Race et contre-cultures aux États-Unis

aza

Selon le journaliste et critique Jeff Chang, une part du pouvoir d’attraction de Donald Trump tient à l’héritage de la « guerre des cultures » qui a fait rage dans les années 1990, opposant les tenants du multiculturalisme et ceux du post-racialisme. Reste à voir si les mouvements pour la justice qui sont nés sur le terrain pourront s’unir pour résister à la politique du nouveau président.

La Vie des Idées : Votre premier ouvrage, Can’t Stop Won’t Stop : Une histoire de la génération hip-hop, publié en France chez Allia en 2006 et lauréat de l’American Book Award, est largement considéré comme une contribution essentielle à l’histoire du hip-hop. Un des aspects les plus importants de l’ouvrage est votre intérêt particulier pour l’étude des générations, et notamment votre capacité à identifier ce que Karl Mannheim a autrefois appelé la « localisation générationnelle » de la génération Y ayant grandi dans les métropoles américaines des années 1980 et 1990. Votre récit s’achève en 2001, à un moment de rupture dans l’histoire politique américaine. D’une certaine manière, est-ce alors la fin de la « génération hip-hop » ? Le hip-hop joue-t-il encore un rôle important auprès de la jeune génération qui a grandi au XXIe siècle ?

Jeff Chang : Lorsque j’ai commencé à écrire mon livre au tournant du millénaire, je dois admettre avoir essayé de jouer sur les deux tableaux, d’un côté en l’intitulant « histoire de la génération hip-hop », et de l’autre, en faisant commencer le livre avec la phrase : « Les générations sont des fictions. » J’étais sceptique (et assez remonté dans ma jeunesse) quant à la typologie inventée par William Strauss et Neil Howe, deux historiens reconvertis en conseillers en affaires, pour catégoriser les générations américaines [1]. C’était tous les deux des baby-boomers et ils ont créé une sorte d’horoscope des générations, attribuant un certain type de caractéristiques à chaque cohorte de 1584 jusqu’à une époque avancée du XXIe siècle, incluant des générations n’ayant pas encore vu le jour, et proposant une lecture généralisante de la trajectoire prédestinée de chacune. (Ils qualifiaient leur génération de « prophétique » tandis que la mienne, la soi-disant « génération X », était « nomade ». Vous imaginez bien pourquoi j’aurais pu être froissé.)

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