
Le nouveau président ghanéen, Nana Akufo-Addo, a inauguré son règne sur une note assez embarrassante après avoir été pris en flagrant délit de plagiat d’anciens présidents américains dans son discours d’investiture samedi.
M. Akufo-Addo, âgé de 72 ans, a prêté serment, à côté de son vice-président, Mahamudu Bawumia, à la place de l’Indépendance à Accra, la capitale ghanéenne, promettant de ne pas laisser tomber le peuple du Ghana.
Toutefois, des Ghanéens vigilants ont vite fait de repérer de troublantes similitudes dans des extraits de son discours et ceux prononcés antérieurement par deux ex-présidents des Etats-Unis, il y a de cela plusieurs années.
Les deux présidents américains, Bill Clinton et George Bush, ont prononcé leurs discours d’investiture respectivement en 1993 et 2001.
Ainsi, dans son discours d’investiture prononcé le 20 janvier 2001, M Bush disait: «Je vous demande d’être citoyens : des citoyens, et non des spectateurs; Citoyens, et non des sujets; des citoyens responsables construisant des communautés de service et une nation résolue ».
M Akufo-Addo, quant à lui dit : « Je vous demande d’être citoyens : des citoyens, et non des spectateurs; des citoyens, et non des sujets; des citoyens responsables construisant des communautés de service et une nation résolue », et ce sans référence de citation.
De même, le nouveau président ghanéen a aussi puisé dans le discours prononcé par M. Clinton qui disait le 20 janvier 1993 :
« Bien que nos défis soient redoutables, nos forces le sont également. Les Américains ont toujours été un peuple alerte, exigeant, plein d’espoir. Et nous devons apporter à notre tâche aujourd’hui la vision et la volonté de ceux qui nous ont précédés ».
Dans son discours, soigneusement peaufiné, M. Akufo-Addo à son tour dit: «Bien que nos défis soient redoutables, nos le forces aussi. Les Ghanéens ont toujours été un peuple alerte, décidé, plein d’espoir. Et nous devons apporter à notre tâche aujourd’hui la vision et la volonté de nos prédécesseurs »
Un montage vidéo illustrant le délit est devenu viral sur l’Internet, et source d’embarras pour le directeur de la communication du nouveau président ghanéen. Monsieur Eugene Arhin, pour ne pas le nommer, a depuis lors présenté des excuses pour ce flagrant délit d’emprunts illicites du discours de son chef, qualifiant cela d’erreur complète mais non délibérée».
« Je présente mes excuses sans réserve pour la non-reconnaissance de l’auteur original de la citation », a-t-il dit.
Ce scandale révèle deux choses. D’abord, la vénération référentielle des Blancs par les Noirs, des Occidentaux par les Africains. Ainsi au Bénin par exemple, des soi-disant intellectuels pour étaler leur culture sinon leur érudition, impressionner le lecteur et lui faire voir de quel bois il se chauffe intellectuellement, font assaut de citations éculées d’auteurs français tout aussi éculés — Aimé Césaire, Victor Hugo, Rousseau, Voltaire — et croient ce faisant avoir tout fait ou tout dit. Or, ces assaut rhétoriques se font à l’exclusion d’une infinie variété de références intellectuelles occidentales, modernes, y compris françaises, dans un contexte où la culture intellectuelle n’est pas restée figée depuis le 18ème siècle. Mais ces magiciens de la pensée, aveuglés par leur plage avec un grain de sable parviennent à faire croire à leurs auditoires qu’elle vaut toutes les plages du monde réunies.
Mais cette manière bien néocoloniale de se cacher derrière son petit doigt, illustrant le proverbe qui dit « au pays des aveugles les borgnes sont rois » n’est pas la seule chose que révèle ce scandale. L’autre chose, c’est que comme toujours, les Africains ne prennent dans les choses des Occidentaux que les travers et les mauvais côtés, laissant frénétiquement les bons côtés aux autres ou à leurs inventeurs. Ainsi dans les nouvelles procédures de communications, le copier coller est devenu pour l’Africain l’horizon indispensable des pratiques d’échange de savoir et de communication. Dans ce comportement, l’information et le savoir sont abordés sur le mode du duplicata à l’infini ; pas de créativité, pas d’enrichissement, pas d’originalité, et donc pas de nouveauté. On tourne en rond, et la dynamique du savoir se rompt.
Enfin, la sociologie africaine marquée par la corruption et les nominations ou occupations fantaisistes de postes n’est pas étrangère à ce phénomène du plagiat au plus haut sommet de l’Etat. En effet, le directeur de la communication du Président ou du Ministre, n’a probablement jamais été dans aucune école de communication, il ne connaît pas grand-chose à l’art du discours, encore moins à la sociologie de la communication. Sa qualité essentielle et primordiale est d’être de la même région, de la même religion, et du même parti que le Président, et tout le reste est secondaire. Dans ces conditions, lorsqu’on doit proposer un discours au Président, comment ne pas aller à la chasse aux belles phrases des grands Blancs qui ont déjà tout dit, et qu’il suffit d’imiter comme un perroquet pour que tout le monde soit tout ouï ?
Pareil incident s’est produit aussi au Nigeria récemment. C’était à l’occasion de la présentation par le Président Buhari de sa campagne sur le changement, afin d’impliquer le citoyen nigérian lambda à le faire sien. A cette occasion, dans son discours, à un moment donné le Président nigérian déclare : « Nous devons résister à la tentation de recourir à la même partisannerie, à la mesquinerie et à l’immaturité qui ont empoisonné notre pays pendant si longtemps. Faisons appel à un nouvel esprit de responsabilité, esprit de service, de patriotisme et de sacrifice. Prenons la résolution de travailler dur et d’être attentifs, non seulement à nous-mêmes, mais à autrui. »
Or ces paroles sortent tout droit de la bouche de M Barack Obama lors de son discours d’investiture en 2008. La révélation de la supercherie par la chroniqueuse Adeola Akinremi, a suscité un vaste tollé médiatico-politique dans le pays et la diaspora, notamment sur les réseaux sociaux.
Suite au tollé, M. Buhari a déclaré que la faute en était à un fonctionnaire « trop zélé » responsable du discours qui sera sanctionné, mais de cette sanction serpent de mer, personne n’a vu ni la tête ni la queue jusqu’à présent.
Et comme le prouve l’exemple Ghanéen, les Africains continuent de faire ce qu’ils affectionnent le plus : s’en remettre au discours de leurs maîtres blancs. Après tout, ils n’ont pas tort, comment saurait-il en être autrement quand ils se condamnent à utiliser la langue du Blanc au détriment de leurs propres langues maternelles ? Quand vous prenez sans y réfléchir la langue d’autrui, vous vous condamnez à courir à la fontaine de sa parole.
Adenifuja Bolaji
