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CAUSES et EFFETS des CONFLITS en AFRIQUE ET DE L’ÉMIGRATION QUI EN DÉCOULE

blog1Les causes des conflits en Afrique résultent de facteurs multiples et en apparence complexes. Mais cette complexité n’est qu’un artefact résultant de la double conjonction des d’ingérences étrangères, et d’une propagande de désinformation. La conférence de la Diaspora sur la Migration Africaine en Europe, organisée par le Conseil de la Diaspora Africaine de Suisse a permis de faire la lumière sur ce drame qui frappe l’Afrique. Dans sa contribution, que nous publions ici en intégralité, le Dr André Loembe* dévoile les dessous des conflits qui secouent sporadiquement l’Afrique, et les drames de l’immigration qui en résultent.

 

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Contribution à la 1ère Conférence de la Diaspora sur la Migration Africaine en Europe Organisée par le Conseil de la Diaspora Africaine de Suisse (CDAS)

Samedi, 12 Sept. 2015, Universal Postal Union (UPU) Bern (Suisse) ——– * ——–

CAUSES et EFFETS des CONFLITS en AFRIQUE ET DE L’ÉMIGRATION QUI EN DÉCOULE

Par Dr. André Loembe, Berne (Suisse) 12 septembre 2015

Bonjour à vous tous.
Le spectacle quotidien des morts en Méditerranée, qui nous est livré chaque soir sur nos petits écrans TV, est désolant, choquant et inhumain et humiliant.
Beaucoup trop d’Africaines et d’Africains – en particulier, des jeunes, des femmes avec des bébés, des familles entières, et bien d’autres – qui ont fui les conséquences des conflits dans leurs pays sont morts et continuent de mourir, dans l’indifférence générale, dans la Méditerranée devenue le plus grand cimetière des enfants avec leurs parents, des jeunes Africaines et Africains, aux portes de la forteresse Europe. N’oublions jamais ces morts, lorsque nous irons peut-être nous baigner dans la Méditerranée pendant les belles saisons d’été.
Je tiens à remercier les organisateurs de cette « 1ère Conférence de la Diaspora sur la Migration Africaine en Europe », pays des droits de l’homme. Cette conférence est importante, de mon point de vue, pour au moins deux raisons.
La première raison est qu’elle s’inscrit parfaitement dans le cadre de la réflexion liée à la première année de la Décennie Internationale consacrée aux Personnes d’Ascendance Africaine (2015-2024) lancée le 10 décembre 2014 par l’Assemblée Générale des Nations Unies à New York.
La deuxième raison qui justifie l’importance de la rencontre de cet après-midi est d’avoir eu le courage d’inclure un thème sur les origines, les causes et les effets des conflits, brisant ainsi un tabou devenu la norme, c.-à-d. l’omerta sur les causes et origines de la situation que vit l’Afrique depuis des décennies et laquelle produit des conflits ainsi que l’émigration qui en découle. Ces faits ne sont pas les fruits du hasard, car il n’y a pas d’effet sans cause, nous dit un dicton populaire.
Mais vous l’avez sans doute constaté, comme moi. Comme pour détourner notre attention et nous distraire, les débats et les discussions autour de tous ces drames humains, se focalisent sur les symptômes (les aspects misérabilistes ou humanitaires) ainsi que sur des passeurs, devenus des boucs émissaires, qui porteraient l’entière responsabilité des barricades des frontières européennes contre la migration africaine, en particulier. Rappelons pour mémoire que la migration est un phénomène séculaire et est inhérente à la nature humaine. A cet égard, les passeurs ont toujours joué un rôle dans toutes les migrations. Cela n’a rien d’un phénomène exceptionnel.
Il serait, de mon point de vue, intellectuellement malhonnête de prétendre apporter une quelconque solution efficace à un problème humain, si on n’a pas le courage d’analyser les tenants et les aboutissants du problème, le pourquoi de ces causes.
Prenons deux exemples très simples, pour illustrer cela. Lorsque vous avez mal et que vous allez chez un médecin, il pose d’abord un diagnostic avant de vous prescrire un traitement qui va agir sur la source du mal. Il va non seulement chercher à identifier l’origine du mal, il va également le nommer: cancer de la prostate, du foie ou du sein, etc.
Lorsqu’un accident se produit, quel qu’il soit, on recherche toujours les causes de l’accident. Par exemple, lorsqu’on découvre qu’un cours d’eau est pollué le premier réflexe humain est d’abord de protéger des vies humaines en prenant des mesures appropriées et ensuite de chercher la source de cette pollution.
Mais force est de constater que lorsqu’il s’agit de la migration africaine, c’est plutôt la persécution et l’humiliation des Africains qui dominent.
En analysant les causes des différents conflits en Afrique et de l’émigration (forcée et volontaire) qui en découle, cette présentation vise à apporter quelques éléments de réponse à ces quatre questions.
⦁ Pourquoi des jeunes Africains quittent-ils leur pays ?
⦁ Pourquoi les conditions de vie des Africains se sont constamment dégradées durant ces 55 dernières années ?
⦁ A qui profitent tous ces drames humains ainsi que les crimes contre les populations en Afrique?
⦁ Que pouvons-nous faire tous ensembles pour mettre fin à cela?
Il est important de garder à l’esprit que le recours à la violence et aux armes contre les populations, pour atteindre son but, est la caractéristique principale de tous les dictateurs. Cette caractéristique permet d’identifier un dictateur sans équivoque.
Bref, durant le peu de temps qui m’est imparti pour cette contribution, je vais tenter de vous apporter quelques éléments de compréhension sur les Causes et les Effets des conflits en Afrique. Cette présentation comprend les quatre parties principales suivantes:
⦁ Causes des Conflits en Afrique
⦁ Effets des Conflits en Afrique
⦁ A Qui profitent les Conflits en Afrique ?
⦁ Conclusions
⦁ CAUSES des CONFLITS en AFRIQUE

