Les Frères Ajavon, Dernier Avatar Politique de la Haine de Soi Dahoméenne

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Loin des explications à courte vue, et par certains côtés à fonction dénégatoire qu’en donne le sens commun, la défiance entre deux frères Ajavon autour de la candidature présidentielle, — au moment même où il sied que non seulement les frères, mais les clans, les tribus, les ethnies et la région soient unis — cette division pathétique n’est qu’un avatar et un révélateur éthique et mental de la propension des Béninois du sud (Aja et assimilés) à la division fratricide.

Depuis 50 ans au moins sinon plus, cette passion érigée en sport régional a mis à genoux cette race insolite, qui met à l’honneur la jalousie et l’autodestruction collective, ancrée dans la difficulté émotionnelle d’accepter le bonheur ou la réussite du semblable comme médiation ou source possible de son propre bonheur ; la préférence d’un arbitre extérieur qui met le groupe auquel on appartient hors jeu dans le seul but de s’assurer que son prochain soit aussi mis hors jeu. De l’autodestruction collective par la haine de soi.
Aujourd’hui, ce sont les frères Ajavon, comme hier c’étaient les frères Hungbéji, Adovèlandé, ou Soglo. Et quand ce ne sont pas les frères, ce sont les ressortissants des mêmes tribus, des mêmes ethnies ou de la même région. Tévoédjrè contre Hungbéji, Hungbéji contre Soglo, Tévoédjrè contre Soglo, Azonhiho contre Aïkpé ; conflits qui ne font que perpétuer ceux des années 60, entre les Ahomadégbé et Apithy, qui ont mis en place le modèle de la division de la région majoritaire dont profite la région minoritaire plus politiquement intelligente pour s’accaparer durablement du pouvoir présidentiel. Ces mêmes divisions postindépendance ne sont pas sans rappeler ou tirer leur essence de la division fratricide entre les Béhanzin et Toffa que les Français ont nourrie, stimulée, et exploitée pour nous placer tous — protégés comme résistants — sous leur joug colonial.
Au sud du Bénin, chez les Fon, Goun, Aja et assimilés, le frère loin d’être un sujet d’amour et d’union est au contraire un sujet de haine, de jalousie et de division. Après cette haine de soi, le Béninois du sud aime noyer le poisson, et se montre magnanime dans sa tolérance élargie. Une tolérance sinon une recherche de l’altérité lointaine d’autant plus facile que le sentiment de l’identité proche est passionnément mis à mal. Mais il ne faut pas s’y tromper, la facilité du Béninois du Sud à faire du premier étranger politique de passage, — qu’il soit hier du Nord, et aujourd’hui de France — son président n’est que le masque de sa haine de soi, la difficulté émotionnelle qu’il a à voir son propre frère du sud Président.

Chez le Dahoméen, c’est l’éthique du tchéjinnabi, sous-tendue par la résolution métaphysique du kujinnaɖa ; le « ku » , c’est-à-dire la mort étant ici l’autre, quel qu’il soit.

Agbopanzo Balthazar

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