Peine Capitale pour un Homme qui a Tué le Petit Ami de sa Fille

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Récit de la Mère de la Victime

Le 21 mars 2018, une Haute Cour au Nigeria a condamné à la peine capitale un cadre retraité de la NNPC, M. Godwin Elewana, pour avoir tué Douglas Ojugbo, un jeune homme de 22 ans, soupçonné d’être le petit ami de sa fille. La mère du défunt, Mme Maria Ojugbo, une directrice au ministère de l’Agriculture de l’Etat de Cross River où a lieu le meurtre, partage sa douleur. On y apprend que le meurtrier, avec la complicité du commissaire était à deux doigts de faire passer la victime pour voleur à mains armées tué par légitime défense, et dont le corps, pour cette raison fallacieuse, avait été inhumé à l’insu de ses parents.  Le témoignage de Maria Ojugbo révèle comment la corruption est une seconde nature du fonctionnement institutionnel au Nigeria, et comment elle a gangrené les mentalités et les pratiques des acteurs à tous les niveaux.

Comment avez-vous entendu que votre fils a été tué?

Le 10 mars 2015, alors que j’étais au travail, j’ai reçu un appel de ma voisine à la maison qui m’a dit que mon fils était pensif et que je devais l’appeler pour qu’il ne sorte pas. Elle a dit que mon fils s’est plaint que quelqu’un, qui lui avait acheté son mini-ordinateur portable, a refusé de lui payer le solde et qu’il en était contrarié.

Parce qu’elle le connaissait, je l’ai persuadée de lui dire n’aller nulle part. À ce moment-là, j’ai continué avec mon horaire de bureau. A mon retour à la maison le soir, mon fils n’y était pas. J’ai demandé à mon voisin ce qui s’était passé et elle a dit qu’elle n’a pas pu  le calmer. Ma voisine a dit qu’elle a appelé son portable quelques minutes plus tard mais mon fils n’a pas répondu. J’ai aussi essayé, mais sans succès. Après un certain temps, j’ai dû appeler ma fille, qui réside avec son mari à Lagos, pour lui demander d’appeler son frère, mais il n’a pas non plus répondu aux appels de sa sœur. Ce premier jour, mon fils n’est pas revenu à la maison. Nous avons réfléchi à l’endroit où il aurait pu aller, mais nous étions incapables de le découvrir.

Que s’est-il passé le lendemain?

Le deuxième jour, son téléphone portable a été éteint et cela nous a inquiétés. Nous avions commencé à faire quelques démarches pour le chercher. Pendant que j’étais au bureau, la même voisine m’a appelée pour m’informer que je devais rentrer immédiatement. Elle m’a dit à brûle pourpoint qu’elle venait d’apprendre qu’un jeune homme avait été tué près de l’Autorité du bassin de la Cross River et que nous devions aller voir qui était cette personne. Elle a dit que des gens ont dit que le cadavre du jeune homme avait été emmené au poste de police. Mon mari et moi, nous sommes immédiatement allés au poste de police où nous avons attendu pour voir le commissaire. Tandis que là-bas, le tueur de mon fils (Godwin Elewana) est venu voir le commissaire. Quelqu’un, qui se trouvait sur les lieux de l’incident, a pointé du doigt Elewana, disant que c’était lui qui avait tiré sur le garçon en question. Mais parce que nous n’avions pas vu le jeune homme tué, nous avons jugé qu’il nous fallait porter plainte pour sa disparition auprès du commissaire. Lorsque nous sommes entrés dans le bureau du commissaire, le tueur est également entré, mais plus tard, il en est sorti par la suite.

Nous avons dit au commissaire que nous étions à la recherche de notre fils qui a quitté la maison il y a deux jours et que nous avons appris qu’un jeune homme avait été tué. Le commissaire a déclaré qu’il avait reçu un appel de détresse disant qu’un voleur armé avait été abattu et qu’il avait envoyé ses hommes sur les lieux pour récupérer le cadavre. Quand le cadavre a été apporté, le commissaire a dit qu’un simple coup d’œil a montré que le garçon était mort. Il a dit que parce qu’il n’avait nulle part où il pouvait garder le cadavre, il a dû appeler les autorités pour évacuer le cadavre pour l’enterrement. À ce moment-là, nous avons dit au commissaire que, où qu’ils aient enterré le jeune homme, nous aurions voulu le voir. Nous avons insisté pour que la police exhume le cadavre pour que nous confirmions si c’était notre fils. Ils nous ont emmenés au cimetière de Goldie et ont exhumé le cadavre. Et voilà, c’était le cadavre de Douglas (notre fils).

Qu’avez-vous fait lorsque vous avez découvert que le défunt était votre fils?

Naturellement, nous étions sous le choc. Parce que nous avons dit à la police que nous voulions seulement confirmer si c’était notre fils qui a été tué, ils se sont précipités pour le ré-enterrer après la confirmation.