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Les causes des conflits en Afrique résultent de facteurs multiples et en apparence complexes. Mais c‘est seulement en apparence. Car comme nous le verrons plus tard, l’apparente complexité est construite et sous-tendue par deux choses :
D’un côté, une mise en scène : une ingérence étrangère, sous couvert de pseudonyme attribué à une opération, et qui transforme une querelle intérieure à un pays en un conflit sanglant, voire en guerre très meurtrière contre des populations civiles .
De l’autre côté, un accompagnement par une propagande et matraquage médiatique sur certaines TV d’Etat pour masquer les raisons réelles du conflit, et les massacres qui en découlent. Ces conflits sont, dès le début et à la surprise de tout le monde, très vite qualifiés de religieux, ethniques etc. par un pays étranger.
On observe par ailleurs, une similitude très troublante entre les différents conflits survenus par exemple dans la zone du franc de la Colonie Française d’Afrique (CFA) dont font partie la quasi-totalité des pays anciennement colonisés par la France en Afrique Noire. L’apparition des groupes rebelles ou mercenaires dans les conflits montre dès le début ces derniers, étonnamment, bien organisés et lourdement armés. Ce fut le cas en Côte d’Ivoire, en République Centrafricaine (RCA), au Mali, ainsi qu’en République Démocratique du Congo (RDC), pour ne citer que quelques exemples.
D’une manière générale, les Conflits en Afrique résultent de deux facteurs principaux liés qui sont
⦁ CAUSES ENDOGENES, strictement internes au pays concerné ;
⦁ CAUSES EXOGENES, qui résultent des ingérences extérieures dans une querelle intérieure, c.-à-d. dans les affaires intérieures d’un Etat africain.
Comme nous le verrons plus tard, il existe une corrélation entre ces deux causes. Force est de constater cependant que la première cause (endogène) sert en général de prétexte à la seconde cause (exogène).
Dans la majorité des cas analysés, les causes exogènes sont souvent à l’origine des causes endogènes.
Afin d’illustrer mes propos je prendrai souvent comme exemple le cas de République Centrafricaine (RCA), qui réunit tous les ingrédients de ces causes. Ce pays a connu un record de douze coups d’Etat en 55 ans d’« indépendance » sans souveraineté, et le pays aujourd’hui complètement déstabilisé.
Ces coups d’Etat sont systématiquement accompagnés de l’intervention armée étrangère, dont le rôle néfaste est récurrent. La position géographique de la RCA, au cœur de l’Afrique, joue aussi un rôle stratégique, notamment pour les bases militaires étrangères installées dans le pays. Cette position offre en effet un temps réduit pour intervenir rapidement dans les conflits des autres pays de la zone du franc CFA.
Cette analyse ne se limite pas seulement aux quelques exemples considérés ici. Elle permet de comprendre tous les conflits en Afrique présentant des caractéristiques similaires, en particulier, où des populations entières sont paupérisées et massacrées sans discernement par l’utilisation de groupes rebelles interposés, et des blindés et hélicoptères de guerre dans les capitales peuplées africaines.
– CAUSES ENDOGENES –
De mon point de vue, les causes endogènes sont les plus importantes, car les acteurs principaux sont les Africains eux-mêmes. Cela veut dire que les Causes et les Effets de ces conflits impliquent directement et en particulier la responsabilité des Africaines et Africains eux-mêmes, par leurs actions ou inactions qui favorisent et rendent possible les causes qui sont à la base de leur paupérisation inhumaine, de la déstabilisation de leurs pays, de la violence qui en découle, et de leurs massacres.
Il serait totalement irresponsable de ne pas souligner et insister sur l’importance de cette responsabilité africaine, s’agissant de LEURS pays, afin que les choses soient bien claires au début de ma contribution aux discussions de cet après-midi, et éviter toute interprétation équivoque.
Les causes endogènes résultent de deux facteurs principaux, Politiques et Economiques, qui affaiblissent ces Etats et empêchent tout développement et le bien-être des populations africaines.
1-Facteurs Politiques
Une analyse comparative des conflits survenus dans des pays d’Afrique, situés dans la zone subsaharienne, et en particulier ceux de la zone du franc CFA, depuis les indépendances (1959 – 1960), démontre que tous ces conflits ont un dénominateur commun :
Ils s’articulent tous autour de la conquête du pouvoir. A priori, la lutte pour la prise du pouvoir apparaît comme le seul élément déclencheur, servant ainsi d’écran de fumée aux autres éléments.

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La première question qui nous vient tout de suite à l’esprit est : Que masque et que représente ce pouvoir tant convoité?
On observe que l’accession au pouvoir comprend deux volets séquentiels.
⦁ Le premier correspond à la prise effective du pouvoir par les armes ou par un coup d’Etat, en général après un conflit sanglant, voire très meurtrier.
⦁ Le deuxième sert d’habillage démocratique, c.-à-d. de moyen de légitimation du premier volet : une élection-plébiscite de légitimation est organisée, avec le soutien des dictateurs-commanditaires étrangers, qui imposent et dictent par les armes leur volonté aux populations à travers leurs complices et exécutants locaux. Ce sont eux qui souvent fixent et dictent les dates de tenue de ces élections, ce qui à leur insu révèle publiquement leur implication directe dans ces conflits. Les résultats de ces élections sont en général entachés d’irrégularités et souvent contestés, donnant lieu parfois à des émeutes sanglantes.
Cependant la démocratie n’est pas seulement le résultat d’une élection, c’est avant tout le respect de la Constitution de son pays et des lois qui en découlent.
Malgré cet habillage de «légitimité» en trompe-l’œil, ce pouvoir conquis par les armes, présente invariablement les trois caractéristiques suivantes :
⦁ Prise de pouvoir par les armes et Atteinte à la Constitution
⦁ Mise ne place d’un système de répression
⦁ Mauvaise Gouvernance et Gestion clanique ET clientéliste du pays
⦁ Prise de pouvoir par les armes et Atteinte à la Constitution
Dans un Etat de droit démocratique, les élections constituent les seuls moyens juridiques et constitutionnels pour accéder au pouvoir. Dans plusieurs pays africains, le pouvoir repose réellement sur d’autres légitimités plutôt.
Accession au pouvoir par les armes
Malgré l’existence d’une constitution qui régit la vie du pays et l’accession au pouvoir, on observe cependant que dans bon nombre de pays d’Afrique subsaharienne, l’accession au pouvoir se fait souvent par les armes et par des coups d’Etat militaires.
Dans ce contexte de prise de pouvoir par les armes, les adversaires politiques n’ont en général plus droit à la parole. Ils ne peuvent plus jouer leur rôle de contre-pouvoir pour éviter ou limiter certains abus du pouvoir. En outre, même si le nouveau pouvoir se démocratise, il n’abandonne pas pour autant ses méthodes d’exercice du pouvoir basées sur l’usage de la répression, les assassinats politiques, les intimidations, etc. Exemple la RDC de Joseph Kabila en est une parfaite illustration.
Modification de la Constitution pour s’accrocher au pouvoir
A l’approche de la fin d’un mandat présidentiel ou des échéances électorales, des méthodes illicites sont utilisées pour empêcher une alternance, et rester au pouvoir. Parmi ces méthodes, la modification de la Constitution est devenue une pratique courante, voire la norme. Les exemples sont légion dans nombre de pays associés au système de corruption tristement célèbre la «Françafrique ».
L’exemple récent du Burkina Faso est très instructif et révélateur. Blaise Compaoré a échoué dans sa tentative de modifier la constitution de son pays pour rester au pouvoir. Sous la pression populaire il a dû s’exiler en Côte d’Ivoire héliporté par les forces françaises, puis au Maroc. Mais le pays n’est pas à l’abri d’un coup d’Etat militaire qui pourrait être organisé par les ennemis de Burkina Faso, et de l’Afrique en général.
Essai de compréhension des pratiques d’atteinte à la Constitution
D’où viennent ces pratiques d’atteinte à la Constitution qu’on observe? Résulteraient-elles d’un héritage des pratiques néocoloniales d’une ancienne puissance coloniale ?

