Bénin : Du Football au Baccalauréat en Passant par les USA

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Etude de Trois Listes qui Trahissent le Régionalisme sous Yayi

aka1Avant, 2006 bien avant 2006, il y a une génération de cela en tout cas, les joueurs de nos sélections nationales de foot avaient nom :

 

Adam Souleymane Hounyovi medard
Chede Laurent Bocco arthur
Adam Souleymane Adechokan marouf
Anan charles Aguiah bienvenue
Bio Tchane idrissou Anani victor dit petit victor
Ali kpara ludovic Cheche emmanuel
Koukoyi juste
Kpokpoola germain
Dovi Lacoussan
Correa Irenee
Govou Vincent
Gbegbelegbe Patrice
Zohoungbogbo Jean-Marie
Fanou Clovis
Elegbe zachee
Yacoubou mansourou
Aguiah idelphonse
Zevounou victor
Godonou dossou jean
Ahlonsou agossou pascal
Ata Pinso
Etienne quenum
Koffi Firmin
Govou Georges
Do Rego Sadou
Agbanrin lucien
Hounnou Coffi
Nourou Bello
Yessoufou latifou
Boye ferdinand
Yaovi Ahanmada

Depuis et après 2006, comme le montre la sélection nationale des cadets U-17, ils s’appellent volontiers :

Damilola S. Wilson  Houngbédji Gaston
ELEGBEDE Fataï Gandji Parfait
MOUMOUNI Chérif EHOUE Pavlek
Issufou Souley Hounsou M. Rock
Oroudouarou Z. Ismaïla  Gbaguidi Pacifique
ADJE Koluwolé Amoussou  Tony
Adjadji  Loukman PRINCE Emmanuel
Ibilola Aaron
YEMI Nadjim
OGOUBIYI Olouwa
OREKO B. Evode
ODJETANDJI Sèmiou
FACHOLA Stéphen
Okpo Romain

Dans la colonne de gauche du premier tableau, les noms en caractère gras son presque rares. Ils constituaient alors 16% du total des sélectionnés.

Mais d’une génération à l’autre et surtout après 2006, on voit que la sélection U-17 est constituée à 67% de noms en caractère gras.

Il y a donc une évolution régionale dans le recrutement des jeunes de l’équipe nationale de football. Quand on sait que les noms en caractère gras émanent de la région imaginaire de référence de Yayi Boni on peut se demander si cette mutation sociologique du recrutement de la sélection nationale de foot que rien ne justifie n’est pas un fait d’arme du régime actuel qui entre concours truqué, nomination massive de gens originaires d’une région donnée à des postes de direction en passant par les diverses cooptation népotistes chères à Yayi Boni, ne fait rien au hasard en terme de positionnement des citoyens à des postes. L’incapacité de gérer la nation chez Yayi Boni se traduit par la fuite en avant et l’égoïsme régionaliste, rationnalisé par un discours d’équité totalement frauduleux.

Il y a sûrement des biais dans cette évolution dur recrutement ; comme par exemple aux Etats-Unis, entre les années 50 et les années 80 à 2000, la sélection des équipes de volley-ball est passée d’un recrutement blanc à un recrutement noir, sans que cela ne soit l’effet de la seule discrimination positive ; encore que la discrimination positive a le mérite de s’appeler par son nom, et ne relève pas d’une politique autoritaire imposée à la sauvette et en toute injustice. Si les Noirs américains ont pris d’assaut les équipes de volley-ball, c’est par leur talent et leur travail, et non par un décret obscur d’un dictateur au petit pied.

