Publié dans Essai, Haro, nigeria

Nigeria : Comment l’Idéologie Néocolonialiste Occidentale Tient les Esprits Africains sous sa coupe

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Un exemple apparemment  anodin qui vient du Nigeria

La grande Bretagne qui a colonisé le Nigeria n’est pas connue pour son excès de zèle néocolonial, surtout lorsqu’on la compare à la France, qui a la passion du néocolonialisme dont elle a crée, développé, codifié, et raffermi les structures, qui fonctionnent de façon quasi autonome.

Mais quoi qu’il en soit, les pays occidentaux — qu’ils soient anciens colonisateurs ou pas — sont tous portés sur l’esprit néocolonial dans le fond. Si bien que la différence entre la France et l’Angleterre sous ce rapport est plus une différence de forme que de fond ou de nature.

Un exemple très récent le confirme. Selon les révélations du sénateur nigérian, Fèmi Okurounmu, la Grande Bretagne aurait truqué les élections et agi avec force pour s’assurer de remettre le pays dans les mains de dirigeants et de partis du Nord à l’indépendance !

Dans le même temps, c’est exactement ce qu’a fait la France au Dahomey voisin pour remettre le pays aux mains d’un dirigeant nordique, Maga, qui soit- dit en passant était d’origine voltaïque par son père.

Pourquoi le colon dans les deux cas complote-t-il pour remettre le pouvoir à un Nord musulman — même si au Bénin, Maga avait tôt fait de se convertir au christianisme — au lieu d’un Sud plus proche de lui culturellement et religieusement ?

Parce que le Nord est moins instruit, et il est plus facile de manipuler une région et donc tout un pays dont les ressortissants instruits se comptent sur les doigts d’une main.

De plus, dans le cas du Nigeria, le conditionnement territorial et morphologique du pays, qui ne correspond à rien de concret d’un point de vue national et historique, est à la fois un piège, un carcan, un étouffoir,  et une bombe à retardement. Quand on voit que la même Grande Bretagne aujourd’hui n’est pas fichue de rester dans une Europe que son âme n’a jamais acceptée, on se demande comment elle a eu le culot de conditionner dans un même ensemble des peuples africains qui étaient infiniment plus différents entre eux que ne le sont aujourd’hui les pays européens avec lesquels elle refuse de s’unir, et qui eux-mêmes ont bien du mal à le faire en tant qu’entité, société, sans même parler de nation

Le sénateur yoruba — et la précision ethnique ici est soulignée  — qui a présidé le comité préparatoire de la fameuse conférence Nigeria convoquée par Goodluck Jonathan en 2014 sait de quoi il parle. Dans sa déclaration, il ajoute en substance « Une chose est sûre, c’est que nombre de Nigérians en ont assez de ce mariage forcé  imposé par la grande Bretagne à différentes nations appelé Nigeria. Et ils crient haut et fort pour en sortir. (…) Aussi longtemps que nous échoueront à restructurer le pays, la possibilité d’une désagrégation du Nigeria est une réalité. »

Et le sénateur yoruba frustré que son œuvre — la conférence nationale — n’ait pas été prise en compte par le régime de Buhari de renchérir : «  Il n’est pas écrit dans le marbre que nous resterons ensemble comme nation, si une région [le Nord] est encline à tirer les autres vers le bas. Nous devons revenir au vrai fédéralisme. »

Jusqu’à présent, officiellement et à ce haut niveau de représentativité politique, la question de l’éventualité de l’explosion du Nigeria n’a jamais été soutenue encore moins soulevée par un Yoruba ces dernières années. Les nordistes qui profitent de la manne pétrolière que permet leur appartenance à la nation nigériane, on le sait, jurent par le statut quo et professent la main sur le cœur leur patriotisme

Seuls les gens du Sud, que ce soit le Sud dit du Delta du Niger et surtout le Sud-est Ibo ferraillent dur pour la sécession et donc l’explosion du Nigeria. A cet égard, on ne compte pas le nombre de mouvements sécessionnistes qui fleurissement ou prospèrent dans cette partie du Nigeria depuis plusieurs décennies. Que ce soit chez les Ibo qui ne sont pas particulièrement ou directement des zones productrices de pétrole, ou la zone du Delta du Niger qui est l’épicentre de la production pétrolière, l’idéologie de la sécession est motivée par des considérations et des logiques inverses du réalisme unitariste des Nordistes : la volonté de conserver pour soi seul ce que l’on considère comme la richesse de son sous-sol.

Dans le système occidental du néocolonialisme ou le moindre battement d’aile politique africain peut déclencher une tempête et donc est surveillé comme le lait sur le feu, ces propos du sénateur Okurounmu ne se sont pas dissipés dans les airs comme de la fumée. Ils ont été bien entendus, et sont pris au sérieux.

Parce que, en vérité, les Yoruba constituent l’ethnie centrale, médiatrice du Nigeria. C’est eux qui font le lien entre le Nord et le Sud et ce statut leur donne le rôle d’arbitre.  Par exemple durant la guerre du Biafra, si les Yoruba en tant qu’ethnie du sud s’étaient mis du côté des Ibo, la guerre n’aurait pas connue la même issue aujourd’hui. De même en 2015, si l’alternance a réussi au Nigeria en portant au pouvoir Buhari qui est un nordiste, c’est qu’elle a été l’œuvre de milieux et de personnalités politiques yoruba.

Du coup, si un Yoruba commence par caresser la possibilité d’une désintégration du Nigeria, à l’instar des Ibo ou des gens du Delta, alors c’en est fini du rêve du néocolonialisme anglais qui a ses raisons mystérieuses de conserver l’unité du Nigeria en l’état, dans la mesure où pour ce qui saute aux yeux même du néophyte, elle tire partie de la grande taille du Nigeria, et aussi de l’ingouvernabilité pratique que son hétérogénéité ethnique et religieuse induit. Par exemple le jour où le Nigeria va exploser, aucun des états qui en découleront n’aura aucune nécessité d’utiliser la langue anglaise comme langue nationale.

C’est pourquoi, très vite, à peine 48 heures après les déclarations du sénateur Fèmi Okurounmu, la Grande Bretagne a réagi. En effet, signalons que les propos du sénateur yoruba venaient en réponse à une déclaration du Haut-commissaire britannique selon laquelle la Grande Bretagne ne tolèrerait pas la dislocation du Nigeria. Attitude et propos paternalistes, qui montrent bien la mainmise, néocoloniale des Occidentaux sur les pays africains, même ceux qui, comme le Nigeria, se targuent d’être les plus grands. Pour parler comme Béhanzin, combien de pays Africains ont mis en garde la Grande Bretagne de sortir de l’Europe ?

Dans ce qui semble une réponse aux propos audacieux du sénateur yoruba, la presse nigériane a publié une annonce dans laquelle la Grande Bretagne — sans qu’il soit précisé à quel niveau — par l’action d’on ne sait quel médium, pronostique que le Nigeria ferait partie des trois plus grandes économies du monde à l’horizon de 2050… !

Voilà l’os à ronger que le néocolonialisme britannique jette aux Nigérians. Restez ensemble, et vous serez dans cinquante ans la première puissance économique de la planète. Miroir aux alouettes néocolonial… Et pendant ce temps concrètement, le Nigeria bat tous les records de l’anomie, de la gabegie, de l’instabilité politique et sociale, du désordre, de la corruption, et de la violence.

Akinola Bidemi

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