Nigeria : Buhari et la Lugubre Éloquence des Massacres Terroristes

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Au Nigeria, que n’entend-on parler souvent des massacres de populations sédentaires chrétiens et/ou animistes, perpétrés par les bergers peuls nomades musulmans ! Le fléau ne date pas d’hier, mais depuis l’avènement de la Démocratie dans les années 1990, il a pris une tournure qui varie en fonction de la situation politique au sommet de l’État  fédéral. Et cette variation attestée et révélée par les statistiques, peut donner à réfléchir sur la rhétorique des massacres comme expression dramatique de la condition politique des Africains.

Par exemple, déjà sous Jonathan, un président chrétien issu d’un groupe ethnique minoritaire du sud pétrolier, les massacres retentissaient atteignant parfois une violence alarmante. En effet, les massacres, qu’ils soient  perpétrés par les bergers peuls ou par le groupe terroriste Boko haram, en tant que tueries ethniquement motivées au Nigeria, sont politiquement éloquents. Dans ces deux  cas auxquels M. Jonathan a eu à se confronter et qui se sont consolidés sous son pouvoir, on ne peut pas sous-estimer l’effet d’une sourde contestation de sa personne par une partie de la population, qui estime à tort ou à raison, qu’il a «  pris le tour » d’un des leurs, prématurément décédé,  ou pire encore, qui exècrent de voir au pouvoir ce chrétien originaire d’une région du delta d’autant plus haïe et méprisée qu’elle est la  source de la manne pétrolière qui fait vivre l’ensemble du pays. On comprend donc pourquoi sous le gouvernement de Jonathan, les exactions de ces deux catégories de terroristes se sont intensifiées. En l’occurrence, sous Jonathan,   dans le cas des bergers peuls, les raids se sont multipliés avec un nombre de victimes et une intensité croissants au fur et à mesure que s’approchaient 2015, l’année où M. Buhari, alors candidat déclaré à la présidence, allait finir par lui succéder. Une alternance remarquable dont il faut signaler au passage la civilité et le fairplay démocratiques.

Aussitôt Buhari élu, et pendant une période de deux ans à peu près, on assista à une accalmie dans les  tueries perpétrés par les bergers. Le nombre de leurs raids meurtriers baissa ainsi que leur violence et le nombre des victimes. L’opinion nigériane et africaine poussa un ouf de soulagement. Les gens se prenaient à rêver d’une ère d’entente cordiale, ou à tout le moins d’un gentleman agreement entre les bergers peuls musulmans et leurs cibles meurtrières ataviques, les sédentaires chrétiens et/ou animistes du Centre et du Nord du pays. Mais, dès 2018, soit à une année de l’élection présidentielle mettant en concurrence le fauteuil de Buhari,  — un Peuhl musulman du Nord lui aussi – la rage de tuer de ses congénères bergers reprit du service. Les raids meurtriers reprirent du poil de la bête. Les tueries se multipliaient jour après jour, semaine après semaine, mois après mois dans une furie aussi haineuse que sanglante. Leur irrépressible fureur consacrait l’impuissance des pouvoirs publics à les prévoir, à les endiguer, ou à identifier et poursuivre leurs auteurs devant la justice. Et, il n’est pas jusqu’à certaines déclarations du président Buhari lui-même, prononcées au plus fort des tueries et  tendant à minimiser ou relativiser leur gravité qui ne contribuassent à jeter le trouble dans les esprits quant aux motivations stratégiques des massacreurs peuls.

Les tueries, tel un feu de brousse, se propagèrent un  peu partout dans le centre du pays et s’intensifièrent ; de par leur constance et l’accumulation croissante des victimes indistinctement fauchées, elles prirent l’allure inquiétante d’un génocide savamment orchestré. La tension atteignit son pic de barbarie à la veille de l’élection présidentielle qui allait assurer le retour au pouvoir de Monsieur Buhari. Aussitôt après cette réélection obtenue à coup de violences et de fraudes systématiques, les massacres cessèrent comme par enchantement du jour au lendemain. La tension naguère vive entre les bergers peuls et les sédentaires du centre du pays baissa de façon notable. Cette accalmie, qui dure depuis le début du second mandat de  M. Buhari, peut être mise au compte de l’efficacité des mesures de sécurité prises par son administration, mais alors pourquoi la situation sécuritaire du pays reste-t-elle préoccupante dans les autres secteurs, y compris celle de l’activité de Boko haram ?

Vu d’ici, calmement et sans esprit de polémique, on ne peut pas ne pas remarquer le parallélisme du rythme et de la violence des massacres avec l’inquiétude politique des Nordistes  et surtout des Peuls musulmans quant à l’arrivée et le maintien au pouvoir de  leur idole,  Buhari.  Ce lugubre parallélisme semble aujourd’hui dénié et tenu pour un non-événement, et la vie continue en attendant qu’il ne reprenne du sens et du service, au gré des schémas politiques ou électoraux qui se profileront.

Ainsi va la vie politique en Afrique!

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