Or dans le cas de l’équipe nationale de foot du Bénin, il n’y a qu’à voir que le foot béninois est devenue l’ombre de ce qu’elle était à la belle époque, que depuis au moins deux décennies, et plus particulièrement depuis 2006, le Bénin n’a jamais fait aussi piètre figure en matière de football, là où des pays comme le Burkina Faso ou le Sénégal parviennent brillamment à sortir leur épingle du jeu. La logique incestueuse et présumée régionaliste, comme toutes les logiques impaires, justifié-t-elle la fraude sur l’âge de certains joueurs de la sélection des cadet U-17, qui a valu au Bénin d’être mise à pied par la CAF pour deux ans ? Quelle honte et quelle déception ? Qu’a-t-on à tricher sur l’âge des joueurs, si au lieu de s’enfermer dans une logique régionaliste dans le recrutement on était allé au devant des joueurs recrutés et formés sur la seule base de leur talent et de leur ardeur au travail ? Il est vrai que régionalisme et l’idée du right-man-at-the-right-place, ne font pas bon ménage

De même, et dans un tout autre registre, regardez attentivement la liste des jouisseurs qui ont accompagné le chef de l’Etat dans sa dernière virée balnéaire aux Etats-Unis sous prétexte d’aller assister au sommet USA Afrique organisée sous l’égide de M Obama ; virée balnéaire dont le coût faramineux se chiffres en centaines de millions de nos francs :

Satchivi Jean-Baptiste Poncet Hector
Sebo Emmanuel Tonoukouin Saturnin
Tozo Christopher Vodounou Stéphane
Zantan Robert Zinsou Jean-Francis
Abou Elvis Agossa Thierry
Aboumon Yacoubou Ahissin Clément
Adjakpa Abilé Amouzouvi Jules
Adjou Régis Capo-Chichi Florent
Affo K. Nassifou Djenontin Valentin
Agani Laissi Edon Jean-Pierre
Aloukou Martin Gbedjinon Franck
Omar Arouna Ganye Lydie
Omar Arouna Houngbedji Aurel
Ayilou Luc Dedegbe Edouard
Azaria Naomie Kakpo Gabin
Bako Nassirou Arifari
Batcho Samuel
Biaou Valentin
Biyaou H. Armel
Boukari Saliou
De Souza Marcel
Diallo Mariam
Djaouga Mariam
Ibikounle Karamaton
Colonel Issa Abou
Kinde Gazard
Klissou Freddy
Kotchoni Désiré
Laourou Enock
Naim Akibou
Ohin Emmanuel

En gras, dans la colonne de droite sont les membres de la délégation originaire de la famille régionaliste ou personnelle de Yayi Boni ; et dans la colonne de gauche ceux que le chanteur Yédénou Adjahoui aurait appelé « mintata », c’est-à-dire des gens banals mais que nous appellerons plutôt des comparses ou des cautions sudistes.

Qu’est-ce qui justifie que dans un pays ou sociologiquement parlant 60% des gens du Sud et 40% des gens du Nord, comme ça a été le cas du Ghana, qui auraient dû faire partie de la délégation accompagnant le chef de l’Etat pour défendre es-qualité les intérêts de notre pays aux USA, ce soit exactement le rapport inverse qui s’imposa aux yeux du chef de l’Etat ? Parce que chef de l’Etat, Monsieur fait comme bon lui semble ? Son agenda idéologique et historique est-il de subvertir par la force de sa seule volonté la réalité sociologique du pays dans son expression politique ? Peut-on imaginer que lors d’un sommet Europe/Amérique en France, Obama vienne à Paris avec 75% de Noirs et 30% de Blancs ?

Enfin, voici une troisième liste qui laisse tout aussi perplexes.

Listes authentiques de 51 enseignants détenteurs de faux diplômes

Le ministre de l’enseignement supérieur M. François Abiola a tenu une séance de travail, il y a quelques mois avec les membres de la commission chargée des modalités et critères d’inspection dans les établissements privés d’enseignement supérieur au Bénin.

A l’issue de cette rencontre, une liste de 51 personnes détenteurs de faux diplômes épinglés par la direction de contrôle et d’équivalence des diplômes du ministère de l’enseignement supérieur a été rendue publique. Lisez ci-dessous la liste complète des faussaires.

