
La vitesse à laquelle les personnes sont tuées pour des rituels au Nigeria est en train de devenir quelque chose qui sent la honte nationale. Aucun jour ne se passe sans nouvelles de personnes assassinées de manière horrible à des fins de rituels. Tout récemment, un jeune de 16 ans, élève du secondaire, Raimi Fatai, a été tué à Abeokuta, Ogun State, suite à l’administration d’une substance liquide par ses trois camarades de classe lors d’un rituel d’argent. Avant cela, un homme de 44 ans, Shaba Samuel a été arrêté par le commandement de la police dans la zone Ikara Akoko de l’État d’Ondo pour avoir décapité sa nièce âgée de trois ans, Dieko Adunbarin, dans le but d’un rituel d’argent. Ces deux incidents sont symptomatiques de ce qui se passe tous les jours dans de nombreuses régions du pays, de sorte que des Nigérians assoiffés de sang tuent leurs concitoyens afin d’utiliser les parties de leur corps dans des rituels d’argent. Chaque année, des centaines de Nigérians perdent la vie dans les mains de ces meurtriers à la recherche de parties du corps humains : têtes, seins, langues, organes sexuels demandées par les sorciers, bokonon, charlatans, et autres soi-disant guérisseurs traditionnels qui en ont besoin pour certains sacrifices ou pour la préparation de potions magiques.
Par ailleurs, le Nigeria est une société où la plupart des croyances sont toujours informées par l’irraison, les dogmes, le mythe, et la pensée magique.
Par conséquent, beaucoup croient encore que des potions magiques préparées avec des parties du corps humain peuvent améliorer leurs fortunes politiques et financières. De plus, ils sont d’avis que les gris-gris et amulettes peuvent protéger les individus contre les défaillances d’entreprises, les maladies, les accidents et les attaques spirituelles. En fait, le rituel est perçu comme un acte de fortification spirituelle. Par conséquent, en raison de l’ignorance, la pauvreté, le désespoir, la crédulité et l’irrationalisme, les Nigérians tuent leurs concitoyens pour des rituels. Pratiquement tous les jours, de nombreux postes de police dans tout le pays sont inondés de rapports de personnes disparues. Les données disponibles montrent que moins de 10% de ces personnes reviennent chez eux ; le chiffre effarant de 90% d’entre eux correspond aux disparus dont les corps d’un nombre négligeable d’entre eux surgissent au hasard des rues, sur le bord des routes, des chemins de brousse ou des gouttières, mutilés et soulagés de leurs organes vitaux.
Tuer des êtres humains pour des rituels remonte aux temps anciens où des victimes humaines étaient utilisées pour apaiser les dieux de la terre avec leur sang et pour gagner des guerres. On aurait pensé que cette pseudoscience relèverait plus de fiction que de réalité au Nigeria en ce 21ème siècle où d’autres pays du monde expérimentent et font avancer la technologie. Le plus déconcertant est que certains Nigérians s’adonnent à ces activités superstitieuses de meurtres rituels en dépit de la prolifération de groupes religieux à travers le pays, ainsi que l’exposition de la majorité de la population à l’éducation et à la culture occidentale.
Ce qui, cependant est très clair, c’est qu’il s’agit d’un échec de l’Etat de droit.
En effet, l’augmentation des cas de meurtres rituels est un rappel poignant que la police et les autres agences de sécurité n’ont pas envoyé un message fort sur ce qui attend les auteurs de tels crimes odieux. Une ou deux poursuites et exécutions de charlatans pris la main dans le sac dans la délivrance d’une ordonnance de parties du corps, enverront un message clair à chacun d’eux que l’État est là pour mettre un terme à ces pratiques barbares qui jurent avec les temps modernes.
Tout ce qui vient d’être dit ici concernant le Nigeria vaut mutatis mutandis pour le Bénin, grande capitale historique des sacrifices humains en Afrique. Alors questions simple : sommes nous là comme ailleurs prêts à rompre avec nos mentalités rétrogrades et nos pratiques odieuses ?
Busayo Adigun
![]()