Publié dans Débat, Essai, Haro

Bénin, Modification de la Constitution : Levons-nous Tous pour Exiger le Consensus

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Si les Béninois sont des démocrates dans l’âme, ils doivent se lever massivement contre ce que trame le gouvernement Talon autour de la révision de la constitution.

Sur le fond, comme ce fut le cas avec Yayi Boni, nul n’est contre la révision de la constitution dans l’intérêt du pays. Mais là où le bât blesse, c’est la volonté de passer en pertes et profit la conditionnalité constitutionnelle du consensus. Le passage en  catimini ou la mise hors jeu du débat citoyen est scandaleux et inquiétant.

Scandaleux, car il s’agirait là d’un crime de lèse-démocratie, pour un pays qui se prétend un exemple sur le continent. Inquiétant parce que ce geste s’ajouterait à d’autres pour constituer la signature de la méthode Talon, qui est celle d’une gouvernance autocratique, injuste et sans respect pour le peuple souverain.

Le Bénin n’est pas une société acquise au franc symbolique grâce à un décret douteux, encore moins la propriété d’un seul homme. Il est vrai qu’étant un membre éminent de cette classe de citoyens qui sont tout par l’état et rien sans lui, Talon a fini par se faire à l’idée d’une possession exclusive de la chose publique. Mais cette idée est perverse et sa naturalisation rampante est inacceptable.

Les Béninois, pour autant qu’ils sont démocrates, disons-nous, doivent massivement s’insurger contre cette éthique et cette posture autoritaire que Monsieur Talon actualise dans sa gouvernance au fil du temps.

L’impudence gouvernementale de Monsieur Talon devient intolérable, ses saccades éthiques insupportables. A peine arrivé au pouvoir qu’il décaisse un demi-milliard pour la commission de révision de la constitution, dont chaque membre est payé 10 millions au frais de l’état. Scandaleuse libéralité, impensable sous d’autres cieux plus riches, mais dont le seul but est de mettre les jouisseurs sous contrôle, et d’anesthésier toute velléité de critique. La lutte contre la corruption, que ce soit la campagne de déguerpissement menée tambour battant ou la répression des faux médicaments, ne met à contribution que le petit peuple, alors qu’en matière de corruption le chantier laissé par Yayi Boni est dense et concerne de nombreuses personnalités qui jouissent d’une impunité révoltante, s’ils ne sont pas associés au pouvoir.

Fidèle à son style, M. Talon continue à conditionner les acteurs pour servir sa cause au détriment des intérêts du pays mais avec les moyens de l’État. Il est obsédé par la modification de la constitution. Mais comme l’a relevé à juste titre le Docteur Bertin Coovi, même si on dotait le Bénin de la meilleure constitution aujourd’hui cela ne changerait rien au quotidien des Béninois, à la dureté ineffable de la vie qu’ils mènent, à la souffrance qu’ils endurent en silence et que ne fait qu’aggraver la gouvernance de classe et la brutalité injuste du régime.

Monsieur Talon veut un mandat unique, parce que, dit-il,  cela évite au président de se placer dans une logique de clientélisme corrompue pour s’assurer du mandat suivant. Mais de par ses propres agissements, Monsieur Talon ruine son raisonnement. En effet, depuis son arrivée au pouvoir, et parce qu’il se sait pressé par le temps d’un mandat qu’il s’est voulu unique, il n’a de cesse de soudoyer les acteurs, d’instrumentaliser les institutions, de conditionner ou d’acheter les élus, de faire ou de défaire leur autorité. Toutes choses qui montrent que l’attitude éthique du président n’est pas une fonction directe du nombre de mandats que lui permet la constitution. Et qu’un président sous la pression du mandat unique peut se révéler éthiquement et politiquement plus calamiteux qu’un autre qui dispose conditionnellement de plus de temps pour agir. Car, par le mandat unique, ce que Talon veut éviter que ne fasse le président dans l’éventualité d’un second mandat, il le fait lui-même déjà sous nos yeux, effrontément au cours de ce qui est supposé être son mandat unique. Alors pourquoi vouloir limiter le mandat présidentiel à un seul si cette limitation n’entame les dispositions et les activités corrompues du Président durant son mandat unique ? Au contraire, comme le montre le comportement de Monsieur Talon, ces dispositions et ces activités corrompues, en raison de la limitation de mandat, peuvent s’exaspérer par compensation.

Les 10 millions distribués gratuitement à chacun des membres de la commission Jogbénu pour les contrôler, les rois du Nord invités au Palais sur une base scandaleusement régionaliste et dont on n’imagine pas qu’ils soient retournés dans leur fief les poches vides, la violence faite à l’esprit de la constitution qui fait de la recherche de consensus une condition préalable à toute modification, violence par laquelle le gouvernement met hors jeu le débat collectif et citoyen, tout cela constitue autant de vices rédhibitoires du mandant unique.

Le juriste et président d’une organisation africaine de la société civile, M. Sadiku Alao a raison lorsqu’il s’insurge contre cette violence faite à l’idée du consensus et suspecte des intentions cachées au pouvoir. Car, demande le célèbre avocat, pourquoi se méfier du peuple et de son appropriation du débat sur la modification de la constitution, si celle-ci est conçue dans son intérêt supérieur ?

Enfin de compte, c’est le zigzag politique de Talon qui est la preuve du bien fondé de l’inquiétude collective. Voilà un homme qui, au lendemain de sa brillante élection, et soucieux de battre à chaud le fer de ses relais électoraux tarifés, voulait, par référendum, faire passer l’avis du peuple avant celui de l’Assemblée nationale. Mais les sages de la cour,  gardiens de la constitution béninoise, en ont décidé autrement. Maintenant que Talon s’est aliéné l’estime du peuple qui s’est vite rendu compte que sa rupture proclamée était synonyme de brutalité contre les démunis et d’impunité pour les nantis, en désespoir de cause, il se rabat sur une Assemblée dont les membres, parce qu’en nombre limité sont bien plus faciles à mettre en poche que la masse indomptable !

L’option du mandat unique dans laquelle M. Talon s’est délibérément placé ne doit pas être confondue avec un régime d’exception. L’enfer, dit-on est pavé de bonnes indentions, et aucune ne peut justifier que la présidence prenne des libertés avec la constitution. Au-delà de l’exigence constitutionnelle, le consensus et le débat sont des exigences constitutives de la rationalité en général et de la rationalité démocratique en particulier. En faire l’économie c’est manquer au respect de la démocratie, et en premier lieu du citoyen. C’est pour cela que, tous autant que nous sommes, nous devons nous lever comme un seul homme et exiger le débat populaire autour de la modification de la constitution.

Aminou Balogun

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