[Ici, il est à relever la petite contradiction du récit, qui confine à un refoulement. Car il est curieux que des parents ayant reconnu le corps de leur fils abattu, acceptent de le laisser ré-inhumer sans demander à le retirer comme cela se doit. En vérité, tétanisés par le prétexte fourni par la police, les parents n’étaient pas très fiers de laisser se répandre la nouvelle que leurs enfants avait été tué alors qu’il essayait de cambrioler. Pour de hauts cadres très respectés dans leur communauté, cela passait mal ; raison pour laquelle vraisemblablement, ils ont agi comme s’ils voulaient dire, «  cachez-nous ce corps honteux que nous ne saurons voir ». Mais de cela, Maria Ojugbo ne fait pas état ici dans son récit, et il sied de le relever pour la compréhension logique de celui-ci]

Au troisième jour, les nouvelles ont circulé dans notre village et les gens sont venus en grand nombre. Nous sommes retournés au poste de police pour demander que le corps de notre fils soit à nouveau exhumé et nous soit rendu pour une sépulture décente. Le commissaire a accédé à notre demande et lorsque nous avons reçu le cadavre, nous l’avons emmené à l’hôpital universitaire de Calabar pour autopsie afin de déterminer la cause de la mort et cela a été fait. Quand la police a découvert que nous étions allés faire une autopsie, elle est devenue inquiète. À ce moment-là, ils ont demandé que nous nous présentions au poste de police pour faire une déclaration officielle. Mon mari a dit que c’était la personne qui l’avait tué qui devait d’abord faire sa déclaration.

Ils (la police) nous ont conduits à l’hôpital mais nous avons insisté pour que le cadavre soit gardé à la morgue. Finalement, certains policiers nous ont suivis jusqu’à chez nous et ont insisté que le commissaire voulait nous voir. Mon mari, à ce moment-là, leur a dit que son avocat les contacterait. Mon mari est juriste et travaille au cabinet Kanu Agabi. Ses collègues de bureau ont écrit une pétition à l’inspecteur général adjoint de la police en charge de la zone 6, au gouverneur de l’État de Cross River et à l’Assemblée de l’État. A la suite de quoi, le commandement de la police de la zone 6 est immédiatement passé à l’action.

Avez-vous essayé de voir le tueur pour demander pourquoi il a tué votre fils?

Au vu de la situation, nous nous sommes concentrés sur le commissaire qui nous a donné la permission d’exhumer le cadavre pour l’enterrer. Nous n’avons jamais envisagé comment atteindre le tueur. Cependant, lorsque le commandement de la zone 6 a pris le relais, ils ont contraint le commissaire à produire le tueur. Je ne l’ai jamais connu et je n’avais rien à faire avec lui.

Il a été allégué que votre fils avait des relations amoureuses avec la fille d’Elewana, appelée Mercy. Étiez-vous au courant de la relation?

Je n’ai jamais connu cette relation. Mais au cours de l’enquête, le policier enquêteur du commandement de la zone 6 a dit qu’il avait recueilli auprès des gens autour de la maison d’Elewana qu’ils avaient l’habitude de voir mon fils dans la concession avec sa fille. Il a un groupe de maisons autour de son bâtiment principal et les gens autour, qui sont ses locataires, ont dit que le visage de mon fils n’était pas nouveau dans le coin. J’ai découvert plus tard que la fille en question, Mercy, a fréquenté le même collège que mon fils et qu’ils avaient été amis à l’école.

Quel âge avait Douglas?

Il avait 22 ans quand il a été tué.

Avez-vous déjà vu la fille?

Oui, certaines parties ont été amenées au commandement de la zone 6 pour une enquête par l’AIG et j’ai découvert plus tard qu’elle était l’une des filles que j’ai vues. Elle est venue avec ses deux frères pour témoigner. Quand l’AIG a donné la parole pour les commentaires, l’un des locataires d’Elewana, qui était présent, a dit à l’AIG qu’elle était dans sa chambre quand elle a entendu Elewana crier: «Tenez-le, tenez-le. »

Elle a dit qu’elle est sortie et a vu un grand garçon courir vers Cross River Basin Authority et qu’elle a vu son propriétaire (Elewana) essayer de grimper à travers la clôture. Elle a ajouté qu’elle s’est précipitée hors de son appartement pour l’empêcher de poursuivre le garçon, mais qu’il l’a repoussée. Elle a dit qu’elle s’est ensuite retirée et quelques instants plus tard, elle a entendu des coups de feu.

Quelles leçons avez-vous tirée de toute l’affaire?

Je suis surprise que quelqu’un, qui est un père, prenne simplement la vie de l’enfant d’autrui pour protéger sa fille. Cela signifie-t-il que les autres parents n’ont pas de valeur pour leurs enfants? La chose qui me confondait était qu’en présence d’autres personnes, il (Elewana) était si intrépide de tuer l’enfant de quelqu’un et d’aller de l’avant pour appeler la police pour enterrer le cadavre. C’est choquant.

Que pensiez-vous pendant toute la période du procès?

Ce que j’avais à l’esprit était que même si je ne verrai plus mon fils vivant, surtout avec la méchanceté affichée par l’homme quand l’affaire était en cours, j’ai prié avec ferveur que  justice soit faite pour qu’au moins, je sois soulagée. Notre Dieu est un Dieu de justice.

Quel est votre souhait maintenant que Elewana a été condamné à mort par pendaison?

Mon gouverneur, le professeur Ben Ayade, tel que je le connais, a un cœur humain et je lui fais confiance pour signer ce mandat de mort afin que le processus judiciaire soit terminé. Je ne pense pas que le gouverneur Ayade sera retenu par le sentiment de ne pas signer cet arrêt de mort. Laissez Elewana mourir conformément au dicton biblique selon lequel celui qui tue par l’épée doit mourir par l’épée. Elewana va mourir parce qu’il a tué quelqu’un.

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