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Nigeria : Mystère et Inquiétude sur l’État de Santé de Buhari

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Le dernier voyage médical de Buhari à Londres — le troisième en l’espace d’un an — ne laisse pas indifférents les Nigérians et suscite inquiétudes et interrogations parmi la population. Les réseaux sociaux se font l’écho de cette préoccupation, historiquement justifiée. Au moins deux Présidents du Nigeria sont mort au pouvoir, il s’agit de Abacha et de Yar’adua. Dans le premier cas, cette vicissitude a été une délivrance puisqu’elle a ouvert la voie à la démocratisation du pays. Dans le deuxième cas, la mort du président a failli mettre en péril la démocratie, en raison des intrigues régionalistes qui ont hanté la classe politique dans l’application de la loi d’espèce.

On comprend pourquoi avec le Président Buhari,  l’éventualité de problèmes de santé est prise au sérieux par l’opinion qui s’interroge, tandis que la présidence nigériane tente son possible pour dédramatiser et faire taire les rumeurs qui s’intensifient. La plus têtue de ces rumeurs affirme la mort du Président Buhari ; ses conseillers l’ont démentie avec force mais sur un ton dont la tension montre que sans être vraie, cette supputation morbide touche à un point dramatiquement sensible dont la probabilité de l’imminence n’est pas nulle.

Pour lors, maintes questions se posent ou peuvent se poser. On posera la question de la propension des chefs d’État africains à se précipiter tête baissée vers l’étranger pour se soigner, particulièrement vers l’ Europe. Comme si, dans ces pays, les médecins possèdent le don de guérir plus sûrement les malades que leurs semblables africains ; ou même s’ils sont capables d’empêcher la mort lorsqu’elle est là ou de ressusciter le malade s’il venait à mourir. Il suffit pour cela de leur donner de l’argent, beaucoup d’argent ! Mais le comportement des dirigeants africains est, là comme ailleurs, cohérent. Les sommes volées par eux, et qu’ils vont cacher dans les pays des Blancs, participent en partie à la richesse de ceux-ci et donc à leur capacité à disposer de structures médicales équipées et bien gérées. Il est donc normal que nos dirigeants suivent la trace de leurs détournements du bien public, histoire d’en tirer profit en cas de besoin.

Mais ce qui intrigue le plus dans le dernier voyage médical de Buhari en Grande Bretagne est qu’on n’a pas idée qu’un dirigeant africain honnête et sensé puisse troquer le beau soleil d’Afrique contre l’hiver rigoureux qui sévit en Europe en ce moment n’eût été pour des raisons sérieuses. Et c’est justement ce sérieux qui inquiète les Nigérians. Car si ce n’était qu’une visite médicale de routine comme prétendu, qu’est-ce qui empêche de la programmer pour l’été ? Avant son départ le 19 janvier, le Président a écrit une lettre au Sénat dans laquelle il annonçait son séjour médical au Royaume-uni et en fixait la durée à dix jours. Sur la foi de ce calendrier, son retour devrait se situer au 29 janvier. Mais selon les dernières informations publiées par ses communicants, le retour probable est annoncé pour le 6 février, ce qui porte à 18 jours la durée du séjour médical de Buhari à Londres, soit presque le double de la durée initialement  annoncée. Tout cela n’est pas fait pour apaiser l’inquiétude des Nigérians.

Et c’est sans doute pour œuvrer à cet apaisement que le vendredi soir, l’assistant personnel du président Buhari, M. Bashir Ahmad, a partagé une photo ( voir supra) du président au Royaume-Uni où, selon lui, M. Ibikunle Amosun, le Gouverneur de l’État d’Ogun et d’autres seraient allés lui rendre visite.

Mais mal lui en a pris. Immédiatement après la publication de la photo, les théoriciens du complot ont commencé à l’analyser. Beaucoup ont dit que la photo datait de la visite du Président Buhari au Royaume-Uni l’année dernière. Quelqu’un a même affirmé que le Gouverneur Amosun était dans l’Etat d’Ogun hier et ne pouvait être en même temps au Royaume-Uni.

blog1Enfin un autre internaute montre une autre photo présumée plus ancienne de Buhari habillé exactement dans la même tenue que celle de la photo prétendue actuelle proposée par l’assistant média du Président.

Bref, il y a imbroglio, et l’inquiétude des Nigérians est loin d’être apaisée. Le 6 février, dernière date annoncée du retour de Buhari au Nigeria devrait lever un coin du voile dans cette affaire ou la cachotterie d’État le dispute à la surenchère morbide des citoyens, malheureusement pas toujours les plus malintentionnés

Adéyanjú Bàbàjidé

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