de l’Economie et des Finances (MEF) : Monsieur Bio Tchané Abdoulaye
Ministre de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche (MAEP) : Monsieur Marcel Alain de SOUZA
Ministre de l’Industrie, du Commerce, des Petites et Moyennes Entreprises (MICPME) : Madame Awahou Alabi née Codjo
Ministre de l’Energie, des Recherches Pétrolières et Minières, de l’Eau et du Développement des Energies Renouvelables (MERPMEDER) : Monsieur Débourou Mama Djibril
Ministre de la Santé (MS) : Monsieur Adebayo Abiola François
Ministre des Enseignements Maternel et Primaire (MEMP) : Madame Azaria Naomi
Ministre de l’Enseignement Secondaire, de la Formation Technique et Professionnelle, de la Reconversion et de l’Insertion des Jeunes (MESFTPRIJ) : Monsieur Sika Chabi
Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (MESRS) : Monsieur Zul Kifl Samali
Ministre du Travail et de la Fonction Publique (MTFP) : Monsieur Hountondji Jean-Alexandre
Ministre de la Jeunesse, des Sports et Loisirs (MJSL) : Madame Abo Houessou Ines
Ministre Chargé de la Microfinance, de l’Emploi des Jeunes et des Femmes (MCMEJF) : Madame Adeoti Aliou
Ministre de l’Environnement, de l’Habitat et de l’Urbanisme (MEHU) : Monsieur Atrokpo Luc
Ministre Chargé des Relations avec les Institutions (MCRI) : Monsieur Azatassou Eugène
Ministre des Travaux Publics et des Transports (MTPT) : Monsieur Honfo Charlemagne
Ministre de la Communication et des Technologies de l’Information et de la Communication (MCTIC) : Monsieur Carlos Jérôme
Ministre de la Culture et de l’Alphabétisation, (MCA) : Monsieur Gbêgnonvi Roger.
Ministre délégué à l’Artisanat et au Tourisme (MDAT) : Monsieur Yayi Chabi
Ministre Délégué aux Arts et à la Francophonie (MDAF) : Monsieur Florent Couao-Zotti
Ministre de la Réforme Administrative et Institutionnelle (MRAI) : Monsieur Golou Emmanuel
Ministre de la Famille, des Affaires Sociales, de la Solidarité Nationale, des Handicapés et des Personnes de Troisième Age (MFASSNHPTA) : Madame Gbêdo Marie-Elise
Ministre Délégué auprès du Président de la République Chargé de l’Economie Maritime, des Transports Maritimes et des Infrastructures Portuaires (MDCEMTMIP/PR) : Monsieur Blaise Onesiphore AHANHANZO GLELE

Médiateur de la République : Monsieur Soglo Nicéphore Dieudonné

Article 2 : Le présent décret qui abroge toutes dispositions antérieures contraires, sera publié au Journal Officiel.
Fait à Cotonou, le 10 avril 2016
Par le Président de la République, Chef de l’Etat, Chef du Gouvernement,
M. Lionel Zinsou ».
Ces affirmations, constats et annonces logiquement déduites étant par leur objet évidents en eux-mêmes, il n’appartient qu’au peuple béninois de prouver leur fausseté.

Dr Samuel Ahominassin.

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3 commentaires sur « Bénin, Au-delà du Holdup électoral 2.0 : la liste secrète du 1er Gouvernement de Lionel Zinsou »

  1. Ce modèle ne correspond pas à la vision de l’homme Lionel Zinsou, le prochain Chef de l’État certes, mais dont vous ne savez en effet rien mais sur lequel vous affabulez tous les jours, au lieu de chercher à en connaître le personnage, ses ambitions et visions pour l’Afrique en général et pour son pays, ne vous en déplaise-t-il, le Bénin. Vous vous trompez encore une fois et comme d’habitude sur lui et sur ce qu’il fera de sa présidence. Wait donc and see.

    1. Otage d’alliances disparates opportunistes dans un contexte auquel il est etranger, Aura t il les mains libres pour exercer une vision propre?

  2. N’en déplaise au commentateur Sandor, il y au moins un credo de Mr L. zinsou qui est connu. C’est qu’il recommande aux chefs d État Français de continuer à jouer de la crédulité des africains…Le sait-il? Voilà donc l’un des socles de la pensée de notre prochain chef d état…cela se passe de commentaires

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