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Cela semble être le cas, comme cela ressort de l’analyse des Causes Exogènes Politiques.
⦁ Mise en place d’un Système répressif
Une fois installé au pouvoir, le nouveau président, va vivre dans la hantise permanente d’un coup d’Etat contre lui, la peur d’être à son tour renversé. Il va alors dépenser toute son énergie à renforcer son pouvoir et à mettre en place un système répressif de sécurité.
Ce système répressif, observé dans de nombreux pays de la zone du franc CFA, est décrit comme un instrument redoutable de répression et de torture contre les adversaires politiques, contre la population civile, et contre tout citoyen qui critique et conteste les abus du régime. Et ceci dans le seul but de pérenniser un pouvoir conquis par les armes.
Une étude récente sur les causes exogènes des conflits en Afrique révèle le soutien des autorités françaises à ces régimes répressifs : «La multiplication des prises de pouvoir violentes et le soutien français aux régimes répressifs font de la violence le seul recours pour la population.»

⦁ Mauvaise Gouvernance et Gestion Clanique et Clientéliste
Dans le contexte d’une prise de pouvoir par les armes, le pouvoir représente principalement un moyen d’enrichissement. Sans vision politique et sans projet de société pour répondre aux attentes de ses concitoyens, la gestion du pays se réduit souvent à brader les biens, les ressources du pays pour son enrichissement personnel.
Sans garde-fou institutionnel il s’ensuit forcément une très mauvaise gestion des biens publics. Car le vainqueur de cette lutte sanglante pour le pouvoir dispose en général, sans entrave, d’un pouvoir absolu, et en particulier, de tous les revenus financiers et matériels du pays. En réalité ce sont les sociétés multinationales qui contrôlent les ressources minières et pétrolières du pays (voir Facteurs Economiques).
Afin d’avoir un contrôle total sur la manne des ressources du pays, les postes clés des services et des institutions de l’Etat sont attribués en priorité aux membres de sa famille, de son clan, et en récompense à celles ou ceux qui ont soutenu la prise du pouvoir ou qui font allégeance. Exemple du Burkina Faso corrobore bien ce type de gestion. Selon des révélations d’une investigation faite par Africa Mining Intelligence en avril 2013 sur le secteur minier burkinabè, et rapportées par le site Le Reporter : « Au Burkina Faso, pour être du secteur des mines, il faut être du clan présidentiel ou avoir été ministre des mines. Si tel n’est pas le cas, il faut être un proche de la famille présidentielle. Blaise Compaoré et sa famille règnent donc sur le secteur minier. (…) Ce sont eux qui gèrent l’or du pays.».
Les biens publics et les ressources diverses du pays sont considérés et gérés comme des biens privés. Une des conséquences d’une gestion clanique et clientéliste est que certains présidents considèrent le pouvoir comme un bien personnel, qu’ils peuvent donner en héritage à l’un de leurs enfants.
2-Facteurs Economiques
Force est de constater qu’il existe très peu d’entreprises privées dans tous ces pays. Ce sont en particulier les entreprises qui créent des emplois, et qui forment les jeunes. Or on observe que le seul employeur principal est l’Etat.
Le manque d’entreprises pour engager et former les jeunes constitue un handicap majeur pour l’économie de ces pays. La majorité des diplômés de ces pays doivent s’exiler. Mais pourquoi génération après génération cette situation chronique ne change pas, ni ne s’améliore? Et pourquoi tous les pays africains de la zone franc CFA présentent les mêmes symptômes et n’arrivent pas à gérer l’économie de leur pays ? Trois constats s’imposent.
Le premier constat est le manque de contrôle et de souveraineté sur les ressources de ces pays, pour répondre aux attentes des populations. L’exemple suivant du Sénégal illustre parfaitement l’humiliation liée à cette mainmise étrangère sur 97% des ressources minières : la déclaration faite à ce sujet par le chef de l’Etat sénégalais, Macky Sall, et révélée par NegroNews : « Nous n’avons que 3% sur l’or qu’on exploite chez nous. (…) si nous ne révisons pas les termes de ces codes, nos pays seront toujours en conflit avec leurs populations. Parce qu’elles diront qu’on a de l’or, on a du pétrole et on n’a rien fondamentalement en dehors des emplois qui souvent ne sont pas des meilleurs »
Le deuxième constat est que tous ces pays n’ont pas leur propre monnaie, sur laquelle, ils peuvent agir pour piloter l’économie de leur pays respectif. La gestion économique du pays est difficile et se résume à une gestion quotidienne de survie, au jour le jour sans se soucier ni se préoccuper de l’avenir du pays. Pour bien comprendre pourquoi, rappelons que le franc des Colonies Françaises d’Afrique (CFA) appartient à la Banque de France. De ce fait, le franc CFA enrichit forcément l’économie du pays propriétaire, et non des pays utilisateurs, comme l’explique l’expert en économie, le professeur Dr Nicolas AGBOHOU (voir Facteurs Exogènes Economiques).
Comme c’est la banque centrale d’un pays qui finance les investissements, les programmes de recherches, et de développements, la création des entreprises nationales pour l’emploi et la formation des jeunes, etc., sans sa propre monnaie, il devient alors impossible à un pays de gérer efficacement son économie dans de telle condition.
Le troisième constat est qu’au regard de la paupérisation grandissante de ces pays, les populations, à qui personne ne s’est donné la peine d’expliquer tout cela, demandent aujourd’hui avec insistance où vont les fruits de leur travail, de leurs efforts au regard du bilan de 55 ans d’indépendance et d’interventions militaires étrangères pour imposer par la dictature un président à ces populations. Toutes ces frustrations d’être dépossédés de ses biens, contribuent à alimenter les conflits.

