Publié dans Essai, Haro

Nigeria : le Pays où les Criminels Politiques sont Portés aux Nues

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Chef James Ibori Odidigborigbo

Le gladiateur politique
a 58 ans

 Je me joins à vos famille, amis, associés politiques et sympathisants pour vous féliciter à    l’occasion de votre 58e anniversaire aujourd’hui.
 Votre charisme, et votre approche élargie de la gouvernance, ainsi que les solides acquis de  votre leadership sont un héritage durable qui continue  d’inspirer d’autres dirigeants  politiques.
  Je remercie Dieu pour sa protection et sa bénédiction sur vous en cette période d’épreuves, et je crois qu’Il vous inspirera et vous soutiendra continuellement en vue de plus grandes responsabilités à l’avenir.
  signé
Le sénateur, le Dr Ifeanyi Okama, Gouverneur de l’Etat du Delta

 

Celui que l’on félicite ainsi n’est jamais qu’un politicien corrompu. Ex-gouverneur PDP de l’État du Delta au Nigeria entre 1999 et 2007, condamné à 13 ans de prison au Royaume-uni pour crime économique. Entre autres crimes, M James Ibori est reconnu coupable de vol de 250 millions de dollars des caisses de l’état  nigérian.

Et celui qui le félicite n’est tout autre que l’actuel gouverneur de l’état du Delta. Tout se passe comme si le vol de denier public était un fait de gloire, et que ceux qui les commettent étaient des héros, qui méritent la vénération, et d’être cités en exemple pour la postérité. Et le gouverneur se permet d’utiliser l’argent public pour mettre des encarts publicitaires dans les journaux à la gloire de son prédécesseur corrompu, dont l’accusateur anglais disait à juste titre qu’il avait fait sa richesse sur le dos des plus pauvres du monde.

L’arrogance et le manque de vergogne dont fait preuve le Gouverneur Ifeanyi Okama n’ont rien d’original au Nigeria ; elles ne datent pas d’hier et semblent selon toute vraisemblance promises à un bel avenir. Le cas de James Ibori et son successeur qui le porte aux nues, en dépit de ses crimes, n’est pas sans rappeler celui d’autres hommes politiques de la région du Delta, à savoir M. Jonathan et son prédécesseur, feu Diepreye Alamieyesiegha, gouverneur de l’État de Bayelsa entre 1999 et 2005. Une affaire de corruption  aux épisodes rocambolesques ayant conduit le gouverneur en prison, Jonathan son adjoint fut amené à le remplacer. Cette émergence d’un homme, alors complètement inconnu sur l’échiquier politique national, auréolé de son titre de Docteur, comme les politiciens locaux aiment s’en affubler, a contribué à la visibilité nationale de Jonathan, au moment où, dans ses manœuvres pour se perpétuer au pouvoir, Obasanjo qui avait perdu la chance d’un troisième mandat, était à la recherche d’une marionnette. Ainsi, après l’éphémère règne de l’égrotant Yar’adua, Jonathan devint président du Nigeria au grand bonheur de son mentor Obasanjo. Au demeurant, l’histoire ne dit pas si les rêves de marionnettiste d’Obasanjo furent comblés ; mais ceci est une autre histoire de corruption.

Pour ce qui est du type de corruption stigmatisé ici à travers l’arrogance et l’apologie du crime par le Gouverneur Ifeanyi, l’analogie  réside dans le fait que, une fois élu président, M. Jonathan n’a pas hésité à accorder le pardon  de la nation à son prédécesseur à la tête de l’État de Bayelsa, d’où il a pu accéder de fil en aiguille à la présidence nigériane.

Ce qui montre la constance, dans les mœurs politiques des kleptocrates qui ont pris en otage la vie politique du Nigeria, de cette culture de banalisation du crime, qui confine à l’apologie du crime et à l’arrogance éthique..

Tenez, nous sommes en 2016 où, depuis plus d’une année de son arrivée au pouvoir, le président Buhari se bat, comme Don Quichotte contre les mille et un moulins de la corruption du paysage sociopolitique nigérian. Dans un pays normal, n’eût-il pas été tout aussi normal que les autres « armes du gouvernement » comme on les désignent, à savoir le Sénat et la Chambre des représentants, épaulent Buhari dans ce combat salutaire dont dépend la survie du Nigeria ?

Malheureusement, ce n’est pas le cas ; au Nigeria, la lutte contre la corruption que mène Buhari est un combat solitaire, dans un champ miné par ceux-là mêmes qui étaient censées êtres ses lieutenants et gardes de corps politiques. En effet, les Présidents des deux chambres, MM. Saraki et Dogara, font partie des tout premiers corrompus de l’appareil d’État. Outre le fait qu’ils ont accédé à leur fauteuil par insubordination et ruse politiques en pactisant avec l’opposition, ils sont, l’un et l’autre au cœur de plusieurs scandales et  affaires criminelles qui défraient la chronique en suscitant des tensions au plus haut sommet de l’État.

Comme l’a dit M. Obasanjo à plusieurs reprise non sans une bonne dose de cynisme, le Sénat et la Chambre des représentants nigérians sont des repaires de bandits ; et leurs présidents sont de véritables parrains de maffia. En effet, depuis plusieurs mois, M. Saraki fait l’objet de mises en examen pour contrefaçon des règles d’élection du Bureau du Sénat, et pour fausses déclarations de biens ; de même, il est avéré que son nom figure dans les Panama papers. Ces mises en examen l’ont déjà conduit dans le box des accusés, mais à aucun moment, M. Saraki n’a songé à démissionner pour faire face à la justice en toute impartialité ; au contraire, il multiplie les oppositions dilatoires contre la manifestation de la vérité et parade sur son fauteuil de Président du Sénat, brandi comme bouclier.

Tel est à peu près le cas de son homologue de la Chambre des représentants, M. Yacoub Dogara, accusé d’être l’instigateur d’une manœuvre de bourrage du budget par des dépenses fictives, à hauteur de plusieurs centaines de milliards. Le même Dogara est aussi accusé d’avoir soudoyé les députés à raison de 15 millions de FCFA chacun pour acheter leur silence, et d’avoir construit à Abuja, une villa de plusieurs milliards en l’espace de 6 mois ! Malgré ces accusations et graves révélations, l’homme parade, communique, prend des postures de grammairien, à la manière des hommes politiques africains, qui croient qu’il suffit de parler la langue du blanc, de manier ses concepts pour se blanchir de tous leurs crimes.

Donc, comme on le voit,  aussi choquant que soit l’apologie du crime à laquelle se livre publiquement l’actuel Gouverneur de l’État du Delta en portant aux nues son prédécesseur voleur du bien public, l’homme sait de qui tenir : il ne dépareille pas dans la classe des kleptocrates qui ont pris en otage la vie politique du Nigeria.

Adéyanjú Bábájídé

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