Adam Amadou Abdoul – Kader Wandemeve Mahugnon Reine
Traoré Moumouni Alimatou Laleyè Giscard
Sidi Dramane Mourdya Gangbe Martine Akuavi
Orou Gon Worou Sekou Nihad, Toffa Appolinaire Selidji Fifamè Francine,
Kora Sounon Djamilatou Ogan Bernadette Clémence
Chabi Caboura Sahadatou Amoussou Edjossan Rodolphe Amilcar,
Kouagou Saba Evangeline K. Sévérine Amoussou Clotilde Jenifer
Bio Nigan Kadidjatou Houessinon Maryline Senami
Touré Rasaac Kekeregue Kocou Jean Francis
Amadou Ali Abdoulaye Allognon Ayaba Marie Pauline
Moumouni Traoré Alassane Affeto Koutchika
Imorou Bio Guezere Aboubakari Seidou Bamidélé Marguerite
Yacoubou Abdoulaye Koudoussou Odjo Lydia Mondoukpè
Adahou Wankpo Justin SOSSOU Gildas Stanislas
Idrissou Latifou Dossou Mahougnon Lionel Efi
Salifou Malick Mouinatou Assogba Afondji Albéric
Abdoulaye Soulé Loukmane BATONON Aubierge Lamarck
Orou Dore Hassirou MEHOU Noel
Orou Dore Nadia
Orou Yamigui Mariam
Seidou Reine Ekoudayo
Bio Bougo Moïse
Issa Mama Abdourahimi
Yacoubou Soule Afiroua
Ankaragui Arouna
Barka Chabi Gnon Bagnon Monique
Dankoro Lahanatou
Oba Dine Alimi Atikatou
Sacca Sero Joseph
Moussa Gado Yaouza
Orou Ina Marc
Moussa Adam Fassiatou
Karim Idrissou

source : http://www.lanouvelletribune.info/index.php?option=com_content&view=article&id=11204:listes-authentiques-de-51-enseignants-detenteurs-de-faux-diplomes&catid=28:societe&Itemid=94

La surdétermination régionaliste de cette liste est proprement sidérante. En effet, 35% de ces faux diplômés sont originaires du sud contre 65% originaires du Nord ! Là aussi, au cœur de cette irrégularité, si les choses étaient régulières, on devrait avoir 30% de faussaires au Nord contre 70 % au sud. Le déséquilibre observé se passe de commentaire.

Nombre de phénomènes dont ressortissent les irrégularités relevées ici s’apparentent plus à des formes de corruption et de népotisme. Ainsi si la liste de sélection des cadets de football trahit une curieuse accumulation ethnique, outre les mots d’ordre ou le climat régionalistes ambiants, cela tient aussi aux pratiques de naturalisation artificielle — solution de facilité qui consiste à incorporer des joueurs originaires de pays frontaliers. Ces pratiques recouvrent à l’évidence beaucoup de trafics à la limite de la légalité, comme la sanction de la CAN contre le Bénin le révèle. Elles ressortissent aussi du népotisme.

Mais qu’est-ce que le népotisme sinon la conséquence logique du régionalisme ou inversement. On ne peut pas s’adonner au népotisme passionnément sans fatalement tomber dans le régionalisme. Ainsi la liste de la délégation béninoise aux USA ressemble à une espèce d’arche de Noé telle que Yayi Boni, si Dieu le lui eût demandé, la confectionnerait.

La plaie du régionalisme/népotisme mis à l’honneur par Yayi Boni depuis 2006 a sans doute une double motivation, à la fois politique et idéologique. Pour ce qui est de l’idéologie, il s’agit de la rationalisation de ce sentiment fort répandu dans les groupes minoritaires dans une nation pluriethnique, mixte de complexe et de frustration de ne pas appartenir à une région dotée par l’histoire, la géographie, la démographie et l’économie. Du coup, le sentiment que ceux qui sont majoritaires seraient responsables du malheur des minoritaires va de pair avec la bonne volonté politique du recours à l’Etat pour compenser ce manque à valoir et à jouir national. Le régionalisme prend alors l’aspect d’une ethnicisation farouche de l‘Etat, et son accaparement sournois par des groupes ethniquement déterminés.

