Publié dans Débat, Essai, Movies

L’Afrique et le Sens du Sacrifice : Quand Calixthe Beyala y Perd son Latin

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Dans cette courte intervention – extraite d’une interview – Calixthe Beyala, l’enfant terrible du système littéraire de la françafrique, romancière franco-camerounaise de son état, parle à ses demi-frères restés en Afrique. Elle parle en français, langue du prédateur historique de l’Afrique. Le thème de sa parole est le sens du sacrifice. Elle dit ce que c’est, et comment il est la condition sine qua non de toute libération. Mélange de truisme et d’exhortation. Dans son discours, il va sans dire qu’elle adopte une posture pédagogique. Elle rêve, comme tout bon romancière qui se respecte, de transmettre un message, apprendre aux siens ce qu’ils doivent faire pour que l’Afrique se libère enfin. Noble intention, sans aucun doute. Mais ce qu’elle ignore, c’est la différence entre le sens du sacrifice et le latin. On peut apprendre le latin, mais on ne peut apprendre le sens du sacrifice, et bien naïf tout professeur putatif de ce sens. Le sens du sacrifice est inné. C’est un objet de mentalité collective. Il est ineffable,  au-delà  des mots, aucune langue ne le transmet, surtout pas la langue du prédateur historique, celui contre lequel ce sens du sacrifice est censé s’exercer.  Peuple ou individu, on l’a ou on ne l’a pas.

 Un survol anthropologique peut montrer l’existence de ce sens chez divers peuples. Et l’analyse philosophique attesterait qu’il n’est pas isolé, mais fait système avec d’autres valeurs, comme le courage, le lien social, l’amour de soi, l’amour du prochain,  la responsabilité, et l’intelligence collective. Par exemple, il va de soi que certains peuples asiatiques comme les Japonais, qui ont inventé le kamikaze et le seppuko, ( hara kiri) n’en sont pas dépourvus. En Afrique nous avons plutôt une conception transactionnelle du sacrifice, façon bouc-émissaire au sens propre ; on sacrifie volontiers l’autre, surtout l’animal, que soi-même.

Le propos n’est pas de dire que l’Afrique – envisagée comme une entité collective – n’a pas le sens du sacrifice ; mais de mettre en garde contre toute illusion pédagogique d’acquisition de ce sens.

Alan Basilegpo

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