Publié dans Essai, Haro

Roger Gbégnonvi, l’ombre de Voltaire et la Lumière de Béhanzin

cossi-bio-osse3Il  faudrait nettoyer au karcher la scène intellectuelle de l’Afrique de quelques acteurs putatifs qui, sous prétexte de faire œuvre de déconstruction radicale, empoisonnent la pensée de considérations à l’emporte-pièce, d’amalgames et d’analyses non dégrossies, qui pèchent par anachronisme et décontextualisation forcenés.

Le Béninois Roger Gbégnonvi a un air de famille avec ces acteurs africains douteux. En effet, la compulsion auto-flagellante de l’ex-ministre et professeur à l’université de Calavi a encore frappé, dans une tribune où il dénigre Béhanzin, disqualifié à ses yeux comme héros. Pourquoi ? Eh bien parce que ce roi aurait, dit-il, continué à vendre clandestinement des esclaves après l’abolition de l’esclavage.  Raisonnement spécieux et paralogisme délirant. C’est comme si, Yayi Boni étant la calamité présidentielle que tout le monde a connu au Bénin, on devrait disqualifier tous ses hérauts, ses chantres et Ministres au premier rang desquels se trouve Monsieur Roger Gbégnonvi lui-même.

Outre le caractère anachronique de ces appréciations dont Roger Gbégnonvi est coutumier ( il avait déjà vomi les mêmes insanités sur le roi Adandozan dont il a mis en doute et dénigré le rôle de précurseur dans l’abolition de l’esclavage), l’aveuglement sélectif tenace et la bonne volonté intellectuelle douteuse de l’inénarrable chroniqueur a de quoi révolter. Révolte d’autant plus justifiée méthodologiquement lorsqu’on met en regard la frénésie servile avec laquelle le rhéteur Gbégnonvi fait référence volontiers à ses héros littéraires que sont Voltaire ou Goethe, etc. qu’il est si heureux et fier de citer souvent d’ailleurs plus que de raison. Si Béhanzin est à déchoir de son piédestal de héros africain parce qu’il vendait clandestinement  des esclaves, un intellectuel africain digne de ce nom, qui a de la jugeote et « qui pense », comme le dirait Aimé Césaire, doit-il encenser ou citer un Voltaire qui, à l’instar d’autres célèbres auteurs ou héros occidentaux avaient de juteuses actions dans les compagnies négrières avec lesquelles Béhanzin ou ses ancêtres traitaient ?

Dans une nation, une communauté ou un continent, un héros est une construction utile ; et à ce titre, il est fait d’ombre et de lumière. Dieu est le seul héros qui n’a pas d’ombre. Aucune logique ou idée aliénée ne nous fera jeter nos héros aux chiens ou aux ordures pendant que ceux du pays desquels viennent ces idées ou ces logiques conserveraient les leurs. Béhanzin a sa part d’ombre, comme Napoléon ou De Gaule. Nous retenons sa part de lumière. La bêtise seule est à rejeter dans l’ombre, à commencer par la bêtise intellectuelle.

Prof. Cossi Bio Ossè

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2 commentaires sur « Roger Gbégnonvi, l’ombre de Voltaire et la Lumière de Béhanzin »

  1. Et pourtant il y a dans cette « sortie » de Gbégnonvi, matière à réflexion et détermination fécondes: car conclut-il…
    « Conscients de cette vérité, nous n’avons plus que deux tâches à faire : laisser Dieu et les dieux à leur indifférence, prêtres et prêtresses à leurs élucubrations, les Ancêtres à leur néant ; et maintenant, nous atteler à la tâche de relever le défi de notre présence active et créatrice au monde. Aujourd’hui. « 

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