Bénin : Ce dont Lionel Zinsou est le Nom

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Comme en 2011 et sujet au même consensus vicieux, le manège du holdup électoral s’est envolé. Et nul ne peut l’arrêter, car pour ce faire, il faudrait une intelligence rigoureuse, ce qui n’est pas le cas hélas de l’intelligence collective, dans un pays qui pâtit d’un vide abyssal du lien national..
Actuellement on en est à poser la question préalable de la légitimité politique du candidat de la majorité au pouvoir, pour ne pas dire du candidat de Yayi Boni. On le craint par avance, comme si sa seule candidature était synonyme de victoire.
Dans une vraie démocratie, aussi scandaleux que soit le parachutage du Français, sa candidature ne devrait pas être synonyme de victoire. Mais la triste vérité est que Yayi Boni a naturalisé cette implication vicieuse, et tout le monde l’accepte. Les disputes sur l’arrivée du français Lionel Zinsou dans le système, avec l’inconstitutionnalité potentielle en moins, ressemblent à s’y méprendre aux cris d’alarme ou d’orfraie qui s’élevaient naguère contre le 3ème mandat. Et pourtant Yayi Boni n’a jamais parlé de 3ème mandat. Car parler de 3ème mandat voudrait dire que Yayi Boni décréterait un prolongement de son mandat. Tout au plus on peut le suspecter de vouloir s’offrir une 3ème candidature. Il est vrai que cette possibilité était inconstitutionnelle. Mais si nous n’avions pas pris notre parti du trucage des élections par le pouvoir, c’est-à-dire finalement de la fausseté de la Démocratie dont elles sont un moment clé, qu’avions-nous besoin d’avoir si peur d’une candidature, aussi inconstitutionnelle soit-elle ?
Pourquoi est-il devenu une évidence que Yayi ou son candidat sortirait toujours vainqueur des élections présidentielles ? C’est la question fondamentale qui se pose aux Béninois ici et maintenant. Et le faux problème que constitue l’arrivée de Zinsou est avant tout une manière subtile de tester cette évidence. Comment en tant que Démocratie, acceptons-nous de faire quantité négligeable de la volonté effective du peuple ? Comment acceptons-nous que cette volonté sacrée soit foulée aux pieds, mise hors jeu cependant que nous continuons de nous dire en démocratie ?
Ceux qui criaient contre le 3ème mandat de Yayi, pourquoi ne s’alarmaient-ils pas de la vicieuse synonymie entre 3ème mandat et 3ème candidature ? Pourquoi le seul moyen d’empêcher le candidat de Yayi Boni, qu’il soit lui-même ou un autre, est d’empêcher sa candidature ?
Tant que nous n’aurons pas répondu à cette question de fond, nous allons prendre place à nouveau dans le manège du holdup électoral, qui commence bien avec un scandale — le parachutage ignoble d’un étranger politique. Mais l’ignominie réside dans le fait que ce parachutage est un faux problème, et une justification a priori du holdup électoral enclenché. Yayi a fait de Zinsou le PGCD de ses adversaires, pour pouvoir justifier que leur division, et non pas la fraude électorale déjà ficelée, est la cause se leur échec programmé.
Adenifuja Bolaji

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