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– CAUSES EXOGENES –
Dans les pays de la zone du franc CFA, qui sont considérés ici à titre d’exemple d’illustration, les causes exogènes résultent de deux facteurs extérieurs principaux qui sont politiques et économiques.
Ces deux facteurs résultent, en particulier, d’un système colonial qui perdure depuis plus de 55 ans et dont les conséquences ne cessent de dégrader et de détruire des vies humaines et bloquent toutes perspectives d’avenir, rendant impossible tout développement socio-économique dans ces pays.
1-Facteurs Politiques
Pour mieux comprendre, le rôle des facteurs politiques dans les causes des conflits en Afrique, il faudrait rappeler l’historique des indépendances de ces pays, et le lourd héritage colonial qui les ruine, et qui perdure jusqu’aujourd’hui.
En 1960, après et malgré les indépendances politiques de plusieurs pays africains, dits francophones, l’armée française est restée jusqu’à ce jour dans certains de ces pays.
Cette présence militaire était imposée par des « accords » unilatéraux en contrepartie des indépendances accordées à ces jeunes Etats, en violation de leur souveraineté. Rappelons qu’à cette époque, tous les administrateurs de ces pays étaient des colons Français, et que des cadres africains valables pour négocier un contrat étaient rares, tenant compte de la barrière de la langue. Certes, cela n’explique ni ne justifie le fait que de tels accords soient applicables encore aujourd’hui, 55 ans après leur signature, au regard des cadres africains compétents. Il est dès lors tout à fait légitime de se demander, si ces contrats sont à durée « illimitée », et qu’ils engageraient automatiquement des générations d’Africaines et d’Africains pour l’éternité ?
Ces accords unilatéraux garantissent à la France le maintien de bases militaires dans ces pays (dans quel but ?), ainsi que la liberté de circuler dans tous ces pays. Cette présence militaire étrangère a pour mission officielle de « porter assistance à ces jeunes Etats indépendants, en cas d’agression extérieure ».
Mais au fil des 55 années, et grâce à une analyse globale et comparative de tous les conflits qui ont éclaté dans les pays liés par ce type d’accord, ainsi que de par les méthodes utilisées dans tous ces conflits, il est apparu très clairement qu’en réalité, la présence étrangère a pour but à travers l’ambassade de France installée dans ces pays, d’assurer les cinq missions suivantes :
⦁ Surveiller le pouvoir et l’ensemble des élites politiques, économiques et culturelles du pays
Il s’agit essentiellement de surveiller le pouvoir politique de ces pays et fournir des renseignements sur toutes leurs activités et relations, aussi bien intérieures qu’extérieures.
L’exemple le plus illustratif et représentatif de cette surveillance est celui de Côte d’Ivoire, où de 1960 jusqu’en décembre 1993, un tunnel souterrain reliait à l’abri des regards, l’ambassade de France, pays étranger, à la présidence de Côte d’Ivoire sous la présidence de Félix Houphouët-Boigny. Complice et représentant local d’un système colonial, ce dernier a trompé et menti à son peuple, durant 33 ans, en maintenant son pays sous domination étrangère à travers un tunnel souterrain.
Au nom du respect de l’indépendance et de la souveraineté de son pays, dès son accession au pouvoir en octobre 2010, Laurent Gbagbo, a fait fermer ce tunnel d’infériorisation et de rabaissement, et devenant ainsi l’ennemi numéro 1 de la perpétuation d’un système colonial.
Il est dès lors tout à fait légitime de se demander, combien de pays africains sont gouvernés ainsi à travers d’un tunnel souterrain, au mépris de la population. Difficile pour le moment de répondre à une telle question, et de dire si celui de la Côte d’Ivoire a été de nouveau ouvert. Mais l’avenir nous le dira, sans aucun doute.
Nombreux sont les Africaines et Africains qui se demandent aujourd’hui quel bilan doit-être tiré après 55 ans de conseils et d’expertise des expatriés en Afrique ?
Force est de relever que la plupart des chefs d’Etat Africains au pouvoir bénéficient des conseils et expertises d’expatriés. Mais lorsqu’on analyse le bilan de ces 55 ans d’expertises et de conseils au regard de l’état dans lequel se trouvent tous les pays dits francophones, par rapport aux autres pays du monde, on reste sans voix, tant les résultats de leurs conseils et expertises parlent d’eux-mêmes.
⦁ S’assurer, au besoin par une intervention militaire, le contrôle et le monopole des ressources minières et pétrolières de ces pays.
Exemple en RCA, il n’y a pas eu que le pillage des diamants, appelé incorrectement les diamants de Bokassa, et révélé par Le Canard enchaîné du 10 octobre 1979. Si on devrait tirer le bilan des raisons profondes des 55 ans d’interventions militaires récurrentes de déstabilisation, on constaterait que la France contrôle toute l’économie centrafricaine par ses sociétés multinationales installées dans le pays.
⦁ TOTAL, qui détient le monopole du stockage et la commercialisation du pétrole centrafricain.
⦁ BOLLORE, qui contrôle tout le secteur du transport fluvial.
⦁ CFAO, qui contrôle tout le secteur des importations et des pièces de voitures
⦁ Air France, qui depuis l’assassinat du colonel Kadhafi, a le monopole du transport aérien entre Paris et la RCA.
⦁ ORANGE (c.-à-d. France Télécom) qui est active dans le secteur des télécommunications,
⦁ AREVA, qui a la mainmise sur les gisements d’Uranium, comme au Niger.
Cette situation de monopole et de mainmise sur l’économie d’un pays, par le contrôle de toutes ses ressources minières et pétrolières, exclue toute concurrence.
Le 27 décembre 2012, le président de la RCA François Bozizé, acculé par les groupes rebelles SELEKA, et sentant approcher la fin de son pouvoir, accuse ouvertement la France en ces termes sur RFI cité dans [Centrafrique : les raisons cachées de l’intervention française] : « J’ai donné le pétrole aux chinois, et c’est devenu un problème.» En mars 2013, François Bozizé qui venait d’être renversé déclare de nouveau sur RFI : « j’ai été renversé [ndlr: par la France] à cause du pétrole [ndlr: centrafricain] ».
Le 10 septembre 2009, François Bozizé rend visite en Chine et signe un contrat avec la société chinoise – China National Petroleum Corporation (CNPC) – pour l’exploitation de la réserve pétrolière de BOROMATA, situé au nord-est de la RCA. Cela lui coûté sa place et ouvert la voie à des conflits qui n’en finissent plus de ruiner la RCA et sa population.
Bref, les raisons réelles du dernier conflit en RCA est bien le rapprochement Chine-RCA.
Il apparaît dès lors très clairement que cela n’a rien à voir avec une quelconque lutte pour la conquête du pouvoir, qui n’a servi ici que de prétexte pour renverser et imposer, comme depuis 55 ans, par la dictature, un autre président aux populations de la RCA. Cet exemple est observé, sous différentes formes, dans tous les pays de la zone du franc CFA.
⦁ Intervenir pour Déstabiliser et Renverser tout gouvernement en place qui montrerait des signes d’indépendance et de non-soumission,