La motivation proprement politique du régionalisme d’un homme comme Yayi Boni d’extraction à la fois mixte et minoritaire, et qui plus est jusqu’en 2006, inconnu dans le paysage politique béninois, la motivation de ce double epsilon politique et ethnique est enté sur le projet politique de la mise en place d’un terroir et d’une région de référence. Le terroir c’est la partie administrative du territoire national identifiée par le département des Collines dont il est issu du coté paternel, et qui dans le même élan romantique et culturel ambitionne de fédérer les Nago de partout — qu’ils soient du sud ou au-delà et instaure au sud une préférence culturelle en faveur des Yoruba et assimilés dont les Nago dérivent. La région de référence est ce nord qui a placé tout son salut dans la politique et qui, avide de présidence, est toujours prêt à adopter tout candidat qui possède quelques raisons — fussent-elles douteuses comme dans le cas de Yayi Boni — de se réclamer de son sein. De sorte que, lancé à corps perdu dans une opération de charme vis-à-vis d’une région où son identité est sujette à caution, Yayi Boni se voit contraint à un grand écart à la fois pour prouver son appartenance, la défendre et l’illustrer et en même temps assumer une extension imaginaire et polémique des limites de cette région.

La grande croisade régionaliste de Yayi Boni s’origine dans cette double motivation. Et c’est mu par elle, qu’il a obstinément et d’une manière bestiale construit la toile d’araignée de son pouvoir entièrement arrimée à une représentation régionaliste de l’action politique.

Mais le soupçon du régionalisme qui traverse l’étude de ces trois listes ne doit pas nous faire perdre de vue ce que disait notre confrère Binason Avèkes dans une récente lettre à Pancrace :

« J’aimerais, écrit-il, commencer par mettre l’accent sur les ravages du régionalisme, tel que je l’ai senti un peu plus encore cette année, comme si en gros c’était là la finalité de l’accession au pouvoir de Yayi Boni, l’essence de son régime. Le fléau qui nous mine en Afrique étant la corruption, bien que beaucoup de gens n’en fassent pas le rapport, eh bien le régionalisme n’est qu’une forme de corruption ! C’est l’attitude qui, —dans l’impossibilité ou le manque de volonté de réaliser les objectifs nationaux pour lesquels un homme politique a accédé au pouvoir, —consiste à parer au plus pressé et au plus près et à améliorer, à travers préférence et faveurs indues, le sort de concitoyens sélectionnés sur la base de critères familiaux, claniques, tribaux ou ethniques. Il s’agit d’un détournement des moyens nationaux à des fins infranationaux, sur fond d’une idéologie de l’affect entée sur l’opposition de catégories ethniques régionalement situées. »

Tout cela est exact. Mais à trop stigmatiser le régionalisme de Yayi Boni, il ne faut pas perdre de vue que ce fléau n’est pas une fin en soi mais est porteur d’un agenda politique à peine caché. En effet, il y a quelque chose de fasciste dans la démarche de Yayi Boni. En exacerbant le régionalisme, en mettant en place une toile d’araignées, à la fois souterraine et visible de profiteurs de son régime auxquels il confère de façon ostentatoire une coloration régionaliste, il conditionne ceux-ci du même coup à une solidarité mécanique pour en faire le rempart ethnique à ses lubies anticonstitutionnelles qui se préparent. Et lorsque des Ministres de son gouvernement, ou des gens se réclamant soi-disant de sa région l’exhortent à enclencher le processus de son maintien anticonstitutionnel au pouvoir, cette exhortation est entièrement basée sur la métonymie classique du régionalisme qui consiste à faire passer le soutien ethnique pour un soutien national et populaire.

Dans le même temps, exposer le régionalisme de Yayi Boni, le déconstruire et le combattre sans merci, c’est le priver du voile sordide derrière lequel il se cache pour achever de tuer notre démocratie qu’il a déjà assommée en 2011, dans une relative indifférence générale….

Dr Zéphyrin Aklassato

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