La Morale de l’Histoire, Suru

 

image  tu es aux prises à l’adversité garde ton calme, sois patient.

Si tu n’es pas patient, tu te tueras tandis que le monde continuera d’exister. Mais si tu es patient, l’histoire te donnera raison.

Voici le sens de ma chanson, ainsi introduite. Voici le développement de cette invocation philosophique.

Il était une fois un roi yoruba, LOFIN, qui décéda, et son trône était vaquant. LOFIN avait trois fils, mais tous étaient dans des contrées lointaines.

AWAKAKA était le prince aîné, AWALILE, le puîné et ADONGLE le cadet.

 

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tu es aux prises à l’adversité garde ton calme, sois patient.

Si tu n’es pas patient, tu te tueras tandis que le monde continuera d’exister. Mais si tu es patient, l’histoire te donnera raison.

Voici le sens de ma chanson, ainsi introduite. Voici le développement de cette invocation philosophique.

Il était une fois un roi yoruba, LOFIN, qui décéda, et son trône devint vaquant. LOFIN avait trois fils, mais tous étaient dans des contrées lointaines.

AWAKAKA était l’aîné, AWALILE, le puîné et ADONGLE le cadet.

Les dignitaires se réunirent et envoyèrent un messager chercher AWAKAKA afin qu’il vienne accéder au trône de son père. La seule voie d’accès au royaume est fluviale et un seul piroguier y opérait. AWAKAKA décide d’obtempérer à l’ordre des dignitaires et, avec ses conseillers, amis ainsi que les membres de sa famille, il embarque sur la pirogue vers le pays de ses ancêtres.

Les voilà navigant vers le pays natal. Mais, au beau milieu du fleuve, dans un endroit isolé, le piroguier s’arrêta et demanda à boire. On lui donna à boire et tout aussitôt après il demanda à manger ; on le lui donna de bonne grâce. Puis continuant sur sa lancée, l’énigmatique timonier demanda une natte afin de dégourdir ses membres et on la lui donna. Dès qu’il eut reçu la natte, savez-vous ce que proféra le vilain ? «AWAKAKA dit-il sans vergogne, j’ai besoin de ta femme ; laisse-moi la posséder vite fait ; si tu y consens vous aurez la vie sauve sinon vous mourrez tous noyés ». Ces propos insensés qui tombaient crus de la bouche du piroguier stupéfièrent le prince. Scandalisé par ce chantage, ne se doutant pas qu’il avait affaire au diable en personne, la rage au coeur, AWAKAKA brandit sa hache et voulut tailler l’impudent démon. « Comment s’écria-t-il, me faire humilier par un vulgaire plébéien, moi le futur roi ? »

Aussitôt AWAKAKA se rua sur l’impertinent piroguier et résolut de le châtier de sa témérité. Mais avant même que les témoins de la scène n’apaisent le courroux du prince, le piroguier avait déjà mis sa diabolique menace à exécution en renversant par-dessus bord toute la cargaison. Et les passagers jetés à l’eau moururent tous noyés.

Au pays, on attendit l’arrivée du prince en vain. Et plusieurs jours s’écoulèrent sans aucune nouvelle du futur roi. Aussi, las d’attendre, les dignitaires à nouveau se réunirent et décidèrent d’envoyer des messagers au deuxième prince, AWALILE, l’enjoignant de venir accéder au trône de ses ancêtres.

Aussitôt qu’il eut reçu l’ordre des dignitaires, AWALILE obtempéra, et prit le même chemin fluvial que par devoir son aîné avait pris avant lui. Et, comme il fallait s’y attendre, l’impudent timonier se livra au même manège diabolique qui finit de la même façon tragique. AWALILE et les siens moururent noyés.

Au pays les dignitaires attendirent le deuxième prince pendant des jours et des jours en vain. N’en pouvant plus attendre, ils se réunirent et décidèrent de faire appel au prince cadet ADONGLE.

