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France : Mort de Georges Balandier, sociologue, spécialiste de l’Afrique

L’anthropologue francais Georges Balandier à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), à Paris, en 2003.

Par Jean Copans, anthropologue et sociologue, ancien professeur des universités (Amiens et Paris-Descartes)

Auteur et codirecteur de plus d’une trentaine d’ouvrages, signataire d’un grand nombre d’articles, particulièrement dans « Le Monde des livres », où il a tenu une chronique régulière pendant une dizaine d’années (contributions réunies en partie dans Du social par temps incertain, PUF, 2013), ainsi que de commentaires, d’entretiens sur près de soixante-dix ans d’écriture, Georges Balandier, mort le 5 octobre à l’âge de 95 ans, a occupé toutes les positions institutionnelles dans le champ français de la recherche en sciences sociales au cours de la seconde moitié du XXe siècle.

Il a été le directeur de près de 200 doctorats en tout genre (dont celui d’Abolhassan Bani Sadr, président iranien de février 1980 à juin 1981), un professeur d’université et un enseignant charismatique, le directeur de plusieurs centres d’études africaines et, surtout, l’animateur de nombreux comités ou commissions de recrutement et de programmation scientifique au cours des années 1950-1980. Il fut aussi le responsable éditorial de plusieurs revues comme les Cahiers internationaux de sociologie, dont Georges Gurvitch lui confia la direction dans les années 1950, et de collections d’ouvrages de sciences sociales, notamment aux PUF.
Pensée foisonnante

Georges Balandier a d’abord été l’analyste original d’une double conjoncture : celle de la situation coloniale, de sa contestation et, par la suite, de la décolonisation. Sa pensée foisonnante, libre de toute ascendance ou cooptation, tout en s’affirmant engagée, restait prudente dans ses prises de position politiques ou sociétales.

Sa science sociale, tout à la fois anthropologique et sociologique, a cherché par la suite, au cours d’une seconde carrière après son départ à la retraite en 1985, à affronter les « turbulences » du temps présent, les innovations de la « sur-modernité », ce qui l’a conduit à devenir l’explorateur des « nouveaux Nouveaux Mondes » (expressions forgées initialement par ses soins). Ces Nouveaux Mondes (des biotechnologies, des réseaux numériques, de la mondialisation, mais aussi de la dissolution du lien social et politique et d’un individualisme extrême) ne pouvaient être repérés que par le recours au Détour (sous-titré « Pouvoir et modernité », 1985), un détour aux vertus proprement anthropologiques tant sur les plans conceptuels que méthodologiques.
Pédagogue hors pair

Valorisant une écriture fluide et riche (il s’est parfois qualifié lui-même d’écrivain), manifestant une performance orale et pédagogique hors pair, ce qui explique la force et la permanence de sa réputation d’enseignant, il a personnifié l’image d’un bâtisseur d’empire, bienveillant, imaginatif mais, d’une certaine façon, solitaire, puisqu’il n’a jamais cherché à fonder une école théorique ou méthodologique. La dispersion de ses centres d’intérêt et la multiplicité de ses ancrages institutionnels à travers le temps a empêché de fait toute forme de mobilisation disciplinaire ou idéologique.

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