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En s’attaquant par exemple à la Constitution de ces pays ou en organisant un coup d’Etat. L’exemple suivant, révélé dans le livre de la professeure de littérature Simone GBAGBO, est très révélateur. Lors de la récente crise ivoirienne, un pays étranger, en l’occurrence, la France sous la présidence de Jacques Chirac, a fait inscrire à l’ordre du jour de la séance de l’ONU, d’octobre 2006, à New York, par son ambassadeur à l’ONU, Jean-Marc de La Sablière, une résolution (1721) rédigée par ce dernier pour suspendre la Constitution d’un pays souverain, la Côte d’Ivoire, Etat membre de l’ONU. Le but est d’empêcher le président en exercice, Laurent Gbagbo, de gouverner, alors que la Constitution de son pays, la Côte d’Ivoire, stipule qu’en cas de crise nationale empêchant la tenue d’élection, le président en exercice reste au pouvoir.
Les membres du Conseil de sécurité de l’ONU ont rejeté cette pratique et toutes les possibilités de la subordination de la Constitution d’un Etat, quel qu’il soit, à une décision d’une organisation internationale, fût-elle l’ONU.
La pratique de suspension de la Constitution d’un pays souverain par un autre pays n’est pas anodine et est totalement anti-démocratique.
Ces interventions militaires récurrentes10, très meurtrières, depuis 1960 jusqu’aujourd’hui, ont complètement déstabilisé tous les pays de la zone du franc CFA et contribué à la destruction de toutes leurs infrastructures socio-économiques, facilitant un pillage à grande échelle des ressources de ces pays. L’exemple de la RCA symbolise et met bien en évidence le résultat le plus dévastateur et inhumain d’un crime contre l’humanité.
Exemple, en décembre 2012, l’unité spéciale de l’armée française, spécialisée dans la déstabilisation des pays, et le renversement des gouvernements est entrée en RCA. Depuis leur arrivée, la population centrafricaine a observé plusieurs foyers de troubles sporadiques dans le pays.
Un mois après, en janvier 2013, des rebelles s’annoncent aux portent de Bangui, la capitale de la RCA, pour sa prise trois mois plus tard, dans un bain de sang.
Une année après, en décembre 2013, des troubles très sanglants éclatent, offrant ainsi comme toujours, un prétexte pour une intervention militaire avec des machines de guerre, et des véhicules blindés dans une capitale peuplée et dans un conflit national, interne, sous le prétexte « humanitaire», afin d’empêcher toute solution centrafricaine négociée, et leur imposer par les armes et par la dictature un autre président. Le scénario est identique dans tous les pays de la zone franc CFA.
Le chaos volontairement créé dans ces pays, par ces interventions militaires étrangères « humanitaires » avec des blindés et des hélicoptères de guerre dans des capitales africaines, est propice à certains militaires pour se livrer, en toute impunité, aux viols, des enfants affamés et réduits à la mendicité par ces conflits. Des parents paupérisés et humiliés dans leurs pays assistent impuissants, les larmes au cœur à la destruction de la vie de leurs enfants mineurs.
La population de la RCA n’est pas dupe. Elle est convaincue dans son immense majorité que l’armée française a créé intentionnellement un chaos dans le pays, pour justifier sa én-ième intervention meurtrière dans ce pays visant le renversement d’un chef d’État en exercice et à imposer comme toujours par la dictature (les armes) un autre. Cette dictature à l’encontre des peuples africains dure depuis 1960.
Raphaël Granvaud, l’un des rédacteurs de Billets d’Afrique chez Survie, explique dans son livre Que fait l’armée française en Afrique, comment cette armée déstabilise et bafoue en toute impunité les droits humains en Afrique, dans les pays de la zone du franc CFA. Cependant, outre ses interventions militaires directes, la France suscite et arme des rebellions à qui elle fait sous-traiter ses objectifs de déstabilisation et de renversement des pouvoirs en place montrant des signes d’indépendance et de non-soumission.
Qui sont ces groupes rebelles qui apparaissent dans des conflits internes pour détruire un pays, et massacrer les populations en toute impunité et Qui les équipent en armes ?
Force est de constater que le scénario pour le renversement ou l’assassinat, d’un président africain, par l’utilisation de groupes rebelles, dans les conflits en Afrique, est devenu la norme : d’un côté la cible, c.-à-d. le président et son gouvernement à renverser, et de l’autre côté un ou plusieurs groupes rebelles qui, du jour au lendemain, sont bien organisés, bien entraînés et lourdement armés, et qui l’attaquent. Comme par hasard ces groupes apparaissent dans ces pays au même moment qu’une intervention militaire étrangère dans le pays est annoncée. Ce qui fait dire aux populations locales de tous ces pays, non dupes, que ce sont les militaires étrangers qui les ont emmenés dans le pays.
Exemple en Côte d’Ivoire. Les déclarations du colonel Burgaud de la Force française Licorne en RCI, au sujet des rebelles rapportées dans Le Figaro du 2 avril 2005 et citée dans Paroles d’Honneur sont sans ambiguïté : « Les Rebelles restent, demeurent et demeureront une rébellion. Nous Français, les avons installés dans la durée et rendus fréquentables. Ils sont infréquentables.»
Une analyse comparative des différents conflits met en évidence le rôle destructif que joue ces groupes de rebelles ou mercenaires dans la création de désordre et de chaos dans ces pays, détruisant des villages entiers sur leur passage. Ce fut les cas en RDC (avec M22), en RCA (avec SELEKA, et les Anti-BALAKA), au Mali (AZAWAD), en Côte d’Ivoire (groupes rebelles venus exclusivement des populations du Nord de Côte d’Ivoire, convertis ensuite en Forces nouvelles pour les rendre fréquentables) pour ne citer que ces quelques exemples.

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Il a été observé qu’autour de ces conflits s’activent un ballet de groupes se qualifiant d’«ONG humanitaires ». Des populations ont fait des découvertes troublantes (en RDC, en RCA), liées à l’apparition subite d’armes et de rebelles dans certaines zones reculées du pays, aussitôt après le passage de certains groupes se qualifiant d’« ONG humanitaires».
Cela pose évidemment le problème de la crédibilité et du rôle de certaines ONG dites « humanitaires » qui participeraient au convoiement des armes et de rebelles dans certaines zones, à l’intérieur du pays, éloignées où elles opèrent.
Ces rebelles font déplacer le conflit de la capitale, centre du pouvoir, en direction des zones des ressources pétrolières et minières de ces pays, provoquant ainsi des déplacements forcés en masse des populations entières afin de libérer des zones convoitées, riches en ressources minières et pétrolières. L’exemple actuel du Soudan du Sud, est très représentatif et révélateur des méthodes utilisées pour forcer les déplacements en masse des populations sous couvert de « conflits ». Avec en plus la menace de couper le pays en deux, afin d’isoler les zones riches en ressources minières et pétrolières, du reste du pays où la population est déplacée. C’est une arme de dissuasion ou de guerre.

