Le Mythe de la Philanthropie

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À propos de : Anand Giridharadas, Winners take all. The elite charade of changing the world, Penguin Random House

À l’heure de la montée des inégalités, les élites philanthropes prétendent vouloir « changer le monde ». Anand Giridharadas montre qu’elles ne font en fait que détourner le changement social dans leur propre intérêt, refusant de bouleverser le système qui les a consacrées.

Le livre d’Anand Giridharadas, écrivain américain et éditorialiste au New York Times, offre une plongée dans les coulisses des élites philanthropes qui se présentent comme les « sauveurs du monde ». Dans une fresque vivante, où l’auteur égrène des portraits – de mécènes, de thought leaders, d’universitaires, d’hommes d’affaires, de start-upers etc. –, rendant le récit particulièrement incarné, le lecteur suit toutes ces élites good-doers (qui veulent faire le bien), leurs trajectoires, leurs dilemmes, leurs difficultés, et la manière dont ils entrent, participent ou doutent d’un système qui contribue au maintien, voire au renforcement des inégalités.

L’auteur défend une thèse claire, et particulièrement à charge : ces élites philanthropes, qui participent grandement à cette montée des inégalités par la manière dont elles accumulent, protègent et développent leur capital, prétendent « changer le monde » sans changer le système, c’est-à-dire sans rien perdre de leurs privilèges. Ce désir paradoxal les amène à mettre en place une véritable mythologie (« charade  ») pour justifier et légitimer leurs pratiques, détournant (« hijacking ») le changement social dans leur propre intérêt et empêchant ainsi un changement systémique et structurel qui pourrait être mis en œuvre par les institutions publiques et démocratiques.

La publication de cet ouvrage s’inscrit dans un double contexte. Tout d’abord, il paraît à un moment particulier de questionnement – voire de remise en question – de la philanthropie, tant par les chercheurs – par exemple Rob Reich [1], Julia Cagé [2] ou Linsey McGoey [3] – que par l’opinion publique, comme l’ont montré les critiques (certains parlent de «  backlash » ) qui ont émergé lors de l’afflux de dons pour la reconstruction de Notre-Dame, et d’une certaine manière, encore plus récemment, par la puissance publique. Il s’inscrit plus largement dans une période de crise politique et démocratique, question que Giridharadas aborde pleinement en la reliant à celle de la philanthropie, interrogeant, à l’heure de la montée des mouvements contestataires (comme celui des Gilets Jaunes) et des nationalismes et/ou populismes, le fossé grandissant qui sépare les élites du reste de la population.

« Changer le monde » : la construction d’une « mythologie »

Giridharadas part d’un constat : la montée des inégalités. Si les États-Unis ont connu, au XXe et au début du XXIe siècle, croissance, innovation et progrès, ces éléments semblent ne profiter qu’à une toute petite fraction de la population, laissant derrière la majeure partie du peuple américain. Depuis les années 1980, le revenu avant impôt des 1% les plus riches a plus que triplé, tandis que les revenus de la moitié la moins favorisée – plus de 117 millions d’Américains – sont restés les mêmes. Se creuse ainsi le fossé qui existe entre les élites (les «  winners  ») et les populations.

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