Publié dans Essai

Le Nègre et la Politique

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L’Africain est un être d’une naïveté légendaire. C’est cela que le sénégalais Senghor traduisait par son observation controversée selon laquelle « la raison est hellène et l’émotion est nègre. » Cette naïveté se donne libre cours  dans la passion du nègre pour la politique, par opposition aux autres domaines de la vie collective, notamment ceux plus nombreux dont dépendent effectivement la liberté, la connaissance et le progrès aussi bien individuels que collectifs.

L’Africain est aveuglé par la passion de la politique, et pense que la voie royale du succès est la politique. Au mépris  des leçons de la réalité historique des nations et des peuples de part le monde qui enseignent que la voie royale de la politique — c’est-à-dire du pouvoir — n’est pas la politique mais la maîtrise de tous les autres  domaines de la vie humaine qui assurent aux individus et aux sociétés la possession d’un savoir, d’une connaissance, d’un savoir faire sans lesquels aucun pouvoir — ni sur les choses encore moins sur les hommes — n’est possible, le Nègre fonce tête baissée sur la politique, comme un taureau sur la muleta.

Cette fixation sur la politique tenue pour la voie royale du pouvoir résulte d’une représentation du pouvoir comme étant a priori d’origine politique, toutes choses pourtant empiriquement démentie dans la réalité. Cette fixation primaire est illustrée par l’usage que l’Africain conçoit des nouveaux médias. En effet, alors que dans toutes les nations, les peuples et les races qui n’ont pas la naïveté au firmament de leur approche du monde, l’usage des réseaux sociaux est fort diversifié et se répartit dans tous les domaines de la vie humaine — politique, social, économie, sportif, artistique, culturel, littéraire, religieux, etc…– en Afrique, les réseaux sociaux sont synonymes de politique, à l’exclusion de tous les autres domaines.

Il est vrai qu’a priori en Afrique de bons prétextes et l’ordre des choses font de la culture le parent pauvre de l’engagement des États dans la vie publique ; à tel point que traditionnellement, les médias, qu’ils soient publics ou privés, n’ont aucune place pour la culture ou si peu, et que les événements culturels — limités au sport et aux concours de beauté — au mieux arrivent comme un cheveu sur la soupe, ou n’interviennent qu’à titre ou en raison d’intérêts publicitaires plus ou moins déguisés. Le phénomène s’est imposé sans solution de continuité et sans discussion, de façon presque naturelle avec les nouveaux médias qui ne bruissent en Afrique que de la rumeur et des agitations politiques, à l’exclusion de tout ce qui fait la richesse de la vie collective des sociétés humaines. Et l’expression sociologique de cette fixation tous azimuts sur la politique est la transhumance intellectuelle à laquelle donne lieu la politique, et par laquelle, des personnes formées dans des domaines étrangers à la politique, bardées de diplômes, investissent le domaine politique où ils exercent un trafic d’influence basé sur des titres ronflants ( Docteur, Maître, Professeur, etc.) censés leur garantir respectabilité, notoriété et une aura de savant d’autant plus indiscutable que, par leur origine intellectuelle étrangère au domaine politique, ils font assaut de bonne volonté éthique. « Docteurs, Médecins, Professeurs, Économistes, semblent-ils dire, nous aurions pu rester dans notre domaine de formation, mais notre patriotisme et notre éclectisme indexé à notre intelligence reconnue nous portent au secours de la patrie. » Dans leur aveuglement, ces transhumants intellectuels, qui jouent de l’éclat affiché de leurs parchemins, n’ont cure du gâchis que représente cette fuite intérieure des cerveaux vers l’arène politique.

L’une des sources de ce travers réside certes dans la naïveté de l’Africain qui le pousse à voir immédiatement dans la politique la voie royale de la politique. Or il suffit d’être un peu plus réfléchi, un peu moins spontané pour se rendre compte que l’organisation de la vie collective qui est l’essence de la politique, commence d’abord par l’existence a  priori des organes de la vie, qui eux n’ont rien de politique. Aristote voyait à juste titre dans la politique l’âme de la vie collective ; or donc par opposition, le corps sans lequel l’âme n’a pas de fonction est la condition de l’existence de l’âme qu’il précède.

Mais on peut se demander aussi si l’aveuglement et la compulsion du Nègre à se vautrer dans la politique à l’exclusion de l’investissement dans les domaines de la vie qui, à travers les âges, ont assuré la puissance, la liberté, le bien-être et la prospérité aux peuples du monde, ne découlent pas des effets négatifs du dogme républicain, qui régit la vie publique dans une Afrique postcoloniale, sans boussole politique authentique. Le fantasme républicain, au rebours de la norme monarchique qui ne permet pas au premier citoyen venu de devenir roi, autorise le rêve d’un avenir présidentiel à la portée de tout citoyen.

Devrons-nous donc revenir à l’ordre ancien des royaumes et monarchies comme moyen d’apaiser la passion politique qui consume les Africains, et du coup les mettre au travail pour créer les conditions sociales et morales d’une vraie puissance, donc d’une vraie politique ?

Adenifuja Bolaji

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