Bénin : Ce qui Choque dans le Holdup- 2.0 que Prépare Talon

blog1.jpg

Les Béninois qui voient venir à grands pas le holdup électoral mijoté par Talon, sont sous le choc, et n’en croient pas leurs yeux. Et pourtant, en matière de Holdup électoral, ils n’en seront pas à leur première. Nous usons du futur ici, car nous aussi nous ne voulons pas y croire et espérons une intervention providentielle du bon sens, cette chose qui, selon le philosophe, est la mieux partagée parmi les hommes.

En effet en 2011,  Yayi Boni qui aujourd’hui chapeaute la résistance au coup de force de son successeur polémique a fait un holdup de sinistre mémoire, qu’on a appelé le K.-O électoral. Celui-ci a consisté à voler l’opposition à la présidentielle de sa victoire ; et pour la première fois sous le Renouveau Démocratique, l’élection du Président n’a pas eu de second tour. Ce coup de force a été réalisé par jeux d’écriture,  achats de conscience à divers niveaux institutionnels, par fraude, bourrage des urnes, et toutes sortes d’irrégularités et de malversations dont certaines étaient pour le moins rocambolesques, voire même des crimes de sang comme l’assassinat préventif de Dangnivo. Ces irrégularités et malversations font partie de la panoplie de la démocratie des apparences et du fait accompli, celle pour qui compte moins le candidat  élu par le peuple que celui qui a la faveur des « grands électeurs ». Parmi ces grands électeurs, tiennent une place de choix les Présidents des institutions clés comme la CENA et  la Cour Constitutionnelle…

Yayi Boni a donc commis ce coup en 2011 avec la complicité active du Président de la CENA de l’époque, M. Joseph Gnonlonfoun – un homme dont il faut noter la cohérence dans le mal, puisqu’il est aussi soutient du holdup en cours – du Président de la Cour Constitutionnel, M. Robert Dossou dont l’attitude critique aujourd’hui vis à vis de ce qui se passe est aussi honorable qu’éthiquement incohérente. En plus de ces deux hommes clés, dont on imagine qu’ils n’ont pas fait le sale boulot pour les beaux yeux de Yayi, il faut noter que les milliards engloutis dans ce premier holdup ont servi aussi à acheter le silence ou la complicité d’une partie de la classe politique, jusques et y compris dans l’entourage du candidat de l’opposition, où le retournement de veste s’est monnayé en dizaines voire en centaines de millions !

La chose a donc fonctionné comme une piqûre de venin, à laquelle le régime d’alors a essayé ou promis de trouver des antidotes. L’un de ceux-ci a consisté en la promesse de la tenue d’une mini-conférence  nationale dont le projet était patronné par l’un des manitous du régime, Monsieur Albert Tèvoédjrè.  Mais très vite, la chose a tourné en  eau de boudin, parce que grosse de dangers politiques imprévisibles, vu que dans son principe, elle correspondait à un aveu de culpabilité.

Les Béninois on vécu ce sinistre précédent du holdup1.0. Le temps est passé sur les événements, et très vite ils ont repris leurs esprits et considéré que la Démocratie était toujours bien en vie. Or, maintenant, se profile un autre holdup, ce que nous appelons le Holdup2.0 de Talon – rappelons que Talon était aussi complice du précédent, mais en coulisse – et tout le monde est sous le choc, comme s’il s’agissait d’un événement inédit dans l’histoire du Renouveau Démocratique. On crie à l’assassinat de la Démocratie, persuadé qu’elle est toujours vivante et que le holdup1.0 n’était qu’une égratignure qui a vite cicatrisé. Mais cette vue est sujette à caution et on peut soutenir que ce que Talon est  en train de faire maintenant est inspiré de l’intime conviction d’une mort lointaine de la Démocratie. Le cabri est mort depuis  et quelqu’un sort  le couteau et tout le monde crie au tueur de cabri. Pourtant, comme le disait  Yayi, « cabri mort n’a pas peur du couteau. »

Oui, la question de savoir si la Démocratie béninoise est en vie ou non au moment où Talon s’en prend à elle n’est pas une question spécieuse. Dans aucun pays démocratique au monde, aucun dirigeant démocratiquement élu ne s’est jamais joué de la Démocratie comme Talon se prépare à le faire au Bénin. Les gens ont pu faire des putschs qui mettent fin à l’expérience démocratique. On peut aussi ne pas organiser les élections, et par-là violer la constitution. Mais on ne peut pas abuser du formalisme démocratique pour organiser des élections auxquelles un seul parti est autorisé à participer. Le cas échéant, il s’agit d’un jeu macabre sur le formalisme de la Démocratie dont l’absurdité apparente amène à questionner son existence préalable.

Mais cette question subsidiaire ne doit pas occulter la question initiale, à savoir pourquoi bien qu’ils aient déjà vécu un holdup, les Béninois soient sous le choc de ce second, à commencer par ceux-là mêmes qui furent les instigateurs du premier ?

Eh bien, au moins deux raisons expliquent ce désarroi ! La première est que Talon  a annoncé ce qu’il veut faire. Ce n’est pas sur les résultats des élections que porte le Holdup2.0 mais sur la participation. C’est comme si en 2011, Yayi Boni interdisait la participation de Monsieur  Houngbédji aux élections sous des prétextes farfelus passablement  administratifs et lui substituait un comparse, avec lequel, comme Kérékou et Amoussou jadis, il s’entendrait à faire un match amical. Or loin d’un match amical qui permet à deux équipes de s’affronter, Talon supprime l’équipe adverse et la remplace par les réservistes de son équipe. Et c’est  le tollé général !

L’autre raison est que les élections législatives sont des élections locales étendues à l’échelle nationale. Ce sont les élections des représentants du peuple. Qu’on fasse des magouilles au niveau présidentiel avec un seul homme passe encore, mais qu’on exclue le peuple dans des élections où 83 de ses représentants seront élus, voilà qui tient à la fois de l’affront du mépris et de la provocation.

Ce qui choque surtout les Béninois c’est le fait qu’ils sachent à l’avance ce qui va se passer, que l’opposition n’ira pas aux élections, qu’un seul parti y est autorisé – le parti du président, et peu importe s’il est scindé en deux ou en quatre.

Mais le caractère populaire du choc tient au fait qu’il s’agit d’élections législatives, c’est-à-dire des élections du peuple par excellence, celles qui sont destinées à contrebalancer le pouvoir du Président sur lequel, en amont ou en aval, le peuple n’a aucune prise. D’où le sentiment d’une mort prochaine de la Démocratie. Et toute la question polémique que soulève ce sentiment eu égard au holdup précédent est de savoir si cette mort est prochaine ou passée.

Alidou Kojovi

copyright5

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s