Publié dans Essai, Haro

Afrique, Nouveaux Média : l’Inquiétant Triomphe du Tropisme de l’Oralité

cossi bio osse3Dans les pays occidentaux ou asiatiques rayonnants, le Blog écrit continue d’être une référence dans la publication ou l’expression publique des citoyens.

Mais en Afrique noire où le mail est mort-né, même dans les milieux qui prétendent libérer l’Afrique et la mettre sur la voie d’elle-même, le Blog écrit en tant qu’enceinte partagée d’écriture, de recherche, d’analyse et de réflexion, a vécu sans avoir jamais existé ; supplanté par la mode des fora, des audios, des vidéos dont Youtube est le nec plus ultra, et des images façon Instagram. A une réserve près concernant Facebook, qui peut être considéré comme un blog pour oligophrène, où l’écriture est possible, bien que l’usage qui en est fait n’ait pas l’écriture en héritage s’il ne l’a pas en horreur.

La raison de ce clivage flagrant et sans bavure, claire et net comme une main noire dans une main blanche est d’ordre archéologique. Elle touche à l’anthropologie de l’écriture.

Les uns – les Occidentaux et les Asiatiques – relèvent de sociétés ayant continument connu, pratiqué et donné ses lettres de noblesse à l’écriture.

Tandis que les autres ont valorisé la voie orale et des institutions de mémorisation humaines. L’écriture ou ce qui s’en approche y a été souvent picturale (bas-relief), gestuelle (danse), ou corporelle(cicatrices,  tatouages) etc… Toutes choses dont le pouvoir analytique comparé est limité.

C’est donc tout naturellement qu’en Afrique noire, même dans les cercles prétendument intellectuels, en dehors des fora et des images, point de salut ; alors qu’en Occident et en Asie, l’écriture continue d’avoir le vent en  poupe. Dans une candeur tropicale pour le moins touchante, toute une génération d’Africains promettent la lune à leur race avec la seule force de la parole et du bavardage. Puéril raccourci : Où allons-nous avec ça ?

È ma cimigbɔ ! Loin de nous l’idée que, dans l’univers médiatique moderne,  le mail, le Blog, l’écriture c’est la raison, même s’ils permettent le recul et l’analyse ; et que les fora, les vidéos, les téléphones portables, c’est la déraison parce qu’ils encouragent le mode incantatoire de la parole sans lendemain. Le propos ici c’est que, pendant que nous bavardons, ceux qui nous exploitent et nous pillent, bien qu’ils les aient inventés, ne se contentent pas seulement  des modes  de communication – donc de connaissance – uniquement basés sur la magie de la parole. Et, la valorisation de la parole, façon Hamadou Hampaté Bah ne doit pas être mal comprise ni exagérée. Le fait de n’avoir pas valorisé l’écriture à un moment donné de notre histoire – chose qui, il faut le reconnaître, a été un défaut dans notre cuirasse – ne doit pas être considéré comme une fatalité inconciliable avec notre histoire et notre devenir.

Prof. Cossi Bio Ossè

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