Très prudent, ADONGLE avant de se décider tint à prendre le conseil d’un devin, bokonon. Au bokonon, ADONGLE posa sans ambages la question qui lui taraudait l’esprit : «  comment mener à bien cette mission qui m’incombe sans disparaître corps et âme comme mes frères ? » Avant de lui répondre, le bokonon interrogea l’oracle et l’oracle révéla la configuration du gouda. En clair : le diable sévissait sur le chemin du trône depuis un certain temps et il conviendrait de l’en écarter. Pour ce faire, le bokonon demanda comme ingrédient propitiatoire qu’on lui trouvât deux pigeons nés de la même couvée. Et quand les pigeons furent trouvés et mis en cage, le bokonon, concocta les remèdes et ficela ses opérations magiques. Puis il s’adressa à ADONGLE en ces termes : « mon cher prince en route, tu garderas à tes côtés cette cage aux pigeons ; tu dois prêter oreille à ce qu’ils te diront et tu obéiras à leur demande le cas échéant. Si tu obéis, tu échapperas aux intrigues du diable et tu auras le dessus. »

ADONGLE accepta le conseil du bokonon, et promit de s’y conformer. Puis sur la foi de sa promesse, il se mit en route avec sa famille et ses conseillers, à bord de la même pirogue où ses frères avaient trouvé la mort et sous la conduite du même timonier.

Et, au beau milieu du fleuve, comme à son habitude, l’intrigant piroguier laissant libre cours à ses fantasmes insensés, et remit son manège pervers. Il demanda d’abord à boire et on lui donna une calebasse d’eau ; puis il demanda à manger, et on lui donna à manger. Puis il demanda une natte soi-disant pour s’étendre et se dégourdir les membres mais à peine lui eut-on donné la natte qu’il fit l’ultime demande obscène que nul homme sain n’aurait pu faire à son semblable, à plus forte raison au futur roi. Et, comme ce fut le cas avec ses frères aînés, le prince cadet entra en furie. ADONGLE, fou de rage, sortit sa dague et voulut en finir avec ce piroguier bizarre et impertinent. Une houleuse échauffourée s’ensuivit ; l’entourage du prince essaya de le retenir pour éviter l’irréparable. Mais la rage de ADONGLE était irrépressible et il ne voulut rien entendre avant d’avoir réglé son compte au démon. C’est alors que les pigeons entrèrent dans la danse et firent entendre leurs roucoulements. Ces roucoulements qui rimaient avec le mot « sourou », maître-mot du sage devin, firent tilt dans l’esprit du prince. Alors, revenant du diable vauvert, il mit un bémol à sa rage. Les roucoulements apaisèrent son coeur et lui firent retrouver raison. ADONGLE se calma. Dans sa sagesse retrouvée, il décida de laisser l’intrigant piroguier satisfaire ses obscènes demandes. Et, bercé par les roucoulements des pigeons, ADONGLE assista à l’intolérable troussage de son épouse par l’ignoble piroguier. Après qu’il eut satisfait son appétit sexuel aux dépens de l’épouse du prince et mis ADONGLE dans un état de convulsion irrépressible, l’ignoble timonier reprit sa pagaie, et le voyage son cours normal comme si de rien n’était.

Pour calmer les convulsions nerveuses, consécutives au choc émotionnel qu’il avait subi, ADONGLE, choisit l’exutoire d’une chanson improvisée :

« Le pied qui n’est pas encore à terre

ne peut commander

Piroguier, conduis-moi doucement jusqu’à terre. »

ADONGLE chanta ainsi jusqu’à ce que la pirogue accoste au pays natal. Une fois arrivé au pays, comme il fallait s’y attendre, ADONGLE fut installé sur le trône de ses ancêtres et chaussa la sandale royale. Dès qu’il fut fait roi, ADONGLE réunit le peuple et lui parla à cœur ouvert : « Mon bon peuple, mes chers amis, dit-il, j’ai une question à vous poser — Qu’il vous plaise, ô grand roi ! Posez-là et nous vous répondrons avec joie ! » ADONGLE était heureux de l’unanimité de son peuple : « Ô mon peuple, dit-il, mes chers amis, est-il concevable que celui dans les mains duquel vous avez laissé votre vie puisse pour cela en abuser ? »

Comme un seul homme, le peuple répondit par la négative. Alors le roi ordonna qu’on allât arrêter l’infâme piroguier et qu’on le décapitât sur-le-champ. L’ordre du roi fut respecté en moins de temps qu’il ne fallut pour le donner…

Et la morale de l’histoire entonne le poète-philosophe, se comprend aisément. Si ADONGLE n’avait pas été patient pouvait-il accéder au trône ? S’il n’avait pas été patient pouvait-il laver l’opprobre qu’il a subi ? Et le chœur loua la patience du prince devenu roi.

Si tu n’as pas de patience tu quitteras ce monde et ce monde continuera d’exister ; mais si tu sais garder patience le temps te donnera raison et le monde célébrera la sagesse…

ANICE PEPE, sourou

 

   

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Un commentaire

  1. « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage » en effet, disait la fable de la Fontaine…

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