Publié dans Essai, Haro

Bénin : Ce que nous Révèlent les Propos Étonnants de l’Honorable Rosine Soglo

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On a entendu Mme Rosine Soglo, la doyenne d’âge de l’Assemblée béninoise, et ancienne première Dame du Bénin, dire qu’elle a reçu des millions pour voter la révision de la constitution, et que tous ses autres collègues ont bénéficié du même traitement.

Et cet aveu, perçu comme courageux ou diffamatoire, a soulevé enthousiasme ou indignation selon qu’on s’est senti fondé dans ses soupçons sur la corruption de la classe politique, ou qu’on se soit senti visé en tant que député honnête pour autant que cette catégorie éthique eût jamais existé ou, le cas échéant, si elle eût jamais eu un seul représentant.

Avec la spontanéité sans lendemain de l’Africain, l’opinion applaudit à tout rompre ; et sur whatsapp — au Bénin, synonyme ratatiné de réseaux sociaux –des activistes fanatiques replets composent dans un enthousiasme lyrique pour le moins débridé, des dithyrambes à la gloire de celle qui a su, non sans subtilité, sublimer ses ambigüités et ses accès atrabilaires de narcissisme médiatique en autant de preuves de bravoure patriotique, de dires-vrai sans langue de bois, et de faits d’armes démocratiques.

Soit. Mais pour autant ce tourbillon émotionnel fait-il de nous une nation démocratique digne de ce nom ? Eussions-nous été dans un état de droit, que nul ne se serait contenté de réactions émotionnelles d’enthousiasme ou d’indignation.

En France par exemple, comme le montre l’actualité de ces jours préélectoraux, des propos moins graves que ceux tenus par Mme Rosine Soglo ne seraient pas tombés dans l’oreille d’un sourd ; la justice s’en serait saisie, et une enquête ouverte, qui pourrait conduire à des mises en examen et un procès en règle.

Bref, la gravité des propos de la députée aurait été soupesée ; et toutes les conséquences en auraient été tirées, au nom de la démocratie, et selon les règles en usage dans un État de droit. Au lieu de quoi, trahissant en quoi notre État et notre soi-disant démocratie, en droite ligne de notre état d’esprit, ne sont que des systèmes essentiellement simiesques, nous réagissons comme des singes auxquels un passant généreux a jeté une banane pourrie. Nous nous jetons là-dessus sans demander notre reste, ne voyant pas plus loin que le bout de notre nez.

Si les aveux graves de Mme Rosine Soglo nous révèlent quelque chose, c’est que notre État, loin d’être un État de droit est dans un mauvais état ; au mieux, il n’est qu’un État de singes, un État pour rire, c’est-à-dire un État de poche : la poche à double fond des hommes politiques cachant le pillage et l’impunité.

Adenifuja Bolaji

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