A la Recherche de l’Âme de Hogbonou (1)

I Didolanvi Félix

1.

Je suis né à Porto-Novo, il y a quelques dizaines d’années. Par la force des choses, j’ai passé plus de temps à l’extérieur de Porto-Novo que je n’ai passé dans cette ville. De par mon nom de famille, j’ai mes entrées naturelles dans les trois grandes villes ou royaumes historiques du Sud du Bénin : Porto-Novo, Allada et Abomey. Et ces entrées sont réelles puisque, je me sens aussi bien chez moi à Allada pays natal de mon père, à Abomey, où nous avons des liens familiaux et historiques qu’à Porto-Novo où j’ai grandi jusqu’à 20 ans. Comme l’a si bien dit Me Adrien Houngbédji, UN grand Homme de cette région, Porto-novo, la ville aux trois noms, est une ville de tolérance, d’accueil, où ont appris à vivre ensemble des gens venus d’horizons différents. On y sent aussi bien l’influence vivante des Yoruba, comme des Gouns, mais aussi les Wémènou, les Toffinou, Adjas , etc. Il n’y a pas beaucoup de villes comme ça au Bénin qui accueillent ce haut degré de diversité bien acclimatée sans poser de problème..

2.

Cette diversité de Porto-novo, dont ses habitants ne sont pas toujours conscients dans la mesure où elle est pour eux une seconde nature, fait partie de l’âme de son peuple. À mon avis, elle préfigure l’Unité Nationale qui ces derniers temps a connu une heureuse mais non moins partielle  concrétisation sur le plan politique avec le schéma d’unification que nous propose l’UN, un parti qui, chose unique dans nos annales en dépit qu’il en aie, réunit des personnalités et des parties du même jusque là en stérile rivalité. Personnellement, je suis très sensible à cette évolution, et je souhaite, comme beaucoup de Béninois je l’imagine, que ce ne soit pas un cheval de Troie pour conquérir le pouvoir et puis recommencer les mêmes dissensions d’antan. Une évolution qu’on doit à la perspicacité d’un homme comme Léhady Soglo, qui est de la même génération que moi et pour qui l’Unité – tout au moins de ceux-là qui au Bénin d’hier s’entredéchiraient pour le malheur de notre pays – cette unité-là est chose normale et indispensable. On la doit aussi, on peut le penser,  à la sagesse retrouvée des aînés, ceux que les amis du Régime actuel ont trop vite fait de cataloguer comme “vieille classe”, et que, comme le roi Dê-Messê de  Porto-Novo, ils étaient pressés de voir disparaître ! Quelle Horreur-erreur pourtant pour une collectivité de congédier ses anciens ! Et ceux qu’on appelle ainsi par tactique politicienne sont-ils tous anciens ?  Et ceux qui les appellent ainsi sont-ils tous nouveaux ? Sont-ils tous blancs comme neige ?

Je suis, je l’ai dit, sensible au mouvement d’Unité qui s’esquisse au Bénin, ce Bénin que, dans son programme politique exposé urbi et orbi, Me Adrien Houngbédji a pris l’engagement d’ouvrir au monde et au siècle de l’Information que nous vivons et qui bouleverse nos vies pour le meilleur et le pire. Comment en effet au siècle où tout le monde fonctionne sur le mode du village planétaire, des gens comme des Fons, des Gouns, des Adja, des Yoruba continueront de se livrer à des rivalités d’un autre âge ? Je suis sensible à cette unité parce qu’elle me parle de multiple façons. Mon père est  d’Allada et d’Abomey, ma Mère est du Mono, je suis né et j’ai grandi à Porto-Novo, ma Grand-mère est de Kétou, etc… Donc pour moi, cette Unité aussi partielle soit-elle, et qui est appelée à s’élargir au-delà de ses limites inaugurales, est très parlante. Elle parle à mon cœur. Comme Porto-Novo, dont je ressens les intonations, le souffle, le rythme, l’âme…

Je me propose d’aller à la recherche de l’âme de ce peuple de Porto-Novo et au-delà de Wémè qui n’a pas toujours été compris, encore moins pris pour ce qu’il valait, pour ce qu’il était, pour ce qu’il pouvait donner.  Cette recherche peut se faire dans de multiples voies. Mais l’art et la musique me paraissent une voie toute tracée pour sentir l’âme d’un peuple. N’avez-vous jamais tressailli d’émotion lorsque vous entendez les rythmes ou lorsque vous voyez l’exécution des danses qui ont bercé votre enfance ? Il y a quelque chose qui vous prend au coeur, lié au temps jadis quelque chose de plus fort que vous et qui fait couler des larmes. De joie ou de Nostalgie ? Allez savoir ! Sans doute les deux à la fois. L’autre raison pour laquelle je privilégie la voie/voix de la musique, c’est que j’ai toujours pris l’artiste, le chanteur, celui qu’on appelle le hancinon pour un mélange de prophète, de muse, de démiurge, de directeur spirituel, celui par la seule voix de qui, par les seuls rythmes qu’il crée, l’essentiel de ce que vous êtes vous est transmis, pour vous et pour la postérité. C’est un homme qui est en prise sur le passé, le présent et l’avenir, c’est le vrai homme du peuple. Il ne vole pas le peuple mais l’enrichit, le soutient, le guide, le rassure, lui donne la joie, et la voix, le console, etc. Par opposition à l’homme politique qui vole le peuple tout le temps, qui le déçoit et le trahit, on a le sentiment que le hancinon fait son devoir. C’est pour cela que par sa voie/voie, j’essaierai d’aller à la recherche de l’âme de Porto-novo, qui m’est très cher au cœur !

Binason Avèkes

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