Tueries des Bergers Peuls au Nigeria : Quand les Maux s’Installent dans les Mots

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L’agenda secret des hommes politiques est souvent trahi par les mots qu’ils préfèrent utiliser plutôt que d’autres pour exprimer, décrire ou désigner les événements marquants ou conflictuels de la vie collective.
Au Nigeria, le Gouvernement Buhari pince sans rire appelle « clash entre bergers et fermiers » les tueries barbares et récurrentes auxquelles se livrent les bergers peulhs sans états d’âme. Soit dit en passant cette désignation se tait volontiers sur le fait que les victimes sont souvent chrétiennes, tandis que les tueurs sont toujours musulmans et peuls ; les victimes sont souvent du centre et du Sud du pays, tandis que leurs assassins sont toujours des Peuls du Nord.
Mais à considérer l’expression en elle-même, outre ses silences et omissions volontaires, son sens explicite et immédiat trahit une dénégation de la réalité qui frise la complicité criminelle.
Si un voleur entre chez un homme, viole sa femme et tue son fils avant de s’emparer de ses biens, a-t-on idée d’appeler cet acte barbare un « clash entre propriétaire et voleur » ?
Un homme politique bigot et antique comme Buhari tient son idéologie du passé. Le laisser faire et l’impunité dont jouissent les bergers peuls sous son gouvernement trahissent le discours intolérant de la conquête territoriale sur fond de la haine des autres. Le fait de placer la vie des êtres humains plus bas que celle du bétail va de pair avec cette idéologie surannée de la haine conquérante. Ces tueries ont beau prendre comme prétexte l’accaparement des espaces de pâturage et être le fait de bergers incultes, il reste que leur traduction politique prend sont inspiration dans une filiation idéologique venue du passé : l’idéologie conquérante d’Ousmane Dan Fodio.
Et quand ont appelle « clash entre bergers et fermiers » des tueries barbares et inhumains qu’on a laissé faire en tant que responsables de l’Etat et de la sécurité des citoyens, c’est qu’on s’est déjà installé dans cet agenda idéologique enraciné dans le passé.
Les maux s’installent avec les mots.

Aminou Balogun

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