⦁ Empêcher tout développement qui rendrait ces pays réellement indépendants, et maîtres de leurs ressources économiques et compétitifs
Simone Gbagbo explique dans son livre pourquoi les pays africains ne progressent pas. Elle constate qu’à chaque petite avancée, sous des prétextes fallacieux, une intervention militaire a lieu dans ces pays d’Afrique, pour détruire tout ce qui a été construit. Elle nous explique également comment les présidents africains sont infantilisés lorsqu’on les stigmatise de quitter le pouvoir, et que les politiques africaines sont dictées par la France, qui intervient systématiquement et ouvertement dans les affaires intérieures de ces pays.
Le professeur Raphaël Granvaud, l’un des rédacteurs de Billets d’Afrique, explique dans son livre Que fait l’armée française en Afrique que depuis les indépendances de ces pays en 1960, il y a une cadence inouïe d’agressions militaires et d’interférences dans les affaires intérieures de ces pays. Il note qu’au total, il y a eu plus de 50 interventions militaires officielles depuis 1960, sans compter les opérations secrètes ou clandestines de déstabilisation et les opérations officieuses sous-traitées à des mercenaires sous contrôle.
Exemple au Bénin, une figure bien connue est celle du mercenaire français Bob Denard qui a intervenu dans plusieurs pays africains dont le Bénin. En effet en Janvier 1977, sous la conduite de Bob Denard, le Bénin fut agressé par une intervention aéroportée.
Sous couvert d’interventions militaires « humanitaires » ou de « protection des ressortissants étrangers », il s’agit toujours d’agressions militaires contre un pays souverain, membre de l’ONU, par un autre pays étranger, et qui aboutit toujours aux massacres des populations africaines.
5- Enrichissements occultes et illicites personnels liés aux réseaux criminels Françafrique
Les enrichissements occultes et illicites personnels liés aux réseaux criminels Françafrique contribuent considérablement à la paupérisation des populations africaines.
Une étude récente sur les causes des conflits en République Centrafricaine (RCA) révèle la complicité et la participation étrangère dans ces coups d’Etat : « Les coups d’Etats se succèdent sur fond de manipulations et d’enrichissement personnel des dirigeants africains soutenus par les services secrets français, c’est ce que François-Xavier Verschave désigne sous le nom de Françafrique.»
Les conflits et les interventions militaires étrangères associées servent également à pérenniser les réseaux criminels d’enrichissement personnel occulte de la françafrique et ses officines. Selon François-Xavier Verschave « Plus d’une vingtaine de réseaux politiques, d’officines mafieuses, de filières occultes, se partagent aujourd’hui le gâteau africain.»
Le journaliste Pierre Péan qualifie ce réseau de corruption « La République des mallettes » et dénonce le financement occulte de la vie politique française avec l’argent public volé aux contribuables Africains.
L’avocat Robert Bourgi, l’une des figures emblématiques des réseaux de la Françafrique, se présente lors d’une interview comme un “porteur de valises”. Il raconte comment “par son intermédiaire”, entre 1997 et 2005, des autorités françaises auraient perçu des fonds occultes de cinq chefs d’Etat Africains. Des dizaines de millions de francs, de dollars ou d’euros en liquide, qu’il aurait convoyés dans des sacs ou des mallettes.
2-Facteurs Economiques
⦁ Manque de souveraineté sur les ressources minières et pétrolières
Les ressources minières et pétrolières de ces pays sont contrôlées à plus de 97% par des sociétés étrangères.
⦁ Manque de souveraineté monétaire et rôle néfaste du Franc CFA
Les causes des conflits liées aux facteurs économiques résident principalement dans le fait que plusieurs Etats africains continuent d’utiliser une monnaie coloniale appelé Franc des Colonies Françaises d’Afrique (ou Franc CFA). Créé en 1945, elle échappe à tout contrôle de ces Etats. En Afrique, le FCFA est géré par trois banques régionales (BEAC, BECAO, BECC), où des Français siègent au Conseil d’administration. Toutes les réserves de change, les recettes et dépenses de ces pays africains sont contrôlées par la Banque de France, qui est propriétaire du FCFA, fabriqué en France.
Selon le professeur, expert en économie, Dr. Nicolas AGBOHOU, auteur du livre Le Franc CFA et l’Euro contre l’Afrique, le FCFA est une monnaie nocive qui bloque l’Afrique et empêche tout développement, car elle est régie par quatre principes hérités de ce qu’il qualifie à juste titre de « nazisme monétaire ». Il s’agit des principes suivants:
⦁ Garantie de Convertibilité illimitée au Trésor français
C’est une tromperie aujourd’hui: la France ne fabriquant pas l’Euro ne peut l’avoir en quantité illimitée pour garantir une convertibilité illimitée. L’Euro est fabriqué en Allemagne.
⦁ Fixité des parités entre le FCFA et l’Euro (1 Euro = 656 CFA)
Cette parité fixe permet l’achat des matières premières à un prix dérisoire, très défavorable aux pays africains. Elle permet également une dévaluation unilatérale, car le franc CFA appartient à la Banque de France.
⦁ Centralisation des réserves de change
Ces pays ont l’obligation de verser au Trésor français leurs réserves de change, les recettes de leurs exportations. Les taux des versements sont fixés par la France. D’abord à 100% (1945-1973), puis à 65% (1973-2005). Ce taux est à 50% depuis 2005, sur des comptes appelés Comptes d’opérations. Ces comptes d’opérations sont alimentés de façon prioritaire, quelle que soient les difficultés financières du pays.
La centralisation des comptes permet à la France de disposer à volonté de cet argent, fruit du travail des africains, pour payer ses dettes, combler ses déficits budgétaires, faire des placements à des taux d’intérêts élevés. L’argent rapporté par ces taux d’intérêts est de nouveau prêté aux Africains qui en font la demande.
Bref, tous les pays du monde qui disposent de leur propre monnaie pilotent leur économie pour leurs propres intérêts. Les populations de ces pays ont un niveau de vie nettement supérieur à celui des populations des pays de la zone franc CFA.
Sans sa propre monnaie, il est impossible de gérer l’économie d’un pays. Car c’est la banque centrale d’un pays qui finance les investissements, les entreprises, les programmes de recherche et de développement de ce pays.
Pour la survie des populations africaines il est impératif que cela change. Les Africains ne peuvent pas continuer de s’appauvrir tout en enrichissant la France.
⦁ Le franc CFA comme arme monétaire d’asphyxie et de déstabilisation
Exemple en RCA, cette arme monétaire d’asphyxie et de déstabilisation a été utilisée contre le gouvernement centrafricain, qui régulièrement se retrouve dans l’incapacité de payer ses fonctionnaires : c.-à-d. durant quatre à six mois les caisses de l’Etat sont dites vides. Si la RCA avait sa propre monnaie cette humiliation ne serait pas possible.
Ainsi pendant quatre à six mois, sans être payés, des fonctionnaires centrafricains vont au travail, pour ne pas perdre leur emploi, un acquis rare dans ce pays à taux de chômage élevés, en particulier parmi les jeunes.
La stratégie d’utilisation de l’arme monétaire pour asphyxier et provoquer des émeutes et des soulèvements populaires a échoué. Mais la situation a plutôt généré une corruption de survie.
⦁ Crimes et Assassinats politiques récurrents des Opposants et Leaders Africains Progressistes
Force est de constater que tous les Opposants et Leaders Africains Progressistes qui cherchent à affirmer une souveraineté économique de leur pays pour le bien-être des populations africaines, sont systématiquement assassinés ou morts dans des accidents d’avion.
Il serait injuste voire ingrat de ne pas avoir ici une pensée pour tous ceux qui ont lutté et payé de leur vie pour que leurs concitoyens vivent dans la dignité humaine. Nous tenons à leur rendre hommage ici pour la grande qualité de leurs valeurs humaines.
Leur nombre est malheureusement en constante augmentation, avec une seule constante depuis 55 ans: l’impunité des dictateurs-commanditaires (c.-à-d. ceux qui dictent leur volonté aux populations africaines et commanditent ces crimes.).
La liste est longue, depuis Barthélémy Boganda (RCA : 1959), Félix-Roland Moumié (Cameroun : 1960 à Genève), Patrice Lumumba (RDC : 1961 au Katanga), Sylvanus Olympio (Togo : 1963), Thomas Sankara (Burkina Faso : 1987 à Ouagadougou) et bien d’autres jusqu’à Mouammar Kadhafi (Libye : 2011 à Syrte), pour ne citer que ces quelques exemples parmi tant d’autres, et sans oublier ceux qui sont renversés militairement du pouvoir et détenus sans preuve, comme par exemple Laurent Gbagbo, président de Côte d’Ivoire, arrêté et enfermé depuis 2011 jusqu’à ce jour (12 septembre 2015) à la CPI.
Toute l’Afrique, en particulier sa jeunesse, a les yeux tournés vers la CPI et attende le verdict. Car force est de constater que depuis 1960 jusqu’aujourd’hui aucun dictateur-commanditaire des crimes et massacres des populations civiles pour le pillage des biens publics, des ressources minières et pétrolières en Afrique n’a jamais été inquiété par le CPI. Exemple récent, en Libye. Au regard des massacres des populations civiles aujourd’hui abandonnées à elles-mêmes (les TV d’Etat se sont tues sur leur sort) et de la destruction meurtrière de la Libye en toute impunité, aujourd’hui tous les observateurs et les élites africaines s’accordent à reconnaître et à dire que l’assassinat du colonel Mouammar Kadhafi visait à empêcher l’Afrique d’acquérir une indépendance financière, sa propre monnaie, et afin de maintenir les Africains dans la pauvreté et sous domination. Deux faits majeurs sous-tendent leur conviction.

