Publié dans Essai

Macron à Ouaga, comme naguère Obama à Accra : les dessous d’un Tango Colonial

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Emmanuel Macron et ses faiseurs restent fidèles à leur modèle, Obama, y compris dans leurs transactions médiatiques avec l’Afrique.

On se souvient, pour son premier voyage sur le continent, Obama avait choisi le Ghana, pays de Kwame Nkrumah, panafricaniste et chantre de l’unité de l’Afrique, dans l’élimination politique duquel, le rôle des Etats-Unis est loin d’être marginal. S’il n’y a pas pour ainsi dire de néocolonialisme américain en Afrique,  l’influence et  la domination africaines des États-Unis sont  largement sous-traitées par des puissances européennes  colonisatrices historiques avec lesquelles tous les pays capitalistes, plus ou moins blancs, s’entendent comme larrons en foire pour piller le continent noir, sans pitié, s’abritant derrière la barrière émotionnelle de la différence raciale.

A son tour,  pour sa première visite officielle en Afrique, Macron met les pieds dans ceux de son subtil modèle Obama. Il choisit le Burkina Faso comme premier pays d’entrée officielle sur le continent, même si le gros morceau est réservé au pré carré ivoirien. Ce choix évite de se placer sous le signe traditionnel des prés carrés – qu’ils soient économiques comme la Côte d’Ivoire, ou historiques comme le Sénégal, pays éponyme des « Tirailleurs » et du président grammairien académicien Senghor.

Mais, comme dans le cas du Ghana pour Obama, le choix du Burkina Faso par Macron s’inscrit dans une démarche de déculpabilisation par rapport aux forfaits néocoloniaux du passé, absoudre les violences politiques du passé en instrumentalisant l’image positive d’un héros national et continental. En l’occurrence, il s’agit de  la figure de Thomas Sankara, tombé au champ d’honneur de la lutte pour la dignité et l’intégrité de son pays, et par-delà, l’Afrique toute entière. Un lâche assassinat dans lequel et la France et celui qui restera longtemps son ludion, Blaise Compaoré, sont logiquement montrés du doigt.

Après avoir  osé dire – même si c’est du bout des lèvres et pour des raisons stratégiquement électorales – que la colonisation était un crime contre l’humanité, en cette période où la conscience du mal néocolonial est plus que jamais aiguë dans la jeunesse africaine portée par les réseaux sociaux et  les nouveaux média, il était de bon ton pour le soi-disant jeune président français de prendre de l’initiative, et de montrer qu’il est au même diapason que la jeunesse africaine – une sorte de « Je vous ai compris ! » adapté au cri de libération du néocolonialisme que pousse la jeunesse africaine.

En osant – si on ose dire –  venir au Burkina Faso dans le cadre de sa première visite officielle en Afrique noire, alors que pèse  sur la France  une grave accusation de responsabilité dans l’assassinat de  Thomas Sankara, le Président Macron prend le taureau par les cornes, et applique le principe selon lequel la meilleure défense est l’attaque. Manière aussi de dire que si l’ancien système – dont la caducité reste à prouver –  n’est pas irréprochable dans ses entreprises et politiques scabreuses en Afrique noire, lui, le jeune président – jeune du reste, comme le reste Sankara dans la mémoire collective du continent – n’a rien à se reprocher  dans l’assassinat de celui-ci.

L’ambigüité est entretenue entre son  innocence en tant que personne ou génération, et la France en tant qu’Etat, dans ce que cela suppose de continuité. Une continuité que défend Macron, dans la mesure où il n’abandonne pas le parti-pris de domination et d’exploitation de l’Afrique qui est au principe du colonialisme dont,  en tant que Président français, à un style près, il a le devoir sacré, à l’instar de ses prédécesseurs,  d’entretenir le vital flambeau.

Adenifuja Bolaji

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