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1839 ou l’Odyssée de la Liberté

aza

Raflés en Afrique, détenus à Cuba, les esclaves de l’Amistad se révoltent en 1839, avant de rallier les États-Unis où ils sont incarcérés. Les survivants seront finalement rapatriés au Sierra Leone, après une longue tournée publicitaire destinée à payer leur voyage.

Sur cet épisode supposé connu, la révolte de l’Amistad, l’auteur nous offre une étude excellente, meilleure à mes yeux que son précédent ouvrage traduit en 2013 [1]. Ce dernier était remarquable, mais quelque peu biaisé par la thèse qu’il entendait défendre : la violence raciale toujours présente aux États-Unis aujourd’hui trouverait son origine dans les révoltes et le scandale des répressions sur les bateaux de la traite négrière.

Certes, en partie, mais la violence esclavagiste a pris naissance bien avant, dès l’Afrique, avec les rapts, les razzias, les barracons, les ports côtiers et la connaissance que les « esclavisés » avaient pris de leur condition depuis déjà plusieurs mois, sinon des années, sur le continent africain. Il y avait aussi une part de plaidoyer affectif un peu appuyé pour convaincre le public américain blanc de l’horreur de la condition faite aux Noirs. Rien de tel ici, ce qui ne fait que renforcer le propos : l’exposé des faits et l’inventaire de leur complexité est fascinante.

La révolte

L’auteur a collecté une documentation extraordinaire, écrite et orale, à Cuba, aux États-Unis et au Sierra Leone. Il donne un récit détaillé, accompagné constamment de l’analyse de ses sources, de leur fiabilité, de leur décryptage, de leurs effets sur les contemporains, tant Occidentaux qu’Africains. Très bien écrit, le livre se lit aussi comme un roman, ce qu’il n’est pas, bien sûr, puisque tout y est vérifié de très près et que l’histoire est terrifiante même si elle finit « bien ».

Rappelons les faits, popularisés par un film de Steven Spielberg sorti en 1997. Parti clandestinement d’un fort du Sierra Leone, pourtant fief britannique de l’interdiction de la traite depuis 1807, le navire l’Amistad transportait plus d’une cinquantaine d’esclaves, pour la plupart Mendé et Temné de l’intérieur du pays, dont quelques femmes et une dizaine d’enfants parmi lesquels trois fillettes. La destination était l’île esclavagiste de Cuba.

Il s’agissait d’hommes du peuple, certains déjà esclaves. Nés dans des sociétés qui se partageaient une certaine communauté de culture et de croyance, ils ont fait l’apprentissage de l’auto-organisation collective dès leur conduite à la « factorerie » où ils avaient été parqués. Dans l’enfer du passage du Milieu, leur relation s’approfondit et ils devinrent des compagnons de bord coopérant pour survivre, aidés par leur appartenance à une société secrète ouest-africaine puissante dans leur région, le Poro, et par la personnalité hors du commun de celui qui va devenir leur chef de fait, Cinqué.

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