
L’Occident veut tourner la page de la guerre d’Ukraine, car il voit que ses fantasmes ont tourné à l’eau de boudin. Il ne veut pas que l’histoire dise un jour qu’il est à l’origine d’un million de morts blancs, Européens tués sous prétexte de lutter contre l’invasion russe, ce n’est pas facile à justifier. Quand c’est un million d’Irakiens ça passe, mais un million de blancs, difficile à cacher à l’actualité et surtout à l’histoire. C’est pourquoi aux États-Unis l’élément de langage à la mode depuis quelque temps pour parler de la guerre d’Ukraine est le mot stalmate, qui veut dire impasse. Un consensus lexical aussi commode que frauduleux. En effet, comment peut-on parler d’impasse de la guerre lorsque la Russie arrose copieusement l’Ukraine de missiles et de drones de tout calibre ? Comment peut-on parler d’impasse lorsque jour et nuit la Russie grignote des territoires et fait reculer la ligne de front vers l’Ukraine ? Comment peut-on parler d’impasse lorsqu’en l’espace de quelques jours la Russie est parvenue à mettre hors jeu tout le système de défense antiaérien de l’Ukraine et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin ?
Non, à la vérité l’Occident, les États-Unis en tête, a honte d’accepter qu’il a perdu. Selon ses calculs sur papier, la Russie serait dans la poche en l’espace de quelques mois. Mais entre les calculs abstraits et la réalité des champs de bataille, il y a tout un monde, tout un monde d’inconnus que l’Occident calculateur n’a pas pris en compte, et qu’il découvre cruellement, comme l’état réel de l’économie russe, sa résilience, sa préparation, son mithridatisme bien rodé depuis 2014. Honte de perdre devant la Russie, alors que l’Occident étasunisé s’est toujours pris pour le maître incontesté du monde, le triomphateur permanent, celui qui gagne a tous les coups, parce doté de l’intelligence et de la race supérieure, — pour le dire crûment — que n’ont pas les Russes, ces sauvages et sang-mêlé… Cette honte peut paraître paradoxale quand on sait qu’il n’y pas si longtemps, les mêmes États-Unis ont battu en retraite devant les Afghans après 20 ans d’une guerre civilisatrice sans issue. Ils ont, toute honte bue, accepté leur défaite sans trop rougir…Mais face à la Russie, la chose paraît difficile. On les comprend, la Russie est une nation, un État à leur taille et perdre devant un adversaire à sa taille est plus difficile à accepter que perdre dans un conflit loyal à la David et Goliath. A la loyal, parce que le conflit soi-disant entre l’Ukraine et la Russie est aussi à première vue un conflit à la David et Goliath, mais il n’est pas un conflit à la loyal, car l’Ukraine n’est que la Compagnie Militaire Privée de l’Occident. D’où la difficulté des Américains à admettre la défaite. D’où le fait qu’ils en viennent – tous autant qu’ils sont, politiques et médias — à parler de Stalmate. Discours ambigu, acte manqué, mot-voile et cache-misère.
En vérité, l’impasse n’est pas sur le terrain de combat mais au niveau du premier commanditaire de la guerre et son plus gros financier, l’Amérique. C’est pourquoi, avec une sournoise complicité patriotique, l’opposition et la majorité, les Républicains et les Démocrates se sont entendus pour geler l’aide à l’Ukraine, le temps de trouver une solution de sortie au fantasme américain. Le fait que ce soit les Républicains qui portent le fardeau du gel enlève une épine du pied non pas des Démocrates mais de l’Amérique tout entière dont il ne fallait pas que le monde sût ou pensât que c’était elle-même qui ne voulait plus avancer le blé de la guerre. Mais comment et pourquoi donner des dizaines de milliards de dollars supplémentaires aux Ukrainiens pour un résultat dont la nullité est connue à l’avance ? Enfin résultats nul si on ne compte pas la quantité négligeable que représente aux yeux des Occidentaux les 500. 000 morts Ukrainiens en deux ans d’un dubius battle comme le dirait, l’honnête-homme et non moins américain Steinbeck.
La technique de sortie caressée par les Américains pendant cette pause dite Stalmate consiste à dégommer Zelinsky après l’avoir démagnétisé. Cet acteur robot branché sur le compteur financier américain a été débranché, mais sa batterie embarquée a une certaine autonomie. Pour le démagnétiser l’Occident doit le diaboliser afin de le charger de tous les torts de l’aventure ukrainienne et son échec baptisé Stalemate. L’occident doit faire de Zelinsky le bouc émissaire de l’échec de ses propres fantasmes d’injustice hégémonique. Mais tout le casse-tête politico-médiatique de l’Occident est là : comment diaboliser l’homme qui, il y peu, faisait, encore la une du Time Magazine américain en qualité de l’homme de l’Année ? Comment diaboliser l’homme que la presse occidentale comparait pince sans à Churchill ? En un mot : Comment diaboliser Churchill, c’est toute l’énigme du Stalemate…
Alan Basilegpo
