Afrique Noire : de la Continuité de la Résistance, depuis la Traite Négrière à Nos Jours

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La conférence de Berlin de 1885 au cours de laquelle les puissances européennes initient de concert le partage de l’Afrique a, on le sait, déclenché leur ruée vers le continent, objet de toutes les convoitises. Sur ce sujet, l’historiographie coloniale a répandu pendant longtemps le mythe d’une Afrique noire conquise sans trop de mal et pacifiée à bon escient ( à la différence par exemple d’un Abdel-Kader en Algérie) ; les peuples locaux se seraient trouvés enfin délivrés par la «  paix coloniale » des luttes intestines que se livraient les petits potentats locaux toujours prêts à razzier esclaves et bétail aux dépens de leurs voisins.

En vérité, comme le montre le regard africain rénové sur l’histoire du continent, la résistance à la conquête coloniale a été farouche et quasi-générale, avec une insistance particulière sur les grandes luttes de l’Afrique précoloniale. Malgré le déséquilibre des forces, des mouvements insurrectionnels se déploient contre les colonisateurs sur l’ensemble du continent.

En Afrique de l’Ouest, les Français se heurtent à l’épopée Toucouleur d’Omar Tall (1852 -1864) et de son fils Amadou. Mais la résistance la plus farouche fut celle de Samori Touré dont l’empire Mandingue tint tête au colonisateur français de 1872 à 1898. Au Dahomey, les Français eurent maille à partir avec  le roi Béhanzin qui les combattit sans concession pendant 4 ans (1890-1894). Après sa défaite et une longue période de maquis, Béhanzin fut exilé en Martinique où il continua la lutte sous forme politique et épistolaire jusqu’à sa mort en 1906 à Blida en Algérie.

Les Anglo-Saxons – Anglais et Allemands ne furent pas mieux lotis. Les premiers durent affronter la résistance farouche des Ashanti du Ghana ( 1874 – 1900). Ailleurs en Afrique, les armées britanniques affrontèrent les hommes du Mahdi Ibn Abd Allah au Soudan. Les Troupes allemandes doivent faire face à la résistance des Bakweri menée par le chef Kuva Lykenye dans ce qui deviendra le Kamerun allemand. En Afrique Australe, les guerriers Zulu,  dirigés par leur chef Shaka, anéantissent un régiment anglais en 1879. La résistance armée des Hottentots, des Herero et des Nana contre la conquête allemande dure de 1903 à 1907 et se termine par un massacre de très grande ampleur.

De nombreux autres exemples et figures de résistance peuvent être cités en Afrique noire, notamment le Roi Menelek II dont la victoire sur les colonisateurs italiens, en 1896, fera de l’Ethiopie un espoir et une référence pour les autres résistants africains, d’une indépendance possible.

Ces vastes résistances militaires apparaissent comme les derniers sursauts de l’Afrique indépendante ; d’où la tentation de voir en leurs chefs ce que l’historienne française Catherine Coquery-Vidrovitch a appelé les « Vercingétorix Africains ». Mais cette apparence est trompeuse et relève plus d’une construction  idéologique que de la réalité. Car même après la conquête, si les Africains ont perdu la bataille de la colonisation, ils n’ont pas renoncé à l’espoir de leur libération. La résistance africaine n’a jamais dit son dernier mot, comme le montrent les nombreuses révoltes qui secouèrent les systèmes coloniaux de bout en bout, avec leurs cortèges de massacres et de crimes contre humanité perpétrés au nom de l’impératif de l’ordre et de la soumission absolue des colonisés.

Contre les excès et les contradictions de l’aventure coloniale, la résistance et l’insurrection, qu’elles soient collectives ou individuelles, ont été la réponse constante des Africains.

Même après les indépendances formelles, la résistance contre le néocolonialisme se poursuit et a ses héros dont certains ont nom : Patrice Lumumba au Congo, Sylvanus Olympio au Togo, Ruben Um Nyobe au Cameroun, Nelson Mandela en Afrique du Sud, Thomas Sankara au Burkina Faso, etc…pour ne citer que ceux dont la geste reste au-delà de toute polémique politicienne ou idéologique.

Blaise Aplogan, Sociologue, Ecrivain, auteur de Gbêkon, le Journal du Prince Ouanilo, Paris 2011

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