Comment le PRD Aurait Été Plus Heureux

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Le caractère inducteur de l’utilisation d’une langue étrangère en tant que langue d’expression écrite dominante ne peut jamais être surestimé. Souvent, lorsque le savant, le spécialiste ou le poète patriote souligne ce caractère, il est taxé de nationalisme ringard par les tenants du conformisme néocolonial, pour qui, le maintien des langues étrangères est un dogme semblable à celui du maintien en l’état des frontières absurdes héritées du colonialisme.

aka1Et pourtant, le décalage entre nos émotions et nos représentations d’une part et le médium linguistique de leur expression d’autre part induit souvent à notre corps défendant des choix et des actions qui nous enferment dans l’absurdité de l’aliénation, nous contrecarrent et nous arrièrent.
Le choix de l’insigne d’un parti politique peut paraître sous ce rapport quelque chose d’anodin. Mais dans la mesure où les représentations sont liées aux langues, le choix de la langue joue un rôle aussi inattendu que décisif.

L’insigne du PRD est un exemple flagrant de la mesure dans laquelle la langue étrangère nous impose sa loi et son ordre, en substituant à notre insu ses valeurs et ses représentations aux nôtres. Cet état de choses que nos sages déplorent n’est pas une vue de l’esprit et consacre notre aliénation. Pourquoi l’insigne du PRD a-t-il la forme qu’il a ? Quel est cette forme ? Une succession d’arcs concentriques qui aligne le spectre chromatique de l’arc-en-ciel. Pour les Français dont la langue désigne l’objet, l’arc-en-ciel est un arc coloré qui traverse le ciel. C’est donc pour cela que les concepteurs de l’insigne du PRD dont le symbole est l’arc-en-ciel ont dessiné cette succession d’arcs concentriques à couleurs variantes

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Or si, au lieu de réfléchir avec la prépondérance de la représentation étrangère de l’objet en tête, nos soi-disant représentants politiques du PRD ont réfléchi en ayant le pied sur la terre de leurs ancêtres et la tête dans les nuées de leur culture, ils auraient choisi de voir en l’arc-en-ciel plutôt un serpent coloré, car cette divinité — dans l’aire culturelle aja, il s’agit bien d’un dieu — s’appelle Dan Ayidohuèdo. Et ils auraient sans doute conçu un insigne avec un serpent coloré, qui enlacerait toute la diversité béninoise, en véhiculant l’idée de tolérance et d’unité qui est son principe éthique. L’insigne ainsi créé autour de l’image d’un animal — ce qui est dans la tradition de nombre d’insignes de partis politiques — apparaîtrait alors plus parlant et plus vivant que ne l’est la froide représentation d’une succession de demi-cercles aussi colorés soient-ils.

Qui sait si avec un insigne plus parlant et plus proche du peuple, le PRD n’aurait pas été plus politiquement heureux qu’il ne l’a été depuis qu’il affiche son insigne ?

Dr Zéphyrin Aklassato

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