France/Mali : En Attendant Gbagbo

Pourquoi le Coup d’Etat au Mali Laisse la France Groggy

Sans être vraiment surprise par le coup d’Etat intervenu au Mal cette semaine, la France n’en est pas moins sonnée. Cette issue, quoique prévisible, la laisse groggy. Elle cherche ses marques, et prépare la bonne contre-attaque parmi des schémas classiques à l’efficacité historiquement rôdée.

Tous ces schémas tournent autour de la division ethnique et religieuse. Mais au Mali, l’exploitation de cette veine s’avère plutôt ardue. Ce filon est facile dans les pays du golfe de Guinée comme le Togo, le Bénin, la Côte d’Ivoire ou même un pays anglophone comme le Nigeria où la France s’y essaya avec la guerre de Biafra, Dieu merci sans succès. Dans ces pays qui ont leurs pieds sur la côte atlantique et la tête dans le nuage sahélien, il  est très facile de réaliser le schéma fétiche de l’opposition Nord/Sud qui sert la cause de la colonisation ; d’autant plus facile, qu’étant à l’origine de la création de ces colonies faites de bric et de broc, les Français savent mieux que quiconque sur quels leviers agir pour atteindre leurs fins machiavéliques. Dans ces pays du golfe de Guinée à l’opposition ethno-religieuse très marquée et chargée de passions irréductibles — les Occidentaux n’ont-ils pas eu beau jeu de parquer dans le même enclos des peuples aussi différents que des Danois et des Marocains, comme s’ils étaient des bêtes ?  d’où la prodigieuse facilité de recruter et d’opposer les Eyadema aux Olympio, les Maga aux Ahomadegbé, les Ouattara aux Gbagbo, etc…

Mais tel n’est pas le cas du Mali où ce schéma a du mal à prendre racine. D’abord parce que le Mali est un pays à dominance musulmane sunnite ; ensuite sa forme géographique équilibre son extension longitudinale et latitudinale, de sorte que la variété ethnique n’est pas une fonction à forte pente de la longitude Nord/Sud comme c’est le cas des pays du Golfe de Guinée.

Bien sûr, il y a le problème touarègue, qui instaure une dichotomie politico-régionale héritée du passé et malheureusement mal gérée jusqu’à présent. Et, d’une certaine manière, le double jeu de la France, à peine caché, consistant à soutenir d’une main les terroristes outre-Kidal et de l’autre à voler au secours du Mali et du Sahel est une variété de la méthode divisionniste qui lui a réussi ailleurs, du Congo au Togo, en passant par le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire.

Mais cette opposition frontale de la majorité négro-africaine des Maliens à leur frères Touaregs du Nord qui, en dépit de leur faciès et de leur culture différents, ne laissent pas d’être des musulmans, quoique coûteuse et risquée géopolitiquement n’entre pas dans la même note du conditionnement politique que la France a su jouer ailleurs en Afrique noire. Et pourtant, parmi les Négro-africains du Mali pour la plupart musulmans, ce n’est pas les Ouattara qui manquent. IBK qui vient de tomber en est un exemple. Et la France ne désespère pas d’en recruter, mais son véritable problème c’est la pénurie ou plus exactement la rareté des  Gbagbo qui auraient fait l’affaire d’une opposition tranchée et politiquement féconde. Et en attendant de trouver ce Gbagbo, la France reste sonnée, groggy ….

Aminou Balogun

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