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⦁ Le Premier Satellite Africain RASCOM-QAF1, offert à l’Afrique par Kadhafi
Les pays africains utilisaient le satellite de communications INTELSAT qui rapportait à l’Europe 500 Millions de dollar par an en taxes. Mais en 1992, afin de s’affranchir de ces taxes, 46 pays africains décidèrent de créer une société de télécommunications baptisée Regional African Satellite Communication Organization (RASCOM), et d’acheter leur propre Satellite. Coût unique de l’opération 400 Millions de dollar.
En 2006, afin de concrétiser ce projet, Mouammar Kadhafi donna une contribution de 300 Millions de dollar cash, La Banque Africaine de Développement donna 50 Millions de dollar et la Banque Ouest Africaine de Développement a donné 27 Millions de dollar.
Ainsi grâce à Kadhafi, l’Afrique dispose, depuis décembre 2007, de son premier satellite panafricain de télécommunications RASCOM-QAF1, permettant à des millions d’Africains de communiquer entre eux à des tarifs raisonnables.
Encouragées par cette dynamique, la Chine et la Russie ont fabriqué leurs propres lanceurs de satellites qui ont permis la mise en orbite des satellites de communications de l’Afrique du Sud, du Nigeria, de l’Angola, et de l’Algérie. Un deuxième satellite a été mis en orbite en 2010.
⦁ Projet ambitieux pour l’indépendance monétaire de l’Afrique
Cet ambitieux projet comporte trois objectifs (FMA, BAI et BCA) dont la concrétisation coûta la vie à Kadhafi et les massacres des populations civiles libyennes, suite aux bombardements. Ces trois objectifs sont
⦁ Fond Monétaire Africain (FMA) : créé avec un capital de 42 Milliards de dollar, et le siège à Yaoundé au Cameroun. Le FMA devrait remplacer le FMI en Afrique, et permettre la création d’un marché commun africain en 2017.
⦁ Banque Africaine d’Investissement (BAI) : dont le siège était prévu à Syrte en Libye. Sa création à Syrte est compromise par l’assassinat de Mouammar Kadhafi.
⦁ Banque Centrale Africaine (BCA), avec siège prévu à Abuja au Nigéria.
Selon le calendrier adopté, la monnaie africaine devrait sortir dès 2014, pour concrétiser le rêve des millions d’Africains : paix durable et développement de l’Afrique.
Mouammar Kadhafi, le principal bailleur de fonds de ce projet salutaire, a beaucoup aidé et contribué au développement de certains pays d’Afrique subsaharienne.
Cela, les ennemis de l’Afrique ne l’ont pas supporté, et l’ont tué pour faire échouer un projet très salutaire pour des millions d’Africains. Mais le fait d’avoir assassiné Kadhafi a plus que renforcé la conviction et la volonté des jeunes Africaines et Africains de réaliser leur indépendance financière. C’est aujourd’hui un processus irréversible.

