Réalité Africaine : la Jeunesse Face au Dilemme des Deux Miroirs


Il faut croire que l’Afrique est si invivable, si difficile, si biologiquement aride et sociologiquement infertile pour que des jeunes Africains, investissent jusqu’à 5000 dollars et plus pour la fuir, la quitter pour d’autres cieux plus prospères, où ils espèrent une vie meilleure ; et chemin faisant, tombent  dans les pièges de l’esclavage par les Arabes, au Nord du continent que nous avons faussement en partage, ou dans les Abymes mortelles de la Méditerranée.

Mais il faut que l’Afrique soit vraiment désespérante et désespérée, exsangue  et stérile, pour qu’avec  5000 dollars un jeune ne puisse songer de façon dignement endogène créer sa vie et son espérance, se prendre en mains, sans être attiré par les sirènes d’une Europe décadente, et les miroirs aux alouettes d’un Occident aussi riche que barbare, qui n’a jamais brillé par son amour des Noirs !

Il est vrai que toutes les conditions de l’immigration sont réunies. Les jeunes, au lieu d’être éduqués dans leurs langues maternelles ou nationales, sont éduqués dans la langue du colon ou du néo-colon : anglais, français, espagnol, etc. Ce qui les conditionne culturellement, psychologiquement et intellectuellement à se penser plus proches de ceux dont ils parlent la langue que d’eux-mêmes — une prédisposition à l’extraversion. Même si la Chine avait été aussi proche et aussi riche que l’Europe, Il n’est pas sûr que les jeunes Africains eussent aussi massivement pris d’assaut ses côtes et ses frontières, comme ils le font pour l’Europe – justement en raison de la barrière linguistique. De plus, dans le cas de l’Afrique francophone, l’économie est verrouillée par un système monétaire en trompe-l’œil, la monnaie de singe nommée CFA qui émascule toute ardeur économique, décourage l’investissement et l’exportation. Sans compter que les matières premières africaines sont volées, pillées, souvent sur fond de guerres attisées et entretenues par l’Occident. L’absence d’une politique nationale conséquente qui prenne en compte les réalités démographiques et sociales, le fait de croire que l’inaction, voire le refus d’agir en ces domaines n’auraient aucune conséquence. Bref, cette manière infantile qu’ont les dirigeants africains de rester figés dans le présent sans penser à l’avenir constitue le cocktail d’une bombe à retardement auquel l’engagement dans les hordes terroristes d’une part et le choix de l’aventure migratoire d’autre part, constituent les deux exutoires désespérés ou fantasmatiques.

Toutefois, dans le fond, le problème de la jeunesse africaine est ailleurs. Bien sûr, elle paie cash plus de 60 ans de fausse indépendance, de néocolonialisme, et de gouvernance toxique d’une élite corrompue vendue aux intérêts des Blancs. Mais, par-dessus tout, les jeunes qui viennent mourir en Méditerranée ou qui s’enlisent dans le désert du Sahara en proie à l’esclavage des Arabes, fuient-ils réellement la misère ou se fuient-ils eux-mêmes ? Ne trahissent-ils pas d’abord et avant tout le refus de se regarder dans le miroir de l’Afrique ? Entre le miroir aux alouettes de l’Occident et le miroir endogène de Mère Afrique n’ont-ils pas fait leur choix aveugle ? Le drame de la Jeunesse Africaine : se fuir soi-même en croyant fuir l’Afrique…

Aminou Balogun