France : J’étais Noir

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Tout à l’heure, je faisais la queue à la caisse d’un hypermarché célèbre. C’était une caisse réservée ; sous-entendu aux handicapés, femmes enceintes,  ou personnes âgées, etc…  A cette heure-là, le magasin était bondé et la caisse réservée était l’une des moins longues. Soit les gens  prenaient le mot « réservé » dans son sens fort et n’y allaient pas, ou  bien qu’avertis sur la priorité de ceux à qui elle était réservée, d’autres y allaient quand même, prenant leur risque.

Donc en y allant, je savais que je n’étais pas à l’abri du débarquement inopiné d’un « ayant droit ». Effectivement après deux ou trois minutes de queue, je vis surgir derrière moi un vieux Monsieur passablement septuagénaire.  Blanc et français, le Monsieur, dont le handicap ne sautait pas aux yeux, était flanqué d’une dame aux allures d’auxiliaire de vie. La dame poussait le caddy du vieux sur le côté, et je n’eus pas besoin d’un dessin pour savoir qu’ils faisaient partie de ces ayant-droit dont parlait la note affichée tout juste devant la caisse. Sans me faire prier et avec sourire, je les invitai à passer  devant moi. Ce qu’ils firent avec le naturel de ceux qui ne demandaient pas mieux. Mais il se trouve que, avant d’accéder à la caisse, il fallait que ce couple de nécessiteux franchît un dernier obstacle : le Monsieur qui était devant moi et qui, comme moi, n’avait que deux ou trois articles.

Là aussi, bien qu’il eût paru jusque-là renfermé voire rébarbatif, l’homme ne se fit pas prier et céda sa place au vieux Monsieur.

Cette bienveillance de l’homme « rébarbatif » ne laissa pas le septuagénaire indifférent, et il le remercia. Le vieux Monsieur passa donc devant et, quand il eut posé ses achats sur le tapis, remercia à nouveau son bienfaiteur.

L’insistance à remercier prouve que le vieux Monsieur était un   honnête homme qui ne se reposait pas seulement sur le droit mais comprenait qu’au-delà du droit, il y avait la compréhension, la bonne volonté, la courtoisie, bref l’humanité des gens sans laquelle le droit lui-même ne résoudrait pas grand-chose.

Or, il y a un point noir dans ce raisonnement.  En effet, si cette déduction était exacte pourquoi le vieux Monsieur ne m’avait ni souri encore moins remercié alors que j’étais le premier à lui avoir cédé ma place, et à l’inviter chaleureusement à passer devant ?

La réponse est simple : j’étais Noir et je ne méritais pas de courtoisie ni de reconnaissance. Selon les évidences naturalisées dans ce beau pays des droits de l’Homme, le plus curieux est que je tente ici d’en faire cas, sinon de m’en indigner.

Alan Basilegpo

Pourquoi les Blancs ne sont pas Intelligents

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