⦁ EFFETS des CONFLITS en AFRIQUE
Les effets des conflits créés pour la mainmise et le contrôle des ressources minières et pétrolières en Afrique sont désastreux sur les conditions de vie des populations africaines. Leurs conséquences sont multiples. Nous avons identifié sept parmi tant d’autres :
⦁ Maintien de l’appauvrissement continu des populations, à travers des interventions militaires meurtrières dites « humanitaires », qui empêchent les productions agricoles notamment locales d’être commercialisées, ce qui à son tour engendre une pénurie alimentaire et la flambée des prix des produits de première nécessité.
C’est un processus d’extermination à petit feu de tout un peuple. Cela se passe dans l’indifférence !
⦁ Destruction de la vie des enfants mineurs rescapés, affamés et réduits à la mendicité par ces conflits, et livrés à la merci des militaires violeurs. Le chaos volontairement créé dans ces pays, par les interventions militaires étrangères « humanitaires » avec des blindés de guerre, offre à certains militaires des zones de non-droit pour commettre, en toute impunité, des viols sur des femmes et des enfants mineurs. Pire, des parents paupérisés et humiliés qui assistent impuissants à la destruction de la vie de leurs enfants mineurs. C’est l’avenir de ces pays qui est visé.
⦁ Destruction des infrastructures socio-économiques du pays, favorisant notamment la montée de la corruption et du chômage.
⦁ Manque chronique de débouchés dans le domaine de l’emploi, ce qui se traduit par un niveau de chômage très élevé dû au fait que la création de petites et moyennes entreprises ne peut se faire dans un environnement instable et insécurisé. Les premières victimes sont les jeunes qui se retrouvent sans emploi après leur scolarité, abandonnés à la charge de leurs parents eux-mêmes très paupérisés.
⦁ La misère et l’insécurité qu’engendrent ces conflits font partie des raisons qui poussent certaines personnes, en particulier les jeunes sur les chemins de l’exode ou à rejoindre la première milice venue.
⦁ La déstabilisation permanente de ces pays, à travers des coups d’Etat et des interventions militaires meurtrières « humanitaires » récurrents empêchent les populations de vivre dignement dans leur pays et poussent en particulier beaucoup de jeunes, encouragés par leur entourage, et leurs familles à s’exiler pour leur survie et la recherche d’une vie meilleure.
C’est avant tout dans les pays voisins limitrophes, qu’émigrent les jeunes qui quittent leur pays natal, espérant trouver des conditions de vie meilleures. Mais ils vont très vite déchanter en découvrant des conditions similaires à celles qu’ils cherchent à fuir.
C’est dans ces conditions que certains, une très faible minorité, décident de risquer leur vie en prenant le chemin de l’Europe, où beaucoup sont morts en Méditerranée, et les rescapés sont persécutés en Europe.
⦁ Ces conflits servent aussi de prétextes pour le morcellement subtile des pays, afin d’isoler la partie convoitée, riche en ressources pétrolières ou minières, de l’autre partie vers laquelle les populations sont déplacées, avec le concours de certains groupes se qualifiant d’ «ONG humanitaires». Certains sont démasqués par les populations locales.
⦁ A QUI PROFITENT les CONFLITS en AFRIQUE?
⦁ Aux fabricants et marchands d’armes : l’Afrique ne disposant pas d’industrie de fabrications d’armes de guerre, il est tout à fait évident que ces armes de guerre proviennent des pays industrialisés. Des tonnes d’armes traversent ensuite en toute légalité les frontières des pays des droits de l’homme pour aller alimenter et entretenir des conflits meurtriers en Afrique et les massacres des populations civiles.
Plusieurs Etats industrialisés disposant de l’industrie de fabrications d’armes de guerre portent ainsi une lourde responsabilité dans les massacres des populations civiles, des bébés, des enfants et des familles entières en Afrique.
L’argent, du sang versé, rapporté par ces armes de guerre, profite avant tout, aux industries d’armements. Peu regardant sur les valeurs humaines, elles sont en général très fières de publier les bénéfices annuels colossaux rapportés par le sang versé sur les théâtres de conflits africains.
Ces bénéfices annuels colossaux publiés sont à l’image de l’ampleur de la destruction des vies humaines en Afrique.
⦁ Aux dictateurs-commanditaires étrangers, c’est-à-dire à ceux qui dictent et imposent par les armes des présidents aux populations: les conflits profitent à tous ceux qui organisent des coups d’Etat en Afrique, et qui interviennent dans ces conflits pour participer à la prise du pouvoir et dicter par les armes leur volonté.
Les dictateurs-commanditaires étrangers s’enrichissent à travers ces conflits et les réseaux occultes, comme Françafrique, créés dans ce but.
⦁ Aux sociétés multinationales étrangères et à leurs complices et représentants locaux : force est de constater que lorsqu’un conflit éclate en Afrique, on observe un ballet d’hommes d’affaires et politiques qui s’activent auprès des belligérants, pour arracher des contrats. Ces derniers bradent en toute illégalité les ressources pétrolières et minières d’un pays. Ils se rendent ainsi coupables de complicité de vol et de pillage, sachant que les ressources d’un pays ne sont pas des biens privés, appartenant à une seule personne, qui n’est pas élue démocratiquement et ne représente pas le peuple.
⦁ CONCLUSIONS
⦁ De manière générale, l’émigration et l’exode des jeunes Africaines et Africains, en particulier, sont sous-tendus par deux phénomènes :
⦁ l’émigration naturelle, inhérente à la nature humaine et aussi vieille que l’humanité, qui est sous-tendue par l’envie de découvrir de nouveaux horizons, et d’autres cultures.
⦁ L’émigration forcée, pour sa survie, qui est sous-tendue par certains évènements, tels que la famine et la précarité économique, ou les conflits et les guerres, et qui poussent ces populations à fuir leurs pays.
⦁ Grâce à une analyse globale et comparative des différents conflits en Afrique, nous comprenons mieux aujourd’hui les mécanismes mis en place pour paupériser les populations africaines et maintenir tous ces pays dans la pauvreté et la dépendance qui favorisent l’exode.
⦁ Ensemble nous pouvons mettre fin aux conflits meurtriers récurrents en Afrique, souvent organisés à l’extérieur mais exécutés sur le continent et qui provoquent l’exode. Car sans une paix durable, tout développement est impossible.
Ensemble nous pouvons combattre et mettre fin à l’impunité des crimes contre l’humanité, notamment les viols des enfants et des femmes. L’impunité qui accompagne tous ces crimes ne doit pas devenir la norme sur le continent africain.
⦁ Les représentants locaux ne dédouanent pas les dictateurs-commanditaires étrangers qui imposent par des armes et des coups d’Etat des présidents aux populations africaines. Ils doivent aussi un jour répondre de leurs actes devant une juridiction.
⦁ La solution immédiate et urgente, pour la survie des populations de ces pays, est l’indépendance financière de ces pays d’Afrique de la zone CFA.
Une fois l’indépendance monétaire réalisée, la mise en place d’un indicateur de réussite mesurable, telle que la mise en place d’un mécanisme de création de plusieurs entreprises, durant un mandat présidentiel, s’avère nécessaire et doit être considérée.
⦁ Il est important et urgent que tous les contrats signés de durée « illimitée » voire éternelle ou dépassant la durée d’un mandat présidentiel fixé par la Constitution, soient dénoncés par ces pays.
Il est important et urgent que la durée des contrats qui portent sur les biens, les ressources minières et pétrolières du pays ne doivent plus dépasser la durée d’un mandat présidentiel.
⦁ A l’instar des droits de l’homme, les droits des victimes aux réparations sont imprescriptibles.
Au regard de tous ces conflits et crimes liés, je pense qu’il est grand temps que les Africains prennent leur avenir en main, car il y va de la survie des populations africaines et de tous ces jeunes désorientés.

Je vous remercie.

Docteur en sciences techniques, André LOEMBE, est membre du comité directeur de l’Observatoire Suisse du Droit d’Asile et des Etrangers (ODAE), Vice-président du Carrefour de Réflexion et d’Actions contre le Racisme anti-Noir (CRAN), et Vice-président du Forum pour l’Intégration des Migrantes et des Migrants (FIMM) de Fribourg.